CHAPITRE III VIE POLITIQUE
La Constitution. — L'autonomie des États. — Le gouTernemenI fédéral. — Son prestige croissant. — L'impérialisme brésilien. — Absence de véritable» partie politique». — L'opposition au Rio Grande.
Sous le gouvernement impérial, le Brésil était un État fortement centralisé. Selon le régime instilnô après la Révolution do 18S9, il est au contrairb aujourd'hui une République fédérale ; sa constitution a été calquée de très près sur celle des États-Unis de l'Amérique du Nord; le nom officiel d'États-Unis du Brésil ne trompe pas. Les États, les anciennes provinces jouissent d'une large indépendance. Œacun d'eux forme une véritable nation, ayant ses autorités élues et son administration autonome. Leurs ministres et leur président dirigent, sous le contrôle du parlement, leur politique financière. Ils discutent librement des contrats avec des compagnies étrangères pour l'exécution de travaux publics, ou pour la conclusion d'emprunts. Ils ont leur justice, leurs services d'instruction publique, et sous le nom de forces de police, plusieurs d'entre eux entretiennent de véritables armées. Quelques-uns ont en Europe des représentants
qui y jouent presque un rôle diplomatique, et on en a vu tenir entre eux des conférences et signer dea conventions particulières où n'intervenait aucune autorité fédérale.
Leurs ressources budgétaires varient avec leur popution et leur richesse. La constitution leur a laissé une importante source de revenus en les autorisant à établir et à percevoir à leur profit des droits à l'exportation. Il n'est pas, je crois, de budget d'État qui ne mette les droits à l'exportation au premier rang de ses recettes. Le droit sur l'exportation du café alimente le budget de Saint-Paul, comme le droit sur l'exportation du maté alimente celui du Parana. Il existe donc au Brésil une double ligne de douanes, Tune tournée vers l'extérieur, et l'autre vers l'intérieur. Les droits perçus sur l'entrée des marchandises étrangères, les douanes proprement dites, sont matière fédérale, et dépendent du gouvernement central. Mais les droits d'exportation reviennent aux États. De même qu'il y a une double ligne de douanes, il y a deux espèces de contrebande. On fraude en introduisant des marchandises étrangères ; on fraude aussi en exportant clandestinement des produits du pays.
Les droits à l'exportation — c'est le sort de toute espèce d'impôts — ont de nombreux ennemis au Brésil. Théoriquement, le principe en est discutable. On leur reproche de frapper lourdement la production alors qu'il vaudrait mieux imposer avant tout la richesse improductive. En fait, l'exportation brésilienne ne comprend guère que des produits agricoles ; taxer ces produits agricoles, c'est donc taxer la propriété dont ils proviennent, et les droits à l'exportation se réduisent à un véritable impôt foncier indirect, auquel on ne