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munes. Les Brésiliens s'étonnèrent d'abord, lorsque le» Russes demandèrent à conserver des terres en commun^ mais on le leur accorda volontiers, puisque cela dispensait de mesurer les lots. Beaucoup de ces propriété» communes disparurent lorsque les colonies se désorganisèrent ; les terres revinrent à l'État, qui les revendit quand il en eut l'occasion, mais la propriété commun» était si bien dans les mœurs des immigrants russe» qu'elle se reconstitue aujourd'hui spontanément sur le» points où sont restés fixés les groupes un peu importants de colons. Ils s'associent à vingt ou trente familles pour acheter des prairies où paissent indistinctement les bœufs, qu'on laisse se refaire entre deux voyages.
Les dernières années de l'Empire sont à peu prd» vide», en ce qui concerne l'histoire de la colonisation La prospérité de la banlieue coloniale de Guritiba se marque de mieux en mieux ; mais les terres libres y deviennent de plus en plus rares. En 1884, des Polonais demandèrent des terres près de la capitale : on n'en avait pas. En 1885, on eut beaucoup de peine à caser à quinze kilomètres de la ville cinq cents Polonais qui avaient refusé des terres au pied de la serra. Le programme de Lamenha Lins était épuisé, les colonies voisines suffisaient amplement à alimenter le marché de Guritiba. Si l'on voulait créer de nouvelles colonies, il faudrait aussi leur procurer de nouveaux débouchés.
Le mouvement d'immigration, interrompu quelques années, reprit sous le gouvernement provisoire. En sept ans, de 1889 à 1896, le Parana reçut 51.000 immigrants. C'étaient presque tous des Polonais. On forma deux groupes principaux de colonies, le premier dan» la vallée du fleuve Yguassu, qui descend vers l'ouest en
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traversant tout le plateau, et l'autre, plus loin encore, sur la route du Matto Grosso, à plusieurs journées de Ponta Grossa, où aboutissait le chemin de fer de la côte. Le centre le plus important sur TYguassu esl Rio Claro. Quant à la colonie de l'ouest, on l'appola Prudontopolis, d'un nom tant soit peu pédant, qui devait rappeler à la mémoire des hommes le souvenir du Président de la République Prudente de Moraee. Prudentopolis, la cadette, date de 1896.
Juridiquement, la condition des colons était exactement semblable à celle des anciens immigrants établis autour de Curitiba. Comme les terres de l'intérieur avaient une valeur très faible, on donna des dimensions plus vastes aux lots, qui eurent à peu près 2.') hectares. Le colon recevait toujours, du moins tel était le principe,un titre de propriété provisoire, qui devait être échangé, après le règlement de sa dette, contre un autre titre définitif. On lui imposait l'obligation théorique de payer la valeur de son lot en six ans.
Mais l'administration coloniale se montra inférieure à sa tâche. L'arpentage et le bornage des lots furent exécutés hâtivement ; en certains points, au lieu de fixer les quatre angles d'un lot, on se bornait à marquer sa façade sur une ligne, et on s'inquiétait peu des discussions qui devaient naître plus tard à propos de ses limites. Lorsqu'après 1896, la gestion des colonies passa de l'Union à l'État, la situation devint de plus ou plus obscure.Les registres de la dette coloniale étaient irrégulièrement tenus; il n'y avait même pas de plans des colonies. Les cadastres qu'on avait dû dresser pour connaître les concessionnaires de chaque lot s'étaient égarés ou n'avaient jamais existé. Une cause nouvelle de complications survint. Les colons n'avaient pas reçu le droit de vendre leurs lots avant d'en avoir obtenu la possos-
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sion définitive. Mais, laissés à eux-mêmes, ils oublièrent ce chapitre du règlement. Ils se mirent à subdiviser leurs terrains au gré des circonstances ; ou bien ib le» cédaient, en transmettant à leur acheteur, en même temps que la terre, la charge des annuités qui restaient dues au gouvernement. Ces mutations étaient faites de la main à la main, sans titre écrit ; il n'en subsistait aucune trace. L'État n'entretenait pas dans chaque colonie un diTectour à poste fixe qui eût pu exercer une surveillance continue. Il n'était représenté auprès des colons que par des percepteurs ambulants qui allaient de colonie en colonie recouvrer les annuités. Incapables d'élucider les problèmes de droit qui se posaient au cours de leurs rapides apparitions, ces percepteurs ne pouvaient en aucune façon renseigner l'autorité publique.
Le gouvernement du Parana finit par comprendre qu'il était de son devoir d'user d'énergie, et depuis 1905, on procède à une réorganisation complète de» colonies. On a réuni tous les documents relatifs aux diverses colonies; à défaut de documents, on a fait appel aux témoignages pour désigner les propriétaires légitimes des lots. Chaque colon, jusqu'au règlement définitif de sa dette, a son dossier à la secrétairerie de l'agriculture. La propriété coloniale est donc assise auj ourd'hui sur des fondations solides. Du temps où l'administration négligea les colonies, on a gardé cependant une habitude ; c'est une extrême tolérance en matière de paiement des annuités : quinze ans après leur concession, peu de lots sont encore libérés, et les directeurs des colonies ont à ce sujet des instructions qu'on peut résumer ainsi : les colons paieront quand ils voudront.
