‹ Le Brésil au XXe siècleChapitre 24 sur 28 · LES POPULATIONS NÈGRES 16S · texte numérisé non relu

LES POPULATIONS NÈGRES 16S

voyageant à cheval, de surprendre ces scènes infernales que le passage d'un voyageur ne trouble et n'interrompt en aucune façon, et d'être poursuivi le long du chemin par des cris rauques et par les sons discordants d'une musique barbare !

C'est au cours de ces fêtes que sont dansées les danses nègres, demi-pautomirtios, demi-ballets : le Coco et la Samba. Elles sont égayées de chansons singulières, souvent dialoguées comme les danses, véritables comédies primitives, semées de mots inintelligibles, restes déformés des langues africaines. Beaucoup des « Modinhas > qu'on chante aujourd'hui autour de Bahia et de Pernambouc ont été composées par des poètes citadins, et ne sont que l'imitation plus ou moins adroite des types primitifs d'origine populaire. Mais les vieux motifs qui datent du temps de l'esclavage ont plus de caractère. Ils rappellent les occupations diverses auxquelles s'employait la population noire dans le nord du Brésil. Telle chanson était répandue dans les moulins de canne :

0 Lele, tourne moulin

O Lele, moulin a tourné.

Qui n'a pas une chemise.

Pourquoi veut-il un paletot T

Et vive Joachim Nabuco et tout son personnel

Et vive le Cordon Bleu, et le parti libéral.

Près de la côte, la mer a sa place dans les chansons^

Mon morceau de voile

Quel vent veux-tu qui le soulève t

Le jour le vent de la terre,

La nuit le vent de la mer.

Danses et chansons entretiennent l'allégresse, mais c'est l'eau-de-vie qui la crée. L'intempérance est en

e(Tct le vice de la population noire. L'eau-de-vie est foa premier et presque son unique besoin. Le nègre travaille seulement pour acheter de l'eau-dc-vie ; et c'est par de généreuses distributions d'eau-de-vie que It farendaire entretient la fidélité de son personnel. J'ai assisté à une de ces distributions ; j'en ai rapporté une véritable impression d'elTroi, à voir la quantité d'alcool absorbé par les adultes et même par les enfants. L'eau-de-vie de canne se vend au Brésil à un prix trè» faible ; le salaire d'un jour de travail permet d'acheter une semaine d'ivresse

Qu'est devenu ton camarade, — dit la chanson — L'eau de la montagne l'a emporté.

Ce n'est pas l'eau, ce n'est rien.

C'est la cachaça (1) qui l'a tué.

L'alcoolisme n'est pas le seul fléau de la race noire. Elle est rongée par d'autres maladies que propage 1« défaut total d'hygiène ; aussi ne se multiplie-t-elle pas comme pourrait le faire croire son extrême fécondité. Il serait sans doute exagéré de prédire son extinction prochaine. Cependant il est probable qu'elle ne se développera pas dans la même proportion que les autres éléments de la population brésilienne. Son rôle, au Brésil, ne peut donc que décroître; elle n'au:a j amais d'influence décisive sur les destinées du pays.

(1) Cachaçc, eau-de-vie de canne.

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