‹ Le Brésil au XXe siècleChapitre 23 sur 28 · LES POPULATIONS NÈGRES IM · texte numérisé non relu

LES POPULATIONS NÈGRES IM

classe de paysans propriétaires, travaillant leur terre de leurs mains, et qui comprend aussi des mulâtres et même quelques blancs. Par malheur, cette classe est trop peu nombreuse.

i>ai'.s l'ensemble, les nègres forment dans les régions sucriètes comme à Minas une main-d'œuvre de valeur I économique médiocre. Le sol même où ils vivent leur ' assure, en dehors de tout travail agricole, de nombreuses ressources alimentaires. Le poisson foisonne dans tous les marais de la côte. Un enfant pêche en une journée la nourriture de dix hommes. La pêche délivre les noirs de l'obligation du travail régulier. Bien que tout le sol n'y soit pas couvert par les cultures, certains districts sucriers arrivent ainsi à lourrir une population d'une extraordinaire densité, et sont de véritables fourmilières d'hommes.

A Bahia, les cultures de canne ont entièrement disparu. A Pernambouc, la majorité des noirs vit comme autrefois sur les plantations. Un grand nombre cependant se sont concentrés à la ville. Car les noirs qui, pour manifester leur indépendance, se dispersèrent loin des fazendas où ils avaient vécu, haïssent cependant la solitude et sont épris de vie urbaine. A Pernambouc et à Bahia, la population urbaine est trop nombreuse pour le mouvement des affaires et pour l'activité du port. Autour de la ville proprement dite, s'étend une immense banlieue, vaste village où les nègres vivent sans grandes ressources parmi les manguiers et les arbres à pain. On s'étonne en traversant une fazenda de Minas ou une plantation de Campos, du nombre de noirs que peut occuper et nourrir une minime quantité de travail. Le même étonnement renaît dans les grandes villes du nord. Si vous voulez une barque, vingt bateliers se disputent votre clientèle. Au marché de Per-

aambouc, je me souviens d'avoir vu vingt marchandes posséder à elles toutes un étalage de fruits qui aurait tenu dans deux paniers.

En résumé, l'infériorité économique et morale de la population nègre au Brésil ne peut être contestée. La puérilité des noirs est extrême. Ils sont imprévoyants et ne connaissent aucune des formes de l'ambition, unique ressort du progrès. Ils sont modestes dans leurs désirs et volontiers satisfaits. Quiconque a entendu, dans les rues de Bahia, le rire sonore, joyeux et sincère de quelque femme noire, n'a pas manqué d'éprouver ce mélange de mépris, d'indulgence et d'envie qu'inspire ce peuple d'enfants. Leur imagination est agile et forte, leur vie sentimentale est active, leur vie intellectuelle est nulle. Ils sont superstitieux, et leur dévotion a nourri, et nourrit encore les quatre cents églises de Bahia.

Ils s'amusent avec passion. Plus de la moitié de leur vie est consacrée aux amusements et aux fêtes. Le cirque est leur divertissement favori. L'esprit d'un clovvn leur fait passer des heures bienheureuses. Quelques-unes de leurs fêtes sont liées aux travaux agricoles. Elles étaient célébrées autrefois à la fazenda entre esclaves ; elles ont survécu à l'esclavage. A Minas, les ouvriers noirs viennent encore, lorsque la cueillette du café est terminée, portant à la main des rameaux de caféiers qu'ils ornent de rubans de papier multicolore, demander à grands cris au maître de donner le signal des réjouissances.

Mais, à coté de ces fêtes générales, chaque famille a les siennes : la moindre occasion suffit. Aussitôt, à la porte d'une case, on suspend des feuilles et des branches. Les invités et leur hôte se laissent aller à l'excitation la plus bruyante Que de fois il m'est arrivé.

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