‹ Le Brésil, Buenos-Ayres, Montevideo et le Paraguay devant la civilisationChapitre 5 sur 11 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

LA POLinÇUS DB BUBWOl • ATmSl

Nous venons de relire, hélas! n'était-ce pas là notre devoir? la lourde plaidoirie — indigesta moles — publiée par 1$ Messager de Provence^ en faveur de la triple alliance.

En rencontrant dans ce faetum une si complète ignorance de la matière, nous n'avons pu nous défendre d*une impression pénible qui, en quelques miooteSy nous a Tait parcourir toute la gamme des sentiments, depuis ré onncment naïf Jusqu'au dégoût profond.

Quel puissant mobile a donc forcé le rédacteur de la feuille aixoise à entreprendre cette malheureuse campagne ? malheureuse pour lui, bien entendu» à cause des conditions déplorables où le placent les démentis que lui inflige n chaque instant l'inexorable histoire!

Ëvidemmeniv derrière cette prose tapageuse, arrogante et indisciplinée, se cache une énigme dont le mot nous échappe.

Ce mot^ nous renonçons à le trouver.

Nous allons reprendre notre démonslratlou, moins pour rétorquer des arguments absents, que pour achever de fixer l'opinion sur le véritable caractère du conflit Brasilo-Paraguayen.

L'auteur des Otages de Ifurasno a soutenu, d'après M. Juan-- B. Alberdi, partant, apr^s M. Alberdi, mais avant nous, il est vrai, la thèse que nous détendons aujourd'hui ; et le même homme qui a loué M. Poucel, s'inscrit en faux contre nos conclusions!

Et cet homme prétend combattre pour le triomphe de la vérité I

Allons doncl La vérité s'aflirme par des faits et par leur logique, mais non point par de vaines déclamations et par des insultes grossières.

Nous maintenons fermement cette proposition :

a Le but poursuivi par Buenos- Ayres est de reconquérir, avex; l'appui du Brésil^ sa domination sur les provinces et, s'il y a lieu, de revendiquer le Paraguay, en abandonnant Montevideo à l'Empire. »

Cette idée des vues conquérantes de Buenos-Ayres, nous la trouvons exprimée par récrivain consciencieux et éloquent (cette dernière expression appartient à notre contradicteur) dont la compétencQ a été re^ connue.

Après avoir déclaré, comme M. le comte de la Hure, c|ue : <x C'e.-t une question de faim qui pousse le Brésil a s'éloigner du soleil, :» M. Poucel reprend :

« Si la guerre du Paraguay est toute une question do subsistance pour le Brésil, elle est pour le gouvernement de Buenos-Ayres toute une ques-* tion de suprématie. »

L'auteur ajoute, a la même page et à la suivante :

« Buenos-Ayres qui a subi, à son corps défendant, la libre navigation des rivières en 1858, avait proteslâ, en 1843, contre le renouvellement de l'indépendance du Paraguay.... L'indépendance du Paraguay est, au fond, l'anéantissement radical des dernière vestiges du système colonial pour Buenos-Ayres Or, la libre navigation pour les provinces argentines signifie indépendance pour elles, comme pour le Paraguay. Donc, il faut empêcher le Paraguay d'être indépendant, afin de maintenir les provinces argenHnes des rives droites sous la dépendance de Buenos- Ayres. »

Voilà qui est net et explicite. Est-on convaincu enfin par la parole do M. Poucel ? Alors, que devient cette affirmation contenue dans la lettre du 14 novembre : « Le Brésil ne veut pas s'arrondir au détriment de la Banda-Oriental, et la Confédération Argentine au détriment du Paraguay! »

Après M. Poucel, nous citerons une autre autorité, inconnue, sans doute encore, du rédacteur du Messager de Provence; mais devant laquelle, pourtant, s'inclinent les personnages les plus considérables des defix côlés de l'Atlantique.

Nous voulons porter de l'auteur du Système èconomiiiwe et rentlstlque de la Cenfédératlen Ari^entlne; — des Blément» du dreit publie prewinelal Ari^entln — et de l'Intéi^rlté natlenale de la KépuMIque Ari^entlne.

M. Juan Alberdi nous apprend que si la République Argentine a rc-^ connu l'indépendance du Paraguay, Buenos- Ayrcs'a protesté dans le congrès de Parana (1852) contre la validité de cet acte.

Voilà donc deux protestations constatées : celle de 1843 mentionnée par M. Poucel, et C3lle de 1852 dont il est ici question.

M. Alberdi ajoute :

« La revendicatioa du Paraguay est probablement un des articles secrets de Talliance conclue avec les Impériaux. » '

Ce n'est pas nous, cette fois, qui affirmons; c'est Téminent publiciste argentin qui parle; que répondra-t-on à M. Alberdi?

Quant à l'oppression des provinces par Buenos- A yrcs, elle est affirmée à chaque page parle môme écrivain. Que notre contradicteur veuille bien méditer les lignes suivantes : '

« Des deux peuples qui constituent la Confédération appelée Repu* blique Argentine, Tùn, le peuple vaincu, est gouverné par le peuple conquérant. Les provinces sont gouvernées par Buenos-Ayres, comme au temps de Rosas et de ses prédécesseurs ; elles sont soumises à un pouvoir plus redoutable encore que s'il était étranger. Des compatriotes leur en^ lèvent les droits et les richesses que V étranger respecterait. »

Le lecteur appréciera la valeur respective des deux opinions contradictoires, émises, l'une par M. Alberdi, l'autre par le rédacteur du Messager de Provence.

