‹ Le Brésil, Buenos-Ayres, Montevideo et le Paraguay devant la civilisationChapitre 8 sur 11 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

hWi PARAGUAY

§ I. — Provocations de la triple alliance.

NVtait l'évideote nécessité d'apporter une lumière complète dans une question que les plumes amies du Brésil s'ingénient à entourer de ténèbres, nous pourrions nous arrêter ici. Mais cette question n'a pas été examinée sous une de ses faces les plus importantes ; nous voulons dire au point de vue essentiellement paraguayen.

Or, le Paraguay qu'on a appelé Justement la Chine d'Amériquef pendant une période de 36 ans comprenant la dictature de Francin, et celle de Rosas qui lui fermait obstinément l'accès des fleuves pjatéens ; le Paraguay, que des folliculaires ignorants appellent encore de ce nom, ne compte pas assez de défenseurs pour que nous nous retirions du débats

avant que le droit de celte République ue soit péremptoirement démontré.

M. L. Arnaud, qui rend à notre honorabilité un hommage dont elle n'a pas besoin, doit connaître assez nos opinions pour savoir que jamais nous n'avons combattu en faveur du despotisme contre la liberté. L'oppression nous indigne et les opprimés possèdent toutes nos sympathies. Aujourd'hui encore, nous avons la prétention de marcher avec les soldats du droit et de la civilisation, contre les armées de l'iniquité et de la barbarie; nous répétons le mot, en le soulignant : de la barbarie.

Voilà pourquoi nous nous sommes rangé, sans hésitation aucune, du côté des Paraguayens contre la triple Alliance.

Il est, pensons-nous, inutile de refaire l'historique du conflit actuel. Quelques lignes suffiront pour placer la question sur son véritable terrain.

Le Brésil se disposait à joindre ses régiments aux bandes de Florès; nous savons dans quel but.

Le Paraguay se sentant menacé d^ns #oq existence, comme État souverain, signifie au Brésil sa résolution de maintenir à tout prix l'intégrité des Réfmbliques de la Plata et leur équilibre, consacré par des traités solennels: en ççnséquence, il décUtre qu'il considérera comme un GASUS BBLLi, l'envaMsssment du territoire de t Uruguay par les forces de tEmpùre.

La positido prise par le président Lopez ne pouvait être plus nettement, plus franchement établie.

Ajoutons que cette conduite lui était commandée par les articles 1 et 3 deTAcTB d'Indépendangb, rendu le 20 novembre 1843, par las MO dé* pûtes de ]$, nation, réunis en Congrès général (1).

(1) Art l*^ La Répnbliqae da Paraguay est poar toojoura, de fait et de droit, oné nation libre et indépendante de tout pouvoir étranger.

.\rt. 9*. A revenir, le gouyernenieot c^ui sera élu pour présider sinx destinées 46 U nation, fera serment, en présence du Googrès, de conserver et de défendre lUntégrité et l'indépendance du territoin de la République.

Le Brésil a franebi les frootières de l'État Oriental, et, loimédtatement, les bataillons paraguayens ont pénétré par deux peints, le Nordet le Sud-Est, sar le territoire de l'Empire.

La guerre était donc un fait accepté, lorsque le gouverneur du MattO' Grosso a été arrêté par les ordres du président Lopez, au moment oA il se rendait à son poste. Le fonctionnaire brésilien n'a M que suMr les conséquences de la conduite de son gouvernement.

Entre-temps, le Paraguay surveillait la politique expeetante, ou plntM, sournoisement agissante, de Buenos-Ayres.

En favorisant l'expédition de Florès et en ne s'opposant pas à la marche des Brésiliens, Mitre travaUlait sourdement, mais activement, contre le Paraguay. Cet État ne pouvait se tromper sur l'accord dissimulé, réel, cependant, qui existait entre le cabinet de Rio-de-Janeiro, Florès et Mitre. Décidé à arracher enfin à celui-ci le masque derrière lequd il abritait sa mensongère neutralité, Lopez lui demanda l'autorfeation de traverser le territoire de Corrientês pour aller au secours du gouvernement Oriental.

Ainsi mis en demeure, Mitre dut se prononcer. Il repoussa la demande du Président Paraguayen.

Celui-ci fit alors ce qu'avait fait son prédécesseur, le i décembre 18(5; il déelara la guerre à la République Argentine.

On outrage donc la vérité, lorsqu'on prétend que le Paraguay a com«^ mencé les hostilités avant de les avoir dénoncées; et on feutrage sciemment.

