VIE POLITIQUE
peut faire qu'un seul reproche, c'est qu'il n'atteint pas la propriété urbaine.
Le plus réel avantage des droits à l'exportation c'est qu'ils sont aisés à percevoir. L'exportation se fait tout entière par mer. Les ports sont peu nombreux, et la surveillance est facile. Le Brésil n'a pas de frontières de terre. Cette affirmation semble un paradoxe ; elle est cependant parfaitement exacte au point do vue économique ; car l'intérieur est encore désert et sans routes, et tout le commerce extérieur se concentre sur la côte de l'Atlantique. Les seuls pays avec lesquels le Brésil soit véritablement en contact sont l'Argentine et l'Uruguay. La frontière du sud est aussi la seule où se fasse un peu de contrebande ; mais c'est à peine si quelques charges de maté arrivent à franchir le Parana en fraude. Dans l'ensemble, le coulage est nul ; les frais sont minimes, et les droits d'exportation sont une forme d'impôt parfaitement adaptée à un pays de population encore aussi clairsemée.
L'impôt foncier proprement dit a été cependant introduit dans quelques États, comme Minas et le Rio- Grande. Il y est perçu difficilement, faute d'un cadastre. Comment asseoir un impôt foncier, alors que la fortune agricole, en plein développement, n'a encore aucune stabilité, que la hmite des terres défrichées se déplace sans cesse, et que la superficie et l'emplacement des cultures se modifie chaque année sur chaque propriété ?
En face des Etats, la constitution place le gouvernement fédéral qu'on appelle, au Brésil, l'Union. Les pouvoirs réservés à l'Union sont assez étendus; il existe une année et ime marine fédérales ; de plus, toutes les questions monétaires sont de sa compétence ; enfin l'Union décrète et applique les tarifs douaniers sur
l'importation des marchandises étrangères. Si le budget des États est nourri par les droits d'exportation, ce sont les droits à l'importation qui soutiennent le budget fédéral. C'est par le règlement des questions monétaires» qui sont au Brésil d'une exceptionnelle gravité, et par la fixation des tarifs douaniers que le gouvernement fédéral exerce l'action la plus profonde sur la vie nationale. A la liste des services fédéraux, il faut ajouter le service des postes.
L'Union a été d'abord très étroitement cantonnée dans ces quelques fonctions. Dans les années qui suivirent la Révolution, on laissa porter à la décentralisation tous ses fruits ; les États jouissaient sans réserve de leur autonomie. Depuis deux ou trois ans, un courant contraire se fait sentir ; l'autorité de l'Union et son prestige s'accroissent tout ensemble. D'abord, elle a acquis un domaine propre, le territoire de l'Acre, cédé par la Bolivie au traité de Pétropolis. C'est un important morceau de la plaine des Amazones, et une des grosses régions productrices de caoutchouc. Au lieu de faire de l'Acre un État nouveau, on l'a laissé à l'Union, comme une sorte de douaire. Il est au Brésil ce qu'est la terre d'empire d'Alsace-Lorraine pour TAlIemagne. L'Union y perçoit les droits d'exportation sur le caoutchouc, qui, hors du territoire fédéral, reviendraient aux caisses des États. Les revenus de l'Acre ont suffi à amortir en trois ans l'indemnité promise à la Bolivie. Ils se confondent aujourd'hui avec les autres revenus de l'Union, et forment un appoint sérieux à son budget.
L'annexion de l'Acre n'est pas le seul succès récent de la diplomatie brésilienne. Elle a obtenu également des rectifications de frontière favorables du côté de l'Argentine et du Pérou, et en Guyane, elle s'est fait recon-