Quanta noiis, après avoir relevé cette nouvelle énormilé, nous plaçons le numéro 4.

On a nié publiquement l'exactitude de nos appréciations ; mais oserat-on bien donner un démenti à M. Alberdi? Prétendra-t-on que mieux que lui, qui a été môle à toutes les affaires de son pays, on connaît Tbistoire de ce pays?

Pourquoi ne le dirait-on pas? Une pareille irrévérence ne nous sur^ prendrait plus de la part de notre contradicteur.

Celui-ci aspire à toutes les gloires. 11 possède, parait-ll, des aptitudes diverses quMI a mises au service d'une ambition insatiable.

Comme l'étude du mur mitoyen tardait à découvrir devant lui de spicndides horizons, M. L. Arnaud a échangé sa toge d'avocat contre une

plume de journaliste, de polémiste, voulons-nous dire, sans s'être préoccupé de savoir si cette plume, ainsi qu'on le raconte du sabre de Scanderbeg, ne serait pas trop lourde pour la main qui la tiendrait.

Aujourd'hui, à propos d'une question qu'il ignore absolument, le susdit polémiste se pose comme régent d'histoire et de géographie, colonisateur, moraliste, homme d'État, statisticien.

Nous venons d'établir la valeur de l'historien ; nous allons répondre au statisticien, à cette heure.

La prétendue modération du Brésil est désormais jugée, il s'agit maintenant du désintéreaemmt de Buenos-Ayres, à l'égard des provinces ; désintéressement qu'on s'efforce de justifier en alignant des chiffres.

Examinons donc les chiffres qui nous sont présentés.

On dit : Buenos-Ayres tire de sa douane un revenu de 15 millions de piastres par mois; elle en dépense 3 seulement; donc, conclut-on, « Buenos-Ayres paye avec ses propres richesses l'armée, solde tous les firais de la guerre , et envoie dans les provinces les secours demandés. »

On a oublié de nous dire si le négociateur envoyé par le général Mitre à Londres pour y contracter un emprunt , a mission de traiter au nom de la République Argentine, ou au nom de Buenos-Ayres seulement. La distinction a ici son importance. C'est évîdenmient au nom de la République que les négociations doivent être entreprises, ot, dès lors, ce sont les Provinces-Unies qui garantiront cet emprunt destiné à faire face aux nécessités de la situation. Ce n'est donc pas avec ses propres richesses, constatons-le déjà, que Buenos-Ayres se propose de payer les frais de la guerre (1).

(1) Cet empniol, pour U somme de 1,250,000 livres sterliog (26,250,000 fr.), a été lancé sur la place de Londres par la paissante makon Bamikg et C*. le 3 janvier 1S66.

U devait être fermé le Janvier, à deux heures du soir.

L*empi«s8ement des souscripteurs ne parait pas avoir suffisamment répondu anx désirs des intéressés, puisque, à la date du 11 Janvier, une circulaire, émanée de la

QuaQt à ces cbiffres de 15 et de 3 millions qui représenteraient le revenu de Buenos-Âyres» on a oublié également de déclarer qu'il s'agit de la piastre-papier et non de la piastre forte, et que la piastre-papier ne vaut que 30 centimes.

Détail insignifiant I dira peut-être notre contradicteur, et pour cause.

M. Martin de Mouesy nous apprend qu'en 1853, la province de Buenos-Ayres prélevait sur les douanes, c'est-à-dire, sur un revenu appartenant à la nation lout entière, la somme de 24 millions de piastres-papier (S à 6 millions de francs) : c'était plus des deux tiers du budget provincial, qui s'élevait seulement à 35 millions de piastres.

Ainsi Buenos-Ayres, en sa qualité de pronncej prenait annuellement à la nation une somme double de ses propres revenus.

Il reste à fiier les sommes que Buenos-Ayres s'attribuCi non plus comme capitale de la province, mais comme capitale de la Confédération. Nous le dirons bientôt.

Certes, nous ne faisons pas difficulté de convenir que le chiffre de 3 millions fixé pour la dépense, doit se rapprocher de la vérité ; nous ferons observer, toutefois, que sur ces 3 millions, 2 proviennent du budget national ; mais ce que nous ne saurions accepter, sans des preuves à l'ap* pui, c'est cet autre chiffre de 15 millions qui représenterait le revenu mensuel de la douane et qui donnerait ainsi par an une somme de 180 millions de piastres, soit 45 millions de francs.

Ce résultat nous parait inadmissible, en présence du mouvement d'importation à Buenos-Ayres. Ce mouvement atteignant un chiGhre de 60 millions de francs au plus, et les droits de douane étant en moyenne de 15 pour cent, le revenu de la douane de Buenos-Ayres ne saurait être supérieur h 10 ou 11 millions par an.

même maison Baring, réduil rempranl argentin à la somme de 500,000 Uvres nominales (12,500,000 fr.), et proroge la soascription jusqu'au 17 a?rif prochain.

Ce fait a bien son éloquence ; ne donne-t-il pas la mesure du degré de confiance qu'inspire, en Angleterre, la politique du président Mitre?

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