Les irrégularités qui se produisirent à l'origine de la colonisation polonaise eurent d'ailleurs peu d'incon"
vénients praticpies. II s'est produit, à ma connaissance, peu de contestations sur la propricdé ou la limite des lots ; encore ont-elles porté surtout sur des lots urbains passés aux mains de commerçants qui n'appartenaient pas à la population coloniale proprement dite. Celle-ci «'en inquiéta peu, et profita de la liberté qu'on lui laissait sans se douter des dangers qu'elle recouvrait. Pour elle, la réorganisation de 1905 vint à temps.
Je tenais à visiter les colons polonais de l'ouest. Établis depuis quinze ans, ils sont à peine sortis des incertitudes du rude labeur de l'arrivée. On retrouve parmi eux l'image vivante de ce que purent être les débuts déjà oubliés de la colonisation allemande «u Rio Grande.
J'ai parcouru tout entière la colonie de Rio Claro. Elle recouvre un vaste territoire, large de 40 kilomètres. Le long des grands chemins rectilignes sont rangés les lots de 250 mètres de façade et de 1,000 mètres de profondeur, avec une clôture de bois sur le devant. Les maisonnettes de bois sont entourées de pêchers. Le pêcher a été adopté par les Polonais, et au temps de la floraison, toute l'étendue de la colonie est semée de taches roses. Les chemins parallèles coupent une série de vallées transversales, et gravissent des crêtes successivement : de chacime d'entre elles, appa ralt un nouvel horizon peu à peu conquis à la culture ; de la dernière. on descend enfin vers les eaux abondantes de l'Yguassu. La colonie est une vaste clairière, ou plus exactement, elle est une réunion de petites clairières qui s'élargissent peu à peu à la rencontre les unes des autres, et qui se toucheront lorsque toute la superficie des lots sera mise en culture. D'un lot à l'autre, l'œuvre est diversement avancée ; parfois la iorêt de pins immenses, mêlée d'autres essences aux
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endroits les plus fertiles, a déjà reculé au loin; parfois, elle encercle encore l'habitation.
Chaque maison a son champ de seigle ; la culture du seigle a été importée par les Polonais; mais c'est, je crois, la seule de leurs cultures nationales qu'ils aien conservée. Car ils ont adopté, en fait d'agriculture, les habitudes du cabocle, c'est-à-dire du travailleur brésilien indigène. Ils se sont laissé corrompre, me dit lo directeur de la colonie.
L'agriculteur indigène, celui qu'on nomme le cabocle, d'un nom de race qui a fini par désigner plutôt une façon de vivre, le seul maître des forêts brésiliennes avant l'arrivée des colons, ignore en effet tous les principes modernes d'économie rurale et de culture intensive. Sur le point qu'il choisit pour y placer son champ, il commence par abattre la forêt, à la hache. Un groupe de travailleurs se réunit, et dans une journée de tra rail, qui est aussi une journée de fête, arrosée d'eaude-vie et égayée par des chansons, il prépare le terrain. Les arbres à terre, on les laisse sur place, et après avoir attendu le moment favorable, on y met le feu. Le bois ne brûle pas, mais l'incendie débroussaille la terre, et réduit en cendres les feuilles et les lianes qui donneront l'engrais nécessaire à la récolte. Aussitôt la cendre refroidie, un homme passe, faisant avec une grande houe un trou à chaque pas ; et derrière lui, un enfant y laisse tomber quelques graines qu'il recouvre en y ramenant la terre d'un coup de talon. Le mais mûrira entre les souches ; le cabocle ne visitera son champ que pour faire la récolte; à moins quïl ne préfère se dispenser de ce travail en lâchant dans les mais mûrs un troupeau de porcs maigres, qui y restera fidèlement aussi longtemps qu'il y trouvera sa pâture. Le cabocle rassemble alors son troupeau et va le rendre
à la rille. La vép^étation naturelle reconquiert peu à peu la forêt brûlée ; sur les troncs qui pourrissent lentement, une nouvelle forêt croit et se reforme. Le cabocle ne reviendra que lorsque la terre, reposée pendant des générations, pourra lui fournir de nouveau une aussi abondante récolte. Ainsi le cabocle gaspille la forêt, et gaspille surtout l'espace. Ses instruments de travail sont la houe et la hache; quant à la charrue, il l'ignore. Lorsque les Algériens, arrivés à Guritiba, en réclamèrent, on constata qu'il n'en existait pas une dans l'État. Les Russes, qui en avaient apporté, causèrent scandale.
