‹ Le Brésil au XXe siècleChapitre 6 sur 28 · VIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

VIE POLITIQUE

naître par la France la propriété du territoire contesté de rOyapock. Ces négociations heureuses ont valu au ministre des relations étrangères, le baron de Rio Branco, une popularité générale. Cette popularité a été accrue encore par l'intervention de la diplomatie brésilienne dans les questions de politique internationale, et particulièrement dans les discussions de la conférence de La Haye. Le Brésil s'efîorva, à La Haye, de prendre la place de délégué des petites puissances devant les grandes. Il tenait avant tout à passer pour le représentant de l'Amérique du Sud. Car si I0 Brésil n'a pas encore de politique mondiale, il a du moins une politique américaine et souhaite établ.r dans l'Amérique du Sud son hégémonie morale. De pareilles ambitions, assez imprécises, trouvent un écho dans le sentiment populaire. Il est né dans les dernière» années une sorte d'impérialisme brésilien ; la diplomatie étant matière fédérale, l'Union profite, par contre-coup, de ce mouvement d'opinion.

De même les ministères fédéraux de la marine et de la guerre ont accru leurs dépenses, partant leur rôle, dans le pays. L'opinion accepte sans résistance les charges financières que suppose la puissance militaire. Je n'ai jamais entendu personne protester contre la commande à des chantiei^ anglais de trois cuirassés du dernier type, qui fut passée pendant mon séjour. Il m'a semblé qu'on accueillait moins favorablement la nouvelle loi militaire sur la conscription. Les engagements volontaires ne suffisant pas à maintenir l'effectif de l'armée sur pied de paix au niveau désirable, la nouvelle loi, votée au début de 1908, décide qu'on recourra à la conscription pour combler les vides. Un tirage au sort désignera chaque année le nombre nécessaire de conscrits, La conscription a rarement été

populaire. Au Brésil, elle a été accueillie sans enthou- «iasme dans les campagnes. Avant qu'elle fût votée, j'avais entendu, pendant mon voyage, les colons, les gauchos, en parler avec inquiétude. Je n'ai jamais, je crois, trouvé d'accueil aussi glacial que le jour où, cherchant à expliquer ma vague profession de géographe ambulant je fus pris, sur mes explications sans doute maladroites, pour un agent recruteur, chargé de dresser les listes du tirage au sort. Même à Rio, l'opposition a été assez forte. Cependant l'agitation qu'entretenaient quelques journaux s'est calmée, et la loi sera prochainement appliquée. En fortifiant l'armée fédérale, elle fortifie aussi l'Union.

Enfin, depuis peu, l'Union se propose d'intervenir aussi en des matières qui sont, d'après la Constitution, de la compétence exclusive des États. La faiblesse de certains gouvernements d'États, et l'inaction à laquelle les condamnait leur faiblesse, ont provoqué ces interventions, toujours joyeusement acceptées, car elles se traduisent ordinairement par des subventions. Deux lois proposées au Parlement de Rio sont significatives A cet égard. C'est la loi sur l'enseignement public et la loi sur le peuplement du sol. La première autorise l'Union à ouvrir et à subventionner des écoles sur le territoire des États ; elle en déterminera les programmes et en assurera l'inspection par l'intermédiaire d'une sorte de conseil fédéral de l'instruction publique ; ainsi l'enseignement public cessera d'être la chose privée des États. La seconde loi trace à l'Union un programme de politique générale de colonisation ; elle établira des immigrants non pas sur des terres à elle — l'Union n'en possède pas — mais sur le territoire des États, l'ancienne terre publique qui fut répartie entre eux après la chute de l'empire. La colo-

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nisation, c'est-à-dire rallotissement des terres publiques, est une charge et non un revenu. En bonne Iogi(Iue, elle incombait aux États, depuis que le» terres du gouvernement impérial leur avaient été distribuées. Mais presque partout les gouvernements d'États l'avaient négligée. Il y avait un intérêt national à ce qu'elle fût reprise, et seule l'Union pouvait le faire. La loi nouvelle sur le peuplement du sol semble revenir sur les premières lois républicaine» qui avaient dispersé entre les vingt États le patrimoine national des terres publiques. L'Union ne redevient pas propriétaire de ces terres, mais elle participe à leur distribution, elle en réglemente l'usage. Elle venait de recevoir le royal douaire de l'Acre ; on pourrait dire, en forçant un peu les choses, que la loi sur le peuplement du sol lui reconstitue un domaine dans l'intérieur de chaque État.

Ni la loi sur l'enseignement, ni la loi su le peuplement du sol, n'auront d'application immédiate. Le Sénat a refusé de voter les crédits nécessaires avec le budget de 1908. Mais le vote même de ces deux lois par les Chambres indique les tendances nouvelles de l'opinion brésilienne, la renaissance de l'Union.

Il est dilTicile de distinguer au Brésil des partis politiques. Il existe, il est vrai, des adversaires politiques, mais ils ont rarement un programme distinct, et la plupart des questions politiques se réduisent à des rivalités personnelles. Les traditions manquent. Les anciens partis des libéraux et des conservateurs, dont la rivalité se poursuivit pondant tout l'empire, se sont évaporés aussitôt après la révolution. Les questions religieuses ne se mêlent pas aux questions politiques ; pas davantage les questions sociales. Dans le nord, l'opposition de»

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classes est masquée par l'opposition des races. Dans le Bud, les classes ouvrières sont d'origine étrangère, sans cohésion et sans discipline. A Saint-Paul même, les organisations socialistes en sont encore à leurs timides débuts. Une grande partie de la population est indifférente; les nègres par puérilité, les immigrants parce qu'ils ne se sentent pas encore définitivement fixés dans le pays. Quant aux classes dirigeantes, aux vieilles familles brésiliennes, elles vivent trop dispersées ; les séductions du pouvoir sont trop fortes pour qu'il puisse s'y former de véritables partis fidèles à des principes.

En face des hommes au pouvoir, des intrigues, il est vrai, se nouent autour d'un nom, pour se dissoudre aussitôt. Le moment le plus fertile en dissensions politiques est celui où se préparent les élections, présidentielles et autres. Mais l'opposition est toujours intermittente, elle manque d'une doctrine. Elle ne représente pas de tendances différentes de celles des hommes qu'elle combat. Pour étendre son influence dans le pays, elle a parfois la fortune de pouvoir exploiter l'impopularité de telle ou telle mesure. Elle donne alors l'illusion d'une force, mais l'agitation se calme vite, et sa puissance s'effondre.

Le gouvernement de M. Rodriguez Alvez, qui précéda celui de M. Penna, eut à vaincre un brusque mouvement d'opposition, qui souleva à Rio une véritable émeute. La foule ne fut jamais mêlée au complot politique qu'avait formé un petit groupe d'hommes, elle ne le connut même pas. Mais on s'assura sa complicité momentanée en l'irritant contre les réformes sanitaires qu'introduisait alors la municipalité de Rio, sous la direction du grand médecin Oswaldo Ouz. Le service de la santé avait, en effet, entrepris de déUvrer la ville

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