LA PETITE PROPRIÉTÉ A SAINT-PAUL
Italiens ne peut posséder les machines nécessaires, ils portent leur café à la ville où un industriel se charge de lui faire subir la préparation indispensable, et se paie en prélevant une partie de la récolte. Dès que les machines cessent d'appartenir à l'agriculteur lui-même, la grande propriété n'a plus de raison d'être. Ces Italiens paraissent vivre dans l'aisance ; la crise ne les a pas gravement éprouvés. Leurs dépenses de culture sont insignifiantes, et le prix de vente du café est pour eux presque un bénéfice net. Ils ne connaissent pas l'épineuse question de trouver de la marn-d'ceuvre, qui tourmente sans cesse les fazendaires leurs voisins. Enûn, ils joignent à la culture du café de petites cultures maraîchères dont ils écoulent le produit au marché de Ribciraon Preto. Leurs femmes ont la charge de ce commerce.
Si la coopérative d'Orlando est encore à l'état de projet, le Morro-Cipo n'est qu'un exemple isolé. Encore, n'est-il pas parfaitement probant. La division des terres n'y a pas une origine naturelle, le Morro-Cipo n'est que l'ancienne colonie d'Antonio Prado. J'ai pu retrouver, non sans peine, les titres de propriété délivrés par le gouvernement aux premiers colons, et qui ont passé de main en main. Si les propriétaires actuels ne sont pas les mêmes que l'administration établit sur les lots, seule cependant l'intervention officielle a permis à la petite propriété de se maintenir dans une région où le régime commun des terres est tout différent. L'action du gouvernement n'a pas été inefficace, mais elle ne pouvait agir profondément contre les tendances générales. Ce qu'elle a créé n'a pas disparu, mais le noyau colonial, isolé dans un milieu défavorable à la petite propriété, n'a pas transformé la région à son image. Aussitôt après la fondation du cerl,neta
culture du café se porta vers les collines de Ribeiraon Preto, la ville grandit; au milieu de l'essor prodigieux des plantations et des aiïuires, on perdit de vue la colonie. Et l'existence des petits domaines de Morro Cipo parait aujourd'hui une étrange anomalie économique à tous ceux qui ont oublié leur origine.
La coopérative d'Orlando, et le Morro Cipo prouvent tout au plus qu'il n'existe aucune incompatibilité logique absolue entre la culture du café et la petite propriété; mais il serait faux d'en conclure qu'il s'est manifesté un mouvement de division des propriétés caféières. La crise elle-même n'a pas déterminé de modifications sensibles.
Beaucoup de fazendas ont été vendues, mais elles l'ont toujours été en bloc. La baisse subie par le» terres n'a pas été parallèle à l'efTondrement des revenus. Chacun, à Saint-Paul, est intéressé à l'enrayer, ou du moins à la masquer autant qu'il est possible. Des fazendas hypothéquées et dont les propriétaire» sont insolvables, ne sont cependant pas mises en vente» parce que les créanciers espèrent un relèvement de» cours, et attendent des conditions plus favorables. Dans les régions caféières, les terres libres, à vendre par parcelles, ne sont pas plus abondantes qu'il y a dix ans. Le consul d'Italie signale en 1905 (1), qu'il est parti de Santa Rita deux cents familles, qui toutes avaient des économies et les auraient employées en achat de terres si elles en avaient trouvé à vendre. De même, les fils des paysans du Morro Cipo ne trouvent pas de terres à acheter aux environs de RibeiraonPreto > ils s'exilent et vont s'établir plus à l'ouest, à l'extrémité du chemin de fer de la Paulista, au-delà d'Araraquara.
(1) Bulletin de P Émigration italienne, 1905, n° 3.