‹ Le Brésil au XXe siècle (volume 2)Chapitre 6 sur 33 · VIE ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

VIE ÉCONOMIQUE

à lour horreur du marchandage, à leurs habitudes de prodigalité. Ces mœurs s'expliquent si Ton songe que la population du Brésil est en grande partie rurale. La vie urbaine est encore d'origine récente, et les habitudes d'ime vie urbaine réglée et économe n'ont pas eu le temps de naître. Dans les campagnes, riches et pauvres mènent ime existence analogue. Les planteurs n'ont, tant qu'ils séjournent sur leur domaine, l'occasion de faire aucune dépense personnelle. Si leurs affaires ou leurs plaisirs les amènent à la ville, ce sera pour peu de jours seulement. Le plus souvent, ils n'y sont pas connus personnellement, et le moyen le plus simple d'inspirer l'estime et le respect est de payer largement en belles espèces sonnantes. Les calculs d'économie sont d'autant moins nécessaires qu'aussitôt leur bourse vide, ils n'ont qu'à regagner leur maison des champs. Ils n'aiment donc pas à compter. Pendant les quelques journées d'oisiveté relative qu'ils passent à la ville, ils déploient une tendance à la prodigalité qui gagne par contagion la population urbaine proprement dite.

Plus d'une ville doit ses rapides progrès à la générosité des fazendaires en vacances. Ribeiraon Preto, qui date de l'essor des plantations caféières, et qui grandit au temps où il suffisait de cultiver du café pour trouver crédit, acquit la réputation d'une ville dépensière et luxueuse, ville de plaisir d'où l'on avait banni d'un même coup l'ennui et l'économie. Aujourd'hui, cette So orne, châtiée par la misère, souffre comme les campag es avoisinantes de la crise du café ; mais il subsiste encore quelque chose des moeurs anciennes. Saint-Pau et Rio prêtent aux mêmes remarques.

Il est temps de tracer une esquisse de la vie écono*

n LB BRÉSIL AU XX* SIÈCLB

mique du Brésil. Le sucre fut, à Torigine, le grand produit d'exportation du pays. San Salvador, plus connue «0U8 le nom de TËtat dont elle est le chef-lieu, Bahia, et Recife, capitale de la province de Pemambouc, furent les premiers centres de culture. Les vieilles géographies, comme la Galerie agréable du Monde, représentent Recife, et surtout Bahia, comme des villes déjà importantes, en un temps où tous les autres établissements européens au Brésil n'étaient encore que de misérables factoreries isolées. Cependant, même à Tépoque des origines, Bahia et Pemambouc ne constituèrent jamais tout le Brésil. Au delà des provinces sucrières, et en dehors des cantons miniers, certaines parties de Tintérieur reçurent de très bonne heure des colons. L'occupation presque unique de ces colons était rélevage des bœufs. Le Brésil devint un vaste terrain d'élevage primitif, où le bétail, importé du Portugal, vivant sans soins, et presque libre, dégénéra en une race osseuse et mal musclée, rustique, mais peu vigoureuse au travail. L'élevage est, en effet, le premier moyen de tirer un revenu de la terre. Il exige peu de capitaux, peu de main-d'œuvre, et s'accommode d'une organisation commerciale rudimentaire.

Un double débouché s'offrait pour les bœufs.

D'abord la population, surtout dans les centres et dans les grandes plantations, s'habitua vite à consommer, À défaut de viande fraîche, difficile à conserver, de la viande boucanée, séchée au soleil ; et ensuite les cultivateurs de canne demandèrent des bœufs, non pour le travail de la terre, qui fut toujours fait à la main, mais pour les transports. Car le bœuf n'a jamais été employé à d'autres usages en agriculture, depuis les premiers temps de la colonisation jusqu'à nos jours. Un cercle de régions d'élevage s'étendit donc autour des provinces

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