LA PETITE PROPRIÉTÉ A SAINT-PAUL K
travaillent durement la terre à la houe, et mènent leurs vaches à la corde, impérieusement. On voit sortir des huttes des petites filles blondes et des garçons aux yeux bleus et au teint clair ; on peut se croire transporté très loin. PuiB on retrouve sur la route rouge les grands chars à bœufs conduits par des nègres, et l'on se rappelle qu'on est au Brésil. Au loin, au pied des collines, le clocher et les maisons blanches de Villa Americana. Par endroits, on traverse des cannes à sucre souffreteuses, ou des caféiers abandonnés, envahis par les herbes, que l'administrateur de la colonie a renoncé à entretenir, tout ce qui subsiste des grandes cultures pratiquées jadis par les fazendarres, premiers propriétaire du sol, héritage que la petite propriété a dédaigné.
La création des colonies a-t-elle, comme on l'avait espéré, ménagé aux planteurs de café une réserve d'ouvriers disponibles à l'époque des cueillettes? Là encore, il faut attendre quelques années pour pouvoir répondre. Le gouvernement offre aux colons qui s'engagent pour la cueillelto le transport gratuit jusqu'àla fazenda. Mais de pareilles migrations ne peuvent s'organiser que lentement. Peut-être ces courants de main-d'œuvre au moment des récoltes deviendront-ils un jour un des traits dominants de la vie rurale à Saint-Paul. Pour le moment, ils se réduisent encore à bien peu de chose. En 1906, le gouvernement fournit aux fazendaires 16 troupes de ramasseurs de café, 815 personnes; 61 familles seulement venaient des colonies de Tibiriça. Nova Odessa et Campos Salles. Il est souvent driBcilede décider ies colons à abandonner momentanément leur lot pour aller faire la cueillette ; ils y consentiront plus volontiers lorsque le temps aura créé des habitudes et noué des relations.
La petite propriété semble donc devoir se dévelop-
per à Saint-Paul à côté et dans les intervalles de la grande culture caféière. Mais la culture du café ellemême ne peut-elle être pratiquée dans aucun cas par de petits propriétaires? Cette citadelle de la grandt propriété est-elle réellement impénétrable, et ne présente-t-elle aucune brèche? Ne peut-on concevoir une forme d'exploitation caféière adaptée à la petite propriété?
Une société coopérative, par exemple, ne pourraitelle se substituer à un grand propriétaire, et posséder des machines qu'elle mettrait à la disposition de ses membres? Les Paulistcs eux-mêmes ont entrevu cette solution ; c'est le programme de la coopérative d'Orlando, près de Ribeiraon Preto, en formation lors de mon passage, et dont j'ai pu étudier les statuts. Elle présente cette originalité qu'elle n'est nullement une association formée entre des petits propriétaires, mais qu'elle se propose au contraire de rendre possible €t de créer la petite propriété. Selon les statuts, des ouvriers agricoles ayant reçu des terres à travailler se trouveront, à l'échéance de leur contrat, propriétaires de ces terres, membres de la coopérative, et possesseurs communs des machines à décortiquer et à nettoyer le café qui sont le centre, la raison d'être de l'association
La coopérative d'Orlando n'est encore qu'un projet. Mais il existe à côté de Ribeiraon Preto un quartier, le Morro-Cipo, entièrement peuplé de paysans italiens petits propriétaires, et cultivant eux-mêmes, en famille et sans ouvriers, de minuscules plantations de café. Les plus riches ont 20.000 pieds, d'autres 10.000, 5.000, quelques-uns même moins d'un milHer. La difficulté d'adapter la culture du café à la petite propriété a été résolue ici d'une autre façon. Gomme chacun de ces