CHAPITRE VII. i
comme une hyène menaçante. IL tombe , effrayé, sur un siège.
Anne Mathys a fait appeler à son aide une béguine du voisinage, qu'on dit experte à neutraliser l'effet des poisons. Elle prépare des jus de plantes; elle a envoyé un homme à cheval quérir xmjisicien à Bruges. Tout est en émoi à la ferme.
Barbe est auprès du lit funèbre.
« — Ministre du Très-Haut! dit- elle; tu es la victime d'aujourd'hui , mais où est celle de demain ? »
Le religieux a tiré lentement hors du lit ses bras décharnés et livides; il les a levés vers le ciel. Des mots entrecoupés lui échappent; ils sont puissans et prophétiques. C'est déjà l'autre vie qui parle.
« — Artevelle ! Jacque Artevelle !... tu i. i3
ip4 LE BRASSEUR ROI.
es la trahison incarnée tu es la destruction vivante... Malédiction sur ta tête ! »
Une longue pause. Il poursuit.
« — Usurpateur! ta fin est proche. Tu as dépouillé l'orphelin; tu seras sans pitié pour la veuve. Tu as égorgé le parent dont tu convoitais l'héritage; tu essaieras de dégrader les renommées qui pourront faire ombrage à ta couardise. Tu passes aujourd'hui sur les peuples ^ au milieu des contagions terrestres , comme une épidémie morale ; ton règne infectera la pensée ^ comme la peste tue les corps (1). »
Le révérend père s'arrête ; son œil brille d'un feu étrange. Il reprend avec énergie :
(i) Mézerai , t. i , in-fol., p. 769. — Daniel , t. 5 , in-4, p. 3i3.