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CHAPITRE VIII LA PETITE PROPRIÉTÉ A SAINT-PAUL

Importance sociale de la petite propriété. — Obstacle! A ton dcW»loppement. — La culture du café et la petite propriété. — La division de la terre dans la région de Campuioê. — Lea nonvelics colonies de Saint-Paul.

Nous avons étudié les relations des fazendaires avec leurs ouvriers agricoles ; il nous reste à chercher quelle place a su prendre la petite propriété dans l'État de Saint- Paul. Si la grande propriété y domine, la petite propriété n'y est pourtant pas inconnue. La loi des successions y tend comme ailleurs à diviser les héritages. A côté des fazendas, se rencontrent des domaines d'étendue plus restreinte, les sitios, les chacras. Auprès des colonies privées, établies par les fazendaires sur leurs terres, et peuplées d'ouvriers agricoles, il existe aussi des colonies de petits propriétaires, f' ndées par le gouvernement. Le mot même de colonie est souvent employé pour désigner un lot colonial : fazendas, sitios, chacras, colonies, tels sont les types divers d'exploitation rurale.

Les statistiques agricoles sont trop imparfaites pour qu'il soit possible de se représenter l'importance relative de chacun d'eux. En 1905, suivant lee données

publiées par le ministère de l'Agriculture, il y avait «D tout, dans l'État de Saint-Paul, 56.931 propriétôs, couvrant une superficie de 12.000.000 d'hectares environ. Leur étendue moyenne aurait donc été de plus de 200 hectares. A la vérité, une partie seulement de la superficie totale est mise en culture, et le reste comprend des forêts improductives, des savanes et des herbages naturels. C'est dans la région centrale, où se trouve la capitale, que les petites propriétés sont le plus nombreuses ; elles sont exceptionnelles au contraire dans les zones caféières, sur le réseau de la Mogyana, de la Paulista et de la Sorocabana (1).

Certains municipes, pour asseoir la perception de l'impôt municipal sur les cultures, ont dressé un cadastre des propriétés rurales. Dans le municipe de Ribeiraon Preto, par exemple, un des principaux centres caféiers, il existe 30.000.000 de pieds envi-

(1) I.a statistique du ministère de l'Agriculture donne le nombre des petites propriétés, mais elle néglige d'indiquer la superficie totale occupée par elles : cela ne suffit donc pas pour faire connaître exactement la distribution des terret. Elle classe lei propriétés d'après leur super&cie.

2* dUtrict 3* dirtriet 4* diatrlet

EOM EOM COM

U U IiiTTua 4i U FtilUU 4t U brMikM

Propr.de Oà 24 Ha 3.605 2.322 2,602

— 24 à 60 Ha 2.312 2.206 2.242

— 60 à 240 Ha 2.671 3.i39 3.606

— 240à 2.400etau-de88. 2.113 1.824 2.154

Hm. env. Ha. Hb.

Superficie totale des propriétés. 2.500.000 2.550.000 3.800.000

En supposant à toute la première catégorie de propri'^tée une étendue de 24 hectares, évidemment supérieure à la réalité et à toute la deuxième catégorie une étendue de 60 hectares, également supérieure à la réalité, il est facile de calculer que les petites propriétés de 0 à 60 hectares ne comprennent, dans la première zone, que 9 % au maximum des terres ; dans la deuxième ion» 7 %. et 5 % seulement dans la troisième.

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ron, répartis entre 285 propriétaires. Chacun d'eux possède donc en moyenne plus de 100.000 pieds, ce qui suppose un personnel de 50 à 100 ouvriers. Or, le municipe de Ribeiraon Prelo peut être considéré comme représentant assez fidèlement les conditions générales du pays entier. Si la concentration des terres y est plus avancée que partout ailleurs, en revanche, il y existe, dans quelques quartiers, de trèspetites propriétés caféières, comme on en trouverait peu d'autres exemples sur tout le territoire de Saint-Paul.

L'importance sociale du développement de la petite propriété n'a pourtant jamais échappé aux Paulistes. Au programme d'immigration gratuite en faveur de la grande culture, certains esprits ont toujours opposé l'exemple des provinces méridionales et le succès du système de colonisation par la petite propriété expérimente au Rio Grande. En 1870, au moment où la récolte du café n'atteignait pas le vingtième des récoltes actuelles, avant les grands progrès de l'agriculture pauliste, une discussion s'ouvre dans la Gazette de Campinas entre deux fazendaires. Le premier, représentant fidèle de la majorité des fazendaires, demande que l'assemblée provinciale aide les planteurs à faire venir d'Europe des ouvriers pour les plantations. Le deuxième répond que le pays n'a pas besoin de grands établissements agricoles ; que les petits domaines, une classe nombreuse de petits propriétaires, voilà ce qui fait un peuple heureux et le rend énergique, laborieux, intelligent et riche. La division territoriale, ajoutait ce fazendaire philosophe, est aussi nécessaire aux progrès d'une nation que la division du travail.

