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agricole», et le rayon de ce cercle fut beaucoup plus grand qu'on ne se Timagine. N'est-il pas étrange de voir l'immense étendue du territoire brésilien consacrée tout entière à la production du bétail que consomment quelques cantons aussi exigus ?
Les régions d'élevage auraient été, en effet, bien plus restreintes, si l'on n'avait usé d'une pratique dont on trouve l'équivalent dans le monde un peu partout. On ne pouvait mener directement les bœufs des pâturages où ils avaient grandi à des foires aussi distantes. On coupait donc la route en deux étapes. Les éleveurs les plus éloignés faisaient la première en plusieurs mois de lent voyage ; ils allaient vendre leur troupeau à d'autres éleveurs, qui le laissaient se refaire dans d'autres pâturages ; après des mois de repos, les bœufs reprenaient leur voyage et arrivaient enfin sur les marchés. Ce bétail voyageur, c'était le produit des savanes éloignées, sous la seule forme qui pût être transportée. Les bœufs vieillissaient en chemin. Partis bouvillons, ils arrivaient adultes au terme du voyage qui était pour les ims les piquets où l'on sèche la viande salée, et pour les autres les chars de canne à conduire des champs au moulin. Une sorte de division du travail se faisait entre les diverses provinces : les plus lointaines faisaient de l'élevage proprement dit, les plus rapprochées, de l'engraissage. Saint Paul, par exemple, recevait du Matto Grosso, du Parana, et quelquefois même du Rio Grande, des bœufs qu'on conservait im an avant de les vendre à Rio ou à Minas. L'or qui soldait l'exportation du sucre se répartissait ainsi sur toute la superficie de la colonie; l'intérieur en prenait, par l'élevage, sa maigre part.
Cette première colonisation pastorale ne fut sans
doute pas bien dense. Ses débouchés étaient trop restreints pour que nous puissions le supposer. Mais la vie pastorale se sui&sait presque à elle-même. Ces éleveurs, vêtus de cuir, vivaient de fromage et de viande fléchée, et du produit de quelques petites cultures annuelles, car il n'était pas d'élevage sans cultures vivrières; ils montaient des chevaux non ferrés, et arrivaient presque à se passer des secours du monde. Ils furent donc plus nombreux que ne le ferait croire le nombre des bœufs vendus à Recife ou à San Salvador. Etant les premiers colons, ils furent aussi les premiers adversaires de la forêt, qu'ils brûlèrent là où ils purent, pour élargir leur domaine. Ce sont eux, et non les planteiirs de canne, que visent, au xviii® siècle, les premières ordonnances qui cherchent à arrêter la destruction des forêts..
L'élevage fut donc la première occupation de toutes les provinces; toutes ont traversé le stade de la richesse pastorale, toutes ont connu le temps où l'on évaluait la fortune de chacun d'après l'effectif de son troupeau. Quand on connaît les fazendas qui couvrent aujourd'hui Saint-Paul, et ses immenses plantations de café, on s'étonne de lire dans d'Orbigny, qui voyageait il y a 60 ans, que « la principale richesse de la province de S. Paulo consistait dans l'éducation du bétaU(l).»
L'organisation économique actuelle du Brésil est plus compliquée. Le sucre ne vient plus en première ligne parmi les produits d'exportation ; il a été remplacé par le café. Les hauts et les bas de Texportation brésilienne correspondent aujourd'hui aux bonnes et aux mauvaises récoltes de café. Comme le café a
^1} D'Orbigny, Voyage dans le$ deux Amértque$, p. 179.
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pris la place du sucre, le sud du Brésil a enlevé au nord sa prédominance économique. Le centre de la culture du café est en effet à Saint-Paul. Sa production forme» oans les années moyeimes, les deux tiers de la produc* tion totale du Brésil, et la moitié de celle du monde. Le café de Saint- Paul est expédié par le port de Santos, tandis que le port de Bio exporte la production plus dispersée et moins volumineuse de l'Ëtat de Minas, et que les plantations restreintes deTEspirito Santo embarquent directement leur récolte à Victoria. Dans le reste du Brésil, le café n'est pas une culture d'exportation. Deux autres produits agricoles sont également exportés pour des sonmies importantes : c'est la gomme de caoutchouc que la vallée des Amazones envoie aux Ëtats-Unis et en Europe, et la feuille de maté, que le Parana vend aux autres pays de l'Amérique du Sud, et surtout à l'Argentine et au Paraguay. Ajoutez des exportations de cotons, de cuirs bruts et de produits tropicaux, cacao, bois, etc... réparties sur un grand nombre de ports et d'Ëtats, et vous aurez la liste à peu près complète de ce que le Brésil vend à l'étranger.
Un flot d'or entre annuellement dans les Etats exportateurs. Mais il ne s'y fixe pas tout entier, et des courants commerciaux intérieurs le répartissent entre un plus grand nombre de provinces. Plusieurs, en effet, qui exportent peu à l'étranger, vendent leur production à d'autres États du Brésil. Ces courants d'affaires à l'intérieur du territoire ont une double importance ; ils assurent la distribution de la richesse sur tout le territoire brésilien : de plus, en créant entre les Ëtats des liens de dépendance mutuelle, ils sont la base la plus solide de l'unité nationale.
Les deux centres sucriers principaux, Pemambouc et Campos, dans l'Ëtat de Rio, ont vu, dans le cours du
zix« siècle, leur marché principal se déplacer. L'étranger n'est plus leur premier client, et c'est au Brésil surtout qu'ils vendent leurs sucres. Les gros acheteurs de sucre de Pemambouc et de Campos sont au Para» à Rio et à Saint-Paul (1). Soit qu'on aille vers le nord ou vers le sud, si l'on suit dans un caboteur la côte brésilienne, on est assuré de prendre à Pemambouc un chargement de sucre. Le marché sucrier de Rio est largement indépendant du marché international Une récolte manquée à Pemambouc, y fait hausser fortement les prixc
L'État de Minas a trouvé une source abondante de richesse dans l'approvisionnement de la ville de Rio. Rioaaujourd'hui 800 000 habitants environ, et la population s'accroît vite. Or, bâtie au bord de la mer, et en pleine forêt tropicale, elle n'a pu s'entourer d'une banlieue de jardins et de potagers comme la plupart des grandes villes. C'est au delà de la serra do Mar que se trouvent les cultures dont elle vit. Les trains lui apportent chaque jour de très loin le lait, les légumes et la viande. Nourrir la capitale est pour l'Ëtat de Minas une industrie lucrative, et depuis le début de la crise caféière, c'est à elle qu'il se consacre surtout. Chaque fazenda engraisse des porcs qui sont destinés à Rio. .La Mantiqueira est devenue un centre important de laiteries et de fromageries, et le beurre de Minas dispute aujourd'hui le marché de Rio au beurre normand
(1) En 1906, le Brésil envoya, il est vrai, à la Conférence de Bruxelles» des délégués qui s'efforcèrent d'obtenir de l'Angleterre qu'elle n'exclût pas les sucres brésiliens. Mais si les fabricants de Pernambouc — les usines de Campos n'exportent jamais — ont intérêt à voir le marché de Londres leur rester ouvert, c'est pour pouvoir y placer, le cas échéant, un excédent de récolte, qui pèserait sur les cours si on le conservait au Brésil. Leur marché ordinaire est au Brésil.