Les colons de Rio Claro imitent le cabocle. Cultivateurs moins nomades, puisqu'ils sbnt enfermés dans les limites de leur lot. ils reviennent plus souvent aux mêmes terres ; ils n'attendent pas pour les mettre en culture que la forêt ait repoussé, et dès que les broussailles atteignent quelques mètres de haut, ils recommencent l'écobuage. Mais ils n'usent pas d'engrais, ils n'ont pas de charrue. Le temps modifiera ces condi tions. Au miheu de la forêt, aussi longtemps que subsistent sur le sol les souches des arbres abattus que le feu ne peut pas réduire, l'emploi de la charrue est impossible. Lorsque les souches seront pourries et détruites, les colons se souviendront de leurs semailles d'Europe, et reprendront l'habitude du labour. Dans les anciennes colonies, auprès de Curitiba, on voit déjà de grands labours. D'ailleurs les colons tendront d'eux-mêmes à perfectionner leurs méthodes lorsque les produits de leurs champs auront pris une valeur marchande, lorsque l'isolement des colonies aura cessé.
L'isolement était tel, en effet, que toute exportation était à peu près impossible. Il n'existait au voisinage aucun centre de quelque importance. Ce qu'on voulait
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exporter devait être expédié tout au moin» à Curitiba. Or, dans la colonie, les chemins manquaient. Quand j'y suis passé, on était en train de remettre en état et do rendre carrossables les anciens sentiers muletiers qui coupaient la forêt. Mais j'ai vu ailleurs ce qu'étaient les vieux chemins brésiliens, détrempés par la pluie, et transformés en fondrières, avec des ponts vermoulus à côté desquels il est toujours prudent de passer. On faisait sur ces chemins le transport à dos de mulet, depuis le lot du colon jusqu'à la rivière. Par bonheur, l'Yguassu est navigable. Depuis Rio Qaro jusqu'aux cascades qui barrent son cours en amont, près de Restinga Secca, il présente un bief navigable de deux cents kilomètres. Aux environs de cette grande rue naturelle, on avait placé plusieurs colonies qu'elle reliait entre elles. Les chaloupes à vapeur, qui pratiquent la navigation de l'Yguassu, pouvaient donc charger à Rio Claro des maïs qu'elles portaient jusqu'au pied des rapides. Là, on les transbordait sur les wagons du chemin de fer; ils arrivaient enfin à Curitiba, où, grevés des frai» de transport que l'on peut imaginer, ils se trouvaient en concurrence avec les récoltes des colons de la banlieue. Peut-on s'étonner si l'exportation était nulle, ou peu s'en faut ?
Les mêmes difficultés de transport exagéraient le prix des articles d'importation. Dans cette situation anormale, quelques négociants firent des affaires d'or. Ils pratiquaient ce commerce double, toujours fructueux, d'acheter aux colons l'excédent de leurs produits, et de les payer, non en argent, mais en marchandises, dont le prix monnayé n'était jamais exprimé. Mais l'exportation des produits de la colonie était si restreinte que l'usurier le plus rapace n'aurait pas trouvé de profit à y exercer son industrie si les colons
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avaient été réduits à cette unique ressource : par bonheur, ils en trouvèrent une autre : la récolte du maté.
Le maté sauva les colonies du Parana. C'est un petit arbre, dont l'apparence rappelle en plus maigre celle du chêne vert, et dont la feuille charnue et lourde est douée de propriétés aromatiques que l'infusion dégage. L'usage de l'infusion du maté est déjà ancien ; il règne aujourd'hui dans totite la moitié méridionale de l'Amérique du Sud, au Chili, en Argentine, au Paraguay et dans l'Uruguay, et dans les parties limitrophes du Brésil. On prépare le maté dans une gourde d'où il faut l'aspif-er à petites gorgées au moyen d'une paille; la gourde circule à la ronde, chacun y prenant sa part tour à tour, et l'étranger n'est pas épargné. Refuser le maté serait manquer aux règles du savoir-vivre.
Le Parana est le centre de la production du maté. L'exportation du maté y joue le même rôle que celle du café à Saint-Paul. Elle est la base de toute la vie économique locale. A l'exception des colonies, tout le Parana, directement ou indirectement, vit du transport, da la préparation et du commerce du maté, et les colonies elles-mêmes ont tiré du maté de larges profits.
On ne cultive pas le maté ; il croit librement dans la forêt, et c'est dans la forêt que se fait la récolte des feuilles. Aussitôt cueillies, les feuilles subissent une première préparation, destinée surtout à diminuer leur poids pour le transport, et aussi à les empêcher de fermenter et de pourrir. On les sèche au feu ; on les enferme ensuite dans des sacs qui sont expédiés à Curitiba où des moulins perfectionnés réduisent les feuilles en poudre, séparent les diverses qualités, et li-sTent le produit qu'exige la consommation. Quelques colons, plus heureux que les autres, découvrirent sur leurs lots un nombre important de pieds de maté; ce