Mitre a re^ la déclaration de guerre, quelques jours après (ju'elle cui été promulguée à TAssomption. Seulement, fidèle à f^ poUtlQi)^ cauteleuse^ le Président Argentin tint secrète cette déclaration. Son but était d'égarer Topinion publique, à propos de la prétei^due perfidie iu Paragtiay.

Nous demandons à notre contradicteur si cela aua^i ç§t konnttêt

Un autre reproche, aussi peu fondé, qu'on a adressé au Paraguay, c'e^t

d'avoir violé le traité de 1856 qui obligeait cet État à signifier ses intentions six mois avant l'ouverture des hostilités.

Ceux qui parlent ainsi ignorent que le Paraguay, fidèle, en cela, à la politique prévoyante que Washington recommandait à ses compatriotes, ne consent que des traités à durée extrêmement limitée. Ainsi sont faits les traités contractés avec la France^ rAngleterre, le Brésil, la Prusse, les États-Unis, et nécessairement avec la République Argentine. Celui de 1856 avec cette République a cessé d'exister le 6 novembre 1862, ainsi que le prouve l'article 32 de ce même traité, conclu pour six ant^ le 29 juillet 1856 et ratifié le 6 novembre suivant.

Nous pouvons déjà le constater, en passant : les traités dont il vient d'être question ne démentent-ils pas cette accusation adressée au gouvernement actuel de conthiuer la politique ombrageuse du docteur Francia, et de vouloir tenir fermées les portes de la République à la civilisation européenne?

Si son intention était de se soustraire à l'influence de Tidée moderne et de vivre dans un isolement farouche, le Paraguay aurait-il noué des rapports à'amUié, de commerce et de navigation avec les États du vieux et du nouveau continent?

Tous les traités qui lient aujourd'hui la République avec les puissances des deux mondes ont été conclus par les successeurs de Francia (1) ; ce qui établit péremptoirement la ferme volonté du gouvernement paraguayen de marcher avec le siècle dans la voie des progrès pacifiques.

(1) Frandaest mort d'une attaqae dapoplexie, le 20 septembre 1840.

Date des traités a? ec :

Angleterre, h mars 1853; France, 30 Janvier 1856; Sardaigne, 18 mars 185& ; Brésil, 6 avril 1856 et 12 février 1858; Confédération Argentine. 29 juillet 185« ; États-Unis, H féfrier 1850; Prusse et ZoUwerein, 1" août 1860.

Les preuves multipliées de cette noble ambition ne tarderont pas à se présenter i nous; pour le moment, nous nous contenterons de poser ici ce Jalon dont Timportance ne saurait être méconnue.

Maintenant nous reprenons notre récit.

Voilà donc la situation dégagée de toutes les obscurités et équivoques qu'y ont amassées, systématiquement, les correspondances brésiliennes et argentines.

Fort de la justice de sa cause, le Paraguay a marché en avant, sans compter le nombre de ses ennemis.

§ II. — Les Armées alliées devant Uruguayana.

Noos coonaissons les résaltats obtenos Jusqo'^ cdjoar. Valocns i MbutQy« vainqueurs à Yatay (on saura plus tard toute la vérité sur rengagement de RiaehUêlo) et à Uruguayana, les généraux de la triple alliance ont déshonoré leur dernier succès par un double et infftme attentat ; ils ont poussé Tabus de la force Jusqu'à incorporer dans les trois années assiégeantes les prisonniers paraguayens I

honte! on oblige ces malheureux soldats qui ont bravé avec un égal courage la mitraille et la faim^ k grossir les rangs de leurs ennemis I à marcher contre leur patrie I à combattre contre leurs frères I

Il y a dans cet acte des généraux alliés un mépris souverain de la morale, de la dignité humaine, des droits timitis que donne la vicfoire, qu'on ne saurait assez relever pour le flétrir. C'est bien là, en effet, un

acte plui digne des Iroquois et des Apaehes que des peuples qui se prétendent civilisés^ ainsi que daas leur vigoureuse iodiguatiou le disent Les Débats, si favorables an Brésil, pourtant!

Nous allons plus loin que les Débats et nous soutenons que c'est calomnier les Apaehes que de les comparer, dans cette circonstance, aux soldats de la triple alliance. Ces sauvages torturent leurs prisonniers; ils Vac&ament sur le corps, mais ils respectent Tàme; Us tuent, mais ils ne dégradent pas leurs victimes.

Jamais un fait pareil ne s'était produit, nous l'affirmons hautement, sur le sol généreux de l'Amérique latine ; jamais, ni pendant les guerret de la Révolution, ni après la double défaite de Belgrano, ni pendant les luttes longues et acharnées qui précédèrent la proclamation d'indépek^dance de la République de l'Uruguay, on ne jeta un défi aussi audacieux à la civilisation!

