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En Bomme, la province de Boenos- Ayres prélève sur le budget national la part du lion ; elle y prend un million de piastres fortes, tandis que chacune des treize provinces reçoit un maigre subside de 12,000 piastres, soit ensemble 180,000 piastres.
Voilà ce qui résulte du travail de M. de Moussy dont les relations avec le président Mitre ne «ont ignorées de personne.
Nous savons que le commerce de Buenos-Âyres s'est prodigieusement développé pendant ces trois dernières années; aussi, sans poser des chiffres certains qu'il nous serait impossible de justifier, à l'heure pré^ sente, nous admettons que la douane de cette capitale rende par an une somme approximative de 25 millions de francs. Notre concession ne dépassera pas ea chiffre, et nous estimons dès lors que notre contradieteur a exagéré le sien de plus de la moitié, en calculant sur un revenu de 45 millions de francs.
Maintenant veut-on apprendre comment s'effectue ce virement des fonds nationaux, au profit de l'orgueilleuse, mais subtile métropole? Ce n'est plus M. de Moussy, ce sera un écrivain plus compétent encore qui nous fera connaître l'ingénieuse combinaison due au génie retors du président Mitre.
Depuis qu'elle a daigné consentir à être la capitale de la République Argentine, Buenos-Ayres possède deux gouvernements : le gouvernement provincial et le gouvernement naHonal. Celui«-ci administre, en effet, les albires de la nation, mais par Buenos-Ayres^ avec Buenos*Ayres, au profU de Bumos-Ayres.
Rappelons ce fait capital que, après la victoire de Pavon, Buenos-Ayres exigea que son budjet particulier fût garanti par la République. Ce point acquis, qu'on s'imagine un appareil aspirant et refoulant; ou, mieux encore, une machine pneumatique de la force de deux chevaux et armée d'un formidable piston. A un signal, le piston se soulève, et le vide se fait immédiatement dans la caisse provincial^ au profit de la caisse nationale. Hais l'opération ne s'arrête pas là, comme on pourrait le croire ;
à un secoDd signal, le piston rentre doucement dans le tube administratif, réintégrant dans le premier contenant le contenu qui lui a été momentanément soutiré.
En d'autres termes, le revenu de la douane, retiré par le gouvernement provincial, est remis, comme propriété de la République, au gouv^nement national; mais celui-ci le restitue à celui-là qui Taffecte exclusivement au budget de la province, garanti par la nation,... et le tour est Joué.
Oui, les provinces sont exploitées, pressurées, au profit d'une métropole hautaine et Implacable ;
Oui, le président Mitre sacrifie, à l'exemple de Rasas et de ses prédécesseurs, les intérêts généraux de la République aux intérêts particuliers de Buenos-Ayres.
Oui, la Constitution, réformée et interprétée égotstementphv lui, a converti les revenus de la nation en patrimoine provincial de Buenos-Ayres, et fortifié ainsi à l'étranger le crédit de cette province au détriment du crédit de la République Argentine elle-même.
Void des chiffres authentiques et que nous défions notre contradicteur de nier : Les bons locaux sont h 90 0/0 sur la place de Londres, taudis que les bons nationaux se cotent, plus ou moins, à 35 0/0 à Buenos- Ayres. BoNOS LOCALES cstan al 90 0/0 en Londres, mientras los macio- MALES se cotizan {mas o menos) al 35 0/0 en Buenos-Ayres (1).
Cette double cote suffit pour caractériser le système auquel la République est actuellement soumise ; de même que la dépréciation relative des fonds nationaux donne, en dehors même de la politique, l'explication du premier échec infligé au négociateur argentin.
Nous ne croyons pas nous trop aventurer en prédisant un égal insuccès à l'emprunt réduit que vient de lancer la maison Baeing et C^.
(1) Los INTBBUIS AiaiNTOIOt EN LA GUIMIA ML PAIIAGUAT CON BL BrASH., pOT
JuanS* Alberdi, carU primera, p. 6.'
La situation est loin d'être belle ; on appréciera roieui les embarras toujours croissants qu'elle crée, lorsque nous aurons dit que la République Argentine dépense, pour les firais de la guerre, 200,000 francs par jour.
Tout crédit lui étant refusé à l'étranger, on se demande si c'est avec les 25 millions annuels de la douane de Buenos-Ayres que Mitre pourra réaliser les 6 millions mensuels, strictement nécessaires pour Tentretien des troupes argentines?
Poser la question, c'est la résoudre.
Dès lors, et encore que tous les autres seryices seraient sacrifiés, nous ne voyons pas où le président trouverait des ressources suffisantes pour faire face aux nécessités de la guerre.
La situation financière ainsi établie, tant pour le Brésil que pour la République Argentine^ on n'a pas besoin d'arguer des compétitions violentes et haineuses, des divisions profondes, qui régnent parmi les cbefs de la triple alliance, pour arriver à cette conclusion logique que, en se prolongeant, la guerre actuelle doit produire un ébranlement redoutable dans les États qui l'ont entreprise.
A bas les manques! Et respect à l'bistoire, c'est-à-dire à la vérité!
Gomme son complice Florès, le président Mitre vient d'être jugé d'après ses derniers actes. Ce président peut être cité comme un brillant poète, un journaliste remarquable, un artilleur expérimenté, un vétérinaire de mérite;
Et aussi comme un savant mécanicien ; comme un prestidigitateur babile, et, surtout, plus beureux que les frères Davenport, puisque, sans le secours des esprits f il a réussi jusqu'à ce jour à égarer l'opinion, à propos des évolutions de ses guitares politiques.
Néanmoins, nous estimons, le lecteur n'est-il pas de cet avis? que Mitre ne saurait être maintenu sur le piédestal A* honnêteté et de patriotisme que lui a dressé, avec une confiance si ingénue, le rédacteur du Messager de Provence.