‹ Le Brésil au XXe siècleChapitre 18 sur 28 · LA COLONISATION AU PARANA ÎIS · texte numérisé non relu

LA COLONISATION AU PARANA ÎIS

autour des églises, qui ont encore le caractère architectural du pays d'origine des oolons. Les Polonais sont bons charpentiers, et ils aiment à construire de grands clochers avec les madriers de pin du Parana qui se laisse travailler comme le sapin de Pologne.

Entre les races différentes, des mélanges ont déjà commencé à se produire. Il y a des familles mixtes, italo-brésiliennes; et aussi des mariages entre Drésilieni et Polonais. « Mes filles polonaises sont savoureuses — sie schmecken — me disait le brave curé d'une de ces paroisses, et les Brésiliens viennent me les prendre. • La ville, milieu commun, où tous ont à faire, brasse les nationalités, opère le mélange des races et le mélange des idées, qui serait dix fois plus lent si cette colonisation était purement rurale. Les Italiens ont appris à alterner la polenta de farine de maïs avec le pain de seigle, la broa, suivant un mot allemand déformé, importé de Sainte-Catherine ou du Rio Grande; et les Polonais apprennent peu à peu de leurs voisins à aimer le vin et à cultiver la vigne, la plante sacrée pour l'Italien. L'été du Parana mûrit le rabin, et plus d'une maison polonaise possède maintenant aussi son enclos de vigne et ses échalas.

Les Polonais m'ont paru avoir une puissance d'expansion supérieure à celle des Italiens. Les familles italiennes sont en effet très fortement unies, les enfants ne s'en séparent pas à leur mariage, et la maisonnée comprend souvent trois générations ; s'il est nécessaire d'ajouter aux ressources que fournit la culture du lot de dimensions souvent restreintes, les fils s'en vont en quête de travail, et envoient les économies faites sur leurs salaires. Les colonies italiennes ont toujours fourni un grand nombre de terrassiers pour les constructions de voies lerrées. Après une période d'absence.

ils reviennent à la maison. Chez le» Polonais, au contraire, c'est l'habilude que le fils qui se marie acheté un nouveau lot, et si ses ressources sont insufTisantes, il trouve du moins à louer des terre» au quart ou au cinquième de» fruits. La première bonne récolte lui permettra de s'établir enfin chez lui, car les terres nr sont pas vendues au comptant, et le vendeur se con tentera d'un acompte. C'est ainsi que les Polonais se sont répandus peu à peu dans la direction de l'ouest, et qu'on les trouve aujourd'hui jusqu'à quarante et cinquante kilomètres de la ville.

Si vous sortez de Curitiba vers l'aube, sauf du côté de l'est où les terres marécageuses ont arrêté la colonisation, vous suivrez les chemins de la ville, au milieu des derniers pins qu'a oubliés la hache, et dont la silhouette sur les collines rappelle des paysages d'Europe. L'animation y est extrême; on va vendre à la ville du lait, des œufs, des légumes, du bois. Des femmes y portent des paniers, des petites filles blondes y conduisent les charrettes polonaises, aussi mal suspendues, mais moins pesantes que les chariots de Minas ou de Saint- Paul. De mille façons, vous sentez que tout ce monde rural vit du voisinage de la ville, et que la politique du président Lamenha Lins a porté ses fruits.

La ville, en grandissant, est devenue industrielle; quelques usines se sont ouvertes. La main-d'œuvre est recrutée en grande partie dans les colonies. Les homme?^ viennent le matin et repartent le soir, ou, si la distanco est trop grande, ils ne retournent à la colonie que le dimanche. Les femmes ont aussi des emplois industriels dans les tissages de coton; d'autres, plus nombreuses, s'emploient comme domestiques. Les Polonaises, avant de se marier, vont à la ville se mettre à gages. Chaque

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famille vivant sur ses champs a des dépenses réduites ; le moindre gain qui s'ajoute aux produits de la terre lui procure aussitôt l'aisance.

De 1878 à 1880 se place au Parana, à côté d'un grand mouvement d'occupation des terres autour de Curitiba. un incident de l'histoire coloniale, bien fait pour indiquer toutes les difficultés que rencontre la politique de colonisation ofTicielle : c'est l'odyssée des colons russes.

Ils étaient en réalité Allemands, tout au moins d'origine, établis sur la Volga sous le règne de Catherine II, mais y ayant conservé leiu* langue. Le président Oliveira Menesez, raconte qu'au moment où il prit le pouvoir en 1899, il trouva, campés dans les villes de l'intérieur, Lapa, Palmeiras et Ponta Grossa, 2.000 de ces immigrants qui demandaient des terres. On en attendait 20.000 autres qui, heureusement, n'arrivèrent pas. On les jugea vite ignorants et paresseux. S'il est permis de «e faire une idée de leur caractère d'après les documents qui nous on parlent, ils paraissent avoir eu l'âme rude et violente ; ils étaient conduits par des sentiments obscurs ; les administrateurs brésiliens éprouvèrent un énervement et une colère croissante devant leur manque absolu de souplesse. Ils n'écoutèrent aucun conseil. Lorsqu'ils choisirent leurs lots, ils prirent les prairies de préférence à la forêt. Cela causa la stupéfaction générale, car les terres boisées sont plus fertiles, et la colonisation au Brésil se loge toujoui-s dans la forêt ; mais lorsqu'on leur en fit l'observation, ils répondirent que les Brésiliens n'entendaient rien à l'agriculture. Ils labourèrent leurs champs avec des charrues qu'ils avaient fabriquées, semant le maïs comme du blé, et attendirent le temps de la moisson. Ils avaient un amour farouche de l'égalité ; et, bien qu'il y eut sur leurs lots des constructions qui auraient pu

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donner abri à la moitié «les familles, tous couchaient la belle étoile, pour qu'il n'y eût pas de privilégié». Lorsqu'ils étaient en voyage, et qu'il leur mourait quelqu'un, ils abandonnaient le cadavre sur la roulo, sans plus de formalités ; et il paraît qu'ils battaient leurs femmes, par principe, en affirmant que c'était la façon la plus assurée de les maintenir dans les chem'n* de l'honneur.

L'époque de la moisson leur apporta une vive déception ; soit que leurs procédés de culture fussent mal adaptés aux conditions nouvelles du climat et du sol, soit que leurs terres fussent vraiment infertiles, ils n'eurent pas de récolle. Un brusque découragement s'empara de ce peuple, et ils décidèrent de quitter de nouveau le Parana. On fit tout pour les retenir : comme ils étaient très religieux, on leur envoya des curés des colonies polonaises, mais quand ils eurent compris que ces prêtres n'arrivaient pas de Russie et que c'étaient des étrangers, ils les reçurent à coups de pierre, et ne les écoutèrent pas. Beaucoup se rassemblèrent de nouveau sur la côte et finirent par s'embarquer. Toutes le« colonies perdirent une partie de leur population ; quelques-unes se vidèrent complètement.

Certains, cependant, après l'échec de leurs tentatives de culture, au lieu d'émigrer de nouveau, changèrent leur mode d'existence et se mirent à l'élevage. Les herbages qpi'ils avaient reçus du gouvernement convenaient à une vie pastorale ; ils y nourrirent des bœufs. Ils se fixèrent au Parana. Ils travaillent peu la terre, mais ils emploient leur bétail au transport : c'est là leur industrie. J'ai parlé ailleurs des rouliers du Parana. Tandis que le Brésil entier, et particulièi ement la région des colonies, ne connaît que la propriété individuelle, ces rouliers ont des propriétés com-

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