Que dire encore de ce retour à la barbarie, signalé par le Diario do RiO'de^Janeiro ? Nous copions les lignes suivantes dans le numéro du 1( octobre dernier :

« Un nouvel envoi de cinq Jeunes Paraguayens vient d'arriver à Santa- Anna-doLivramento, pour être donnés : un à M. Francisco Pinto-Barreto ; un autre au lieutenant Cypriano da Costa Ferreira; le troisième au capitaine Antonio Mendez de Oliveira, et les deux autres h M. Antonio- Thomez Martins. Ces deux derniers avaient précédemment été adressés, l'un à Saint-Gabriel^ l'autre à Pelotas, pour être donnés au senhor Galignano. »

On le voit : la date, les lieux, les noms, tout se trouve consigné dans ce document horrible.

Comme le rédacteur des Débats^ le lecteur est profondément indigné. Qu'il retarde cependant l'explosion de ses sentiments; car, nous avons è signaler des iniquités plus révoltantes encore.

Les Paraguayens donnés en cadeau, comme si c'étaient des perroquets, aux planteurs brésiliens et dont il vient d'être question, appartiennent à la catégorie des prisonniers faits au combat du Yatay, et qui avaient échappé au massacre de leurs frères d'armes [1].

Mais, ainsi que le constate judicieusement El Pueblo de Buenos-Ay res : € Le premier acte de cynisme entraîne à plusieurs autres. y> El primer aeto de einismo impulsa a muchos.

Et, malheureusement, le journal argentin a raison.

Les forces paraguayennes qui ont capitulé devant Uruguayana composaient un efTectif de 5,530 fusils.

Chacun des alliés incorpora dans ses rangs^SOO Paraguayens environ. Total : 3,900 hommes. T

Ce fait est désormais acquis, malgré les énergiques dénégations du Président Mitre, dans sa réponse à la note du Président Lopez (26 novembre 1865, quartier-général de Bella-vista).

Au démenti officiel de Mitre, nous opposons TafOrmation tout aussi officielle de M. Julio Herrera (2).

Donc, sur ce chiffre de 6,530 hommes, 3,900 ont été incorporés dans les troupes alliées. Il existe entre les deux nombres un écart de 1,630. Que sont devenus ces 1^630 prisonniers?

Le lecteur européen aura de la peine à le croire : ces 1,630 Paraguayens ont passé au service particulier des Brésiliens.

Or, ajoute El Pueblo, on sait ce que signifie au Brésil le mol serpicio particular.

(1) Voir, à la Ad, ia noto A, où cet égorgement des prisonniers est dénoncé par un article du Journal anglais VEvening Star.

(2) M. Julio Herrera nommé, par décret, fecrétaire particulier du Général-Président Florès, dit, textuellement, dans son rapport :

« Dans la répartition des prisonniers, nous en avons eu pour notre part 1,500. De » ce nombre, A50 ont été affectés à former un bataillon que commande -Elias; 200 ont » été attribués au biitaillon Florida; et. 200 à celui du 26 avril, 300 au bataillon Bus- » tamente; 100 à la cavalerie; 80 à Tescorte; 80 aux volontaires de Fidelis, et le reste a » été distribué comme serviteurs {assistentes), n

« L'eMlittge eei dose te présent que ces hifortanés ont reça de la crotaade qui detalt les détîtrer.

La êMcla/eaUtrû ha sido $1 présente reeebido par eios desgraeiadcf de la cruzada redentora (1).

Voie!, du reftOySar cet aete époaTaiitable,le8 détails qn'on tronre dans on docament égalemaot offMeh te rapport da cerfooel Oriental Palleja :

< Quand les cavaliers de Rio-Grande virent qu'on traitait de la capitulation, ils se précipitèrent vers les murailles de la place. Là, chacun d'eux saisit un petit Paraguayen (Paragm/uito)^ qu'il jeta en croupe derrière lui et le transporta au camp. »

Nous recommandons au lecteur le trait final dn rapport, qui nous frit asiistOT à aetta irruption de sauvages :

€ On n*a jamais vu un si grand désordre. II fallait, ou percer à coups

de baïonnettes les cavaliers, ou les laisser faire. »

No he visto desorden mas grande; habia que bayoneiearlos 6 dejarlos haeer.

Eh bien! Il fallait les bayonneter sans compassion! s'écrie El Pueblo, dans un élan d'indignation généreuse.

(1) Veotron savoir ce qu'est, à l'beore présente^ reselatage, au Brédl? Un Journal de Rio^e-Janeiro va nous l'apprendre.

Yoid ee que noua liaooa dans le Anglo-BrasUian-Times da S décembre 1806 :

« Le 23 novembre, à Bahia, une fille esclave, âgée de trente-quatre ans, a étd aaienéQ devant le chef de police dans un état déplorable. Elle n'avait plus figure humaine.

m Une ceinture de fer, serrée à la taille et fermée avec un cadenas, soutenait des chaînes de fer qui allaient rejoindre des anneaux rivés à ses Jambes et à ses bras. U y avait dix ans qu'elle portait cet attirail.

» Elle avait les flancs et la tète couverts de blessures et de cicatrices. Sa peau était sillonnée de blessures faites avec un fer rouge. On lui avsit arraché les dents avec une clef de porte, n

Oo nous dira s c'est là l'exception. Ohi nous le croyons sans peiae ! Mais enfin, cette exceptloaB'eiifteqa'à la faveur de l'institmlda servile; elle n'existerait plus si l'esclavage avait été supprimé.

Et la pfine de liontaf ideo de faire diorus avee celle de Buenot-Ay res I

Lee jaornaQX asf^ais el franoaie n'ont pat protesté avec moins d'énergie contre un pareil abus de la force.

Nous TeDODi de dter YEvming aunr.

Cinq feuilles parisiennes : le Temps^ VOpim/km NaliomAê^ le Siicle, la Gazette de Franee^ le$ Débutêf ont itprodoit le rapport du colonel Pallilia, en sommant le Brésil^ au nom de la civilisation et de Thumanitéy de démentir ce rapport

Datant cette réprobitf on de la presse indépendanle, le rileoee devenait UD ann. D'nn airtfa côté» il était Men dtffielle, pour ne pas dire impoe* siUa, de pousser l'andaee jusqu'à nier carrément le crisse.

L'embarras était grand» on le conçoit, pour les amis dn Brésil, qni avaient été à même d'appréder l'effet cmsidérable prodoiti de chaque e6té de TAtlantiquet par les révélations et les commentaires des journaoï. Il ne fallait pas se flatter de détraire entièrement cet effet; on espéra l'atténuer, du moia§9 et Taffaiblir dans une certaine mesure.

Un article parut auquel» sans trop de témérité, on peut croire que le Brésil ofddel n'était pas absolument étranger; il parut dans ks Débats (1),

(^) Les Débats do i^ décembre tSSS avaient dit teitoeUement, à propos de i'accantîoii si nettement formulée par le colonel orientali et reproduite par les Journaux platéens :

• Pour llMiineiup de l'humanité, ooos m toudiion» pas eroire à cette nouvelle, et,

pentaot, le doute D*cet guère permît. » ....•.,... • Ce /ail odiêms poarra*t-il

Otre ■ériemamottt démenti T Noua le déeirone beaucoup plus que neua n'oeona réopérer. »

En tenant compte de la réMnre bien connue de cette feuille, ou conclut natureUement et Justement que les expressions ci^essus rapportées témoignent d'une conviction complète.

Bt cependant, ees mêmes Débats^ entraînés tans doute par l*inflnenee que nous venons de signaler, reviennent, dans le numéro du 19 décembre, sur leur précédente déclaration ; ils j reviennent, en s'appuyant sur les recommaïuiations cP humanité que contiennent les proclamations des généraux alliés. Par exemple, ils exécutent une charge à fond contre El Pueblo^ qu'ils représentent comme Teanemi des institotiona libérales ^ le mot jr estl — de Terapire eschivaglste.

La Patrie du 10 décembre qui reproduit cette prétendue rectifleatievi accable, à son

qui ne craignirent point; en se démentant à trois jours d'intervalle, de compromettre la gravité habituelle et, partant, la légitime autorité de leurs appréciations.

Rédigé de façon à donner le change à Topinion publique, cet article attaque violemment El Pueblo,

Ce peléf ce iondut cause de tout le mail

mais il ne dit pas un mot du document, officiel, ne^l'oublions pas» émané du colonel PaUeJa.

Dicté par une Àme frémissante à une plume honnête, ce rapport qui distribue à qui de droit la honte et l'infamie ; ce rapport qui n'a pas été démenti» parce qu'il ne pouvait pas l'être, conEerve donc toute sa flétrissante autorité.

Ce n'est ni El Pueblo, ni El Siglo^ qui s'indigne à tort ou à raison;

c'est un ofDcier supérieur de Florès, le colonel oriental Palleja, qui

accuse hautement les Impériaux et qui les convainc, aux yeux de la civilisation, d'avoir réduit les Paraguayens en esclavage (1).

tour, le journal de Buenos-Ayres, qui défient ainsi le bouc