‹ Le Brésil au XXe siècleChapitre 16 sur 28 · CHAPITRE X LA COLONISATION AU PARANA · texte numérisé non relu

CHAPITRE X LA COLONISATION AU PARANA

Formation d'uae démocratie rurale dtos le sud du Bréeil. — La petite culture. — L'iaolement des colonies. — Histoire de la colonisation au Parana. — Le* colonies autour de Cuntiba — La colonisation de l'Ouest. — Une risite aux colons polonais de Rio Claro. — Le maté. — Lt chemin de fer de Saint-Paul à Rio Grande.

En face de l'aristocratie pauliste, l'immigration européenne tend à créer, dans les États méridionaux du Brésil, au Parana, à Sainte-Catherine et au Rio Grande, une société toute différente, une démocratie rurale de petits propriétaires. Une cité s'y bâtit sur des principes d'une équité parfaite, puisque la vie urbaine et l'industrie étant encore embryonnaires, le sol constitue l'unique capital, et que ce capital est aux mains de ceux dont le travail le rend productif.

A côté de Saint-Paul ou de l'État de Minas, ou des vieilles régions sucrières de Campos et de Pernambouc, le Parana, Sainte-Catherine et le Rio Grande sont des terres neuves. Il n'y existait pas une ancienne population rurale qui pût fournir des cadres à l'armée des immigrants, la terre s'offrit à eux librement. Souvent elle n'était pas même possédée, et n.ul n'ayant de droits sur elle, elle se classait dans la catégorie des terres dévolues, o'est-à-dire des terres d'empire, qui devinrent

LA COLONISATION AU PARAN A Wt

après la révolution, les terres des États. Môme sur les terres privées, les droits de propriété étaient souvent incertains et presque fictifs. Les propriétaires n'exploitaient pas leurs domaines, parfois ils ne les avaient même pas visités ; ils en connaissaient vaguement les limites ; ils n'y exerçaient aucune surveillance.

Il n'existait pas de grandes exploitations agricoles, partant pas d'esclaves. A Saint- Paul, la main-d'œuvre blanche fut appelée à l'origine pour remplacer la maind'œuvre noire ; et le travail libre se trouva longtemps en présence du travail servile. Dans le sud, les colons ignorèrent l'esclavage. La loi de 1851, par laquelle la province du Rio Grande organisa la colonisation sur son territoire, interdit aux esclaves de pénétrer dan» les districts coloniaux. En 1881, au moment où l'esclavage agonisait au Brésil, où le recrutement des noir» devenait de plus en plus difficile, et où les rares planteurs de Saint-Paul, rebelles au principe du travail libre, ne trouvaient plus d'autre ressource que d'acheter des nègres dans le nord de l'empire, on discuta à l'assemblée principale du Parana s'il convenait d'interdire l'importation des esclaves dans la province. De pareilles précautions étaient superflues. Ce ne sont pas des lois ni des règlements qui ont évité aux premiers colons des provinces méridionales la concurrence des esclaves. L'esclavage ne pouvait s'établir en aucun* façon sur des terres où la grande culture était inconnue Elle n'y a pas pénétré depuis. On put croire un moment, vers 1895, lors de l'expansion du café, que la grande culture pauliste, franchissant la frontière, envahirait une partie de l'État du Paœana, et du moins la haute vallée du Pa anapanema, limitrophe de Saint-Paul; mais la crise a arrêté ses progrès, et le domaine de la

petite propriété dans le Brésil méridional n'a pas été «ntamé.

A Saint-Paul, une culture d'exportation avait créé la grande propriété. Les colonies du Brésil méridional ne connurent au contraire, du moins à l'origine, aucune culture d'exportation, et pratiquèrent presque exclusiyement des cultures vivrières. Par bonheur le climat, avec ses températures moyennes et ses pluies régulières, permettait à une population laborieuse de tirer <lu sol sa subsistance. Mais toute la production devait être consommée sur place. Isolée dans une région forestière, où les communications étaient difficiles et lentes, manquant de moyens de transport, les colonies durent vivre sur elles-mêmes ; leurs relations avec le reste du monde étaient rares, le mouvement économique y était nul.

Rien de plus frappant que le contraste que forme avec leur histoire la colonisation des plaines voisines de l'Argentine. Les moissons de l'Argentine sont expédiées dès qu'elles sont fauchées vers Rosario et vers Buenos-Ayres, d'où elles sont embarquées pour les ports d'Angleterre et d'Allemagne. Le marché mondial absorbe facilement les récoltes. Chaque immigrant laboure hardiment autant de terre qu'il en pourra moissonner. Chaque nouvelle voie ferrée sème des colonies. Le commerce des grains crée et vivifie la colonisation. Rien de tout cela au Brésil. L'existence des colons y rappelle davantage celle que menaient, au XVII® siècle, les pionniers de la Nouvelle-Angleterre ; mais les défricheurs de la Nouvelle- Angleterre étaient soutenus dans leur condition économique misérable par leur ardent désir de liberté religieuse. Au Brésil au contraire, la colonisation fut une entreprise oflScielIe. Les colonies furent fondées une

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