Vers la même époque, il était permis d'espérer que la petite propriété allait progresser d'elle-même, et,

sans aucune intervention oflîciellc, conquérir du ter. rain et s'enraciner fortement à Saint-Paul. L'inspecteur Carvalho de Moraôs, en tournée dans les première» fazendas de café, signale le nombre croissant de petits propriétaires autour des villes du centre. Il y en avait une trentaine entre Jundiahy etCampinas, le long de la vieille et de la nouvelle route, une centaine auprès de Campinas, autant entre Campinas et Limeira. A une lieue de Limeira, trente-six familles avaient créé un» petite colonie dans une ancienne fazenda abandonnée ; un colon, avec ses fils et ses gendres avait acheté une partie de la fazenda, fait à ses frais la démarcation des lots qu'il avait revendus à d'autres familles. A ce moment aussi, un groupe compact d'Allemands acheta des terres à peu de distance de Campinas, et fonda le village de Nova Fribourg. Ils y sont restés depuis, et forment la seule communauté allemande qui existe à ma connaissance sur le territoire de Saint- Paul. Auprès d'eux, des Suisses se fixèrent à Nova Ilelvétia. C'étaient presque tous des ouvriers de fazendas, arrivés d'Europe sans capitaux. Ayant réuni quelques économies, ils profitaient de l'expérience acquise pendant leurs premières années de séjour pour cultiver des terres à eux.

C'est aussi aux environs de Campinas que s'établirent des colons immigrés à Saint-Paul des provinces méridionales des États-Unis après la fin de la guerre de sécession. Un entrepreneur acquit pour eux l'ancienne fazenda du Funil. Les familles américaines apportaient de petits capitaux qu'elles employèrent en achat de terres. A côté de Nova Fribourg et de Nova Helvétia, les américains bâtirent leur Villa Americana. Ces trois noms, isolés dans la province pauliste, rappellent à la fois le mouvement de division de la

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propriété auquel assista cette génération, et la part essentielle qu'y prit l'élément étranger.

Au lieu de continuer à s'étendre de proche en proche, la petite propriété vit brusquement ses progrès s'arrêter. Elle se heurta en effet à un obstacle insurmontable : l'essor des plantations de café.

La fièvre des plantations de café eut pour première conséquence l'élévation du prix des terres. Or, la petite propriété ne peut se constituer que lorsque la terre est à bon marché. La hausse des terres dépassa toute mesure; vers 1895, on vendait des propriétés en exploitation jusqu'à 4 et 5 milreis le pied de café, soit de 3.000 à 4.000 francs l'hectare. La plantation étant peu coûteuse, la terre à café non plantée atteignait une valeur presque égale. En dehors des nappes de terre violette, fertiles et convoitées entre toutes, les prix s'abaissent ; ils restent cependant dix fois plus forts que dans d'autres parties du Brésil méridional; au Parana, par exemple, il est courant de payer l'hectare de 200 à 500 francs, Même les prix des lots coloniaux, mis en vente par le gouvernement, et fixés sensiblement au-dessous du cours, sont élevés : A Nova Europa, assez loin à l'ouest des régions déjà mises en valeur, 160 à 200 franca l'hectare ; à Campos Salles, 130 francs seulement ; autour de Campos Salles, quelques propriétaire» offrent des terrains à 170 francs. Les terres portant du bois d'œuvre ou du bois de chauffage se paient davantage. Nulle part dans l'État, il n'existe de terres cultivables à meilleur compte. Le prix d'achat d'un domaine de vingt-cinq hectares, sur lequel une famille puisse vivre, dépasse les ressources de la majorité des colons; ils doivent renoncer à devenir propriétaires,

La culture du café fut toujours pratiquée en grand.

p. DlNlS. — L4 Bri*a. u

Le café subit dans chaque fazenda les nombreuses opérations nécessaires avant qu'il puisse être livré k l'exportateur. L'outillage de la fazenda comprend les réservoirs de maçonnerie où le café est trempé, le» terrasses où il est exposé au soleil, les machines à décortiquer, à trier et à ensacher, les hangars qui abritent la récolte. A côté de ces constructions, la maison d'habitation, souvent modeste, disparaît presque. Une fazenda représente donc de gros capitaux, et les agriculteurs paulistes eux-mêmes ne réussirent à les constituer que grâce à l'appui financier qu'ils reçurent, notamment du grand commerce d'exportation de Santos. Une pareille organisation industrielle agricole ne pouvait s'adapter au régime de la petite propriété.

La culture du café attacha les Paulistes à la propriété foncière. La terre leur offrait la richesse, l'agriculture était la plus fructueuse des spéculations. Ils se firent donc agriculteurs, et refusèrent de céder la moindre parcelle. L'amour de la terre envahit l'aristocratie pauliste comme il a régné déjà sur d'autres aristocraties. Eussent-ils été assez riches pour acheter de petits lots de terrain, les ouvriers agricoles de Saint-Paul auraient difficilement trouvé des terre» pour s'y établir.

Nulle part on ne leur accorda de ces contrats, si fréquents dans les pays jeunes, où les services sont payés partiellement en terres, au lieu d'être payés en argent, et grâce auxquels la petite propriété se constitue automatiquement. Le métayage lui-même, qui se maintint à Minas, disparut des mœurs paulistes, comme une sorte de reflet pâli de la petite propriété ; les ouvriers agricoles furent» cantonnés à demeure dan» leur condition de salariés.

Le gouvernement aurait pu du moins lutter contre le

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