‹ Le Brésil au XXe siècleChapitre 10 sur 28 · LA PETITE PROPRIÉTÉ A BAINT-PAUL · texte numérisé non relu

LA PETITE PROPRIÉTÉ A BAINT-PAUL

courant, et favoriser le développement de la petite propriété ; mais il est dominé par les fazendaires ; le parti de la lavoure reste au pouvoir. Les avocats de la petite propriété rencontrent une opposition puissante et organisée ; elle ne reçoit aucun encouragement olTiciel. Toutes les ressources publiques sont employées à procurer des ouvriers aux fazendaires. En 1897, le ministre de l'Agriculture écrit : « La suppression du courant d'immigration subventionnée par le gouvernement fédéral impose plus que jamais à l'État de Saint- Paul, pour des années encore, de s'occuper avant tout d'introduire des bras pour la grande culture, qui 86 trouve réduite à l'unique ressource des fonds fournis par le gouvernement de l'État. Aussi, il est indispensable que la quasi totalité des immigrants introduits soit acheminée vers le travail salarié des fazendas, restant remise à une époque plus éloignée la localisation intense des immigrants dans les colonies, quand notre lavoure ne se ressentira plus du défaut actuel d'instruments de travail. »

L'opinion publique semble s'être modifiée sur ce point ; la crise du café a déterminé cette révolution. L'instabilité des ouvriers agricoles souleva en effet des inquiétudes générales. Faudrait-il donc [une intervention constante du gouvernement et d'éternelles dépenses, pour renouveler sans cesse une population immigrée, qu'on avait cru définitivement absorbée, et qu'on voyait maintenant fondre et se réduire ? Les colons des fazendas continueraient-ils à avoir les yeux tournés vers leur patrie européenne, à y envoyer leurs économies, à appauvrir d'autant la nation pauliste ? A ces dangers, on connaissait un unique remède : répandre la petite propriété.

En même temps, on ouvrait les yeux aux dangers

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de la monoculture. Jusqu'à la crise, Saint-Paul nspirv à se spécialiser dans la culture du café, et néglige toutes les autres. On prend à la lettre le dicton fameux: « Le café suffira à tout. » « 0 café dara para tudo ». Peu importe qu'on soit obligé d'importer de la farine de Buenos-Ayrcs et du bétail de Minas. La vente du café permet de solder toutes ces dépenses. Mais les cours du café s'abaissent. La nation doit devenir économe, produire elle-même ce qu'elle consomme, chercher d'autres produits d'exportation. Le gouvernement crée des champs d'expérience, favorise de nouvelles indus» tries agricoles, travaille à créer des rizières, des laiteries. Mettre fin au régime de la monoculture, c'est encore favoriser la petite propriété. Si la culture du café lui est interdite, elle s'accommode au contraire de presque toutes les autres, élevage, produits vivriers. Il n'est pas jusqu'à la canne à sucre qui ne soit cultivée avec profit par les petits propriétaires, soit qu'ils aillent vendre leur canne à l'usine, soit qu'ils possèdent un moulin primitif, et que, ne pouvant fabriquer de sucre, ils produisent seulement de l'eau-de-vie.

Et cependant la vie de Saint-Paul est encore si étroitement liée à la culture du café que la politique nouvelle de colonisation n'aurait pas eu de chances de devenir populaire si les fazendaires eux-mêmes ne s'y étaient ralliés. Ils étaient en effet plus inquiets que personne de l'instabilité de la main-d'œuvre rurale dans l'État; le défaut d'ouvriers au moment de la récolte pouvait les conduire à une catastrophe. Ils réfléchirent qu'en établissant des colons propriétaires à faible distance des plantations de café, ils auraient là sous la main des ouvriers forcément fidèles, auxquels ils pourraient recourir au moment voulu. « Il faut fixer l'immigrant au sol, dit le rapport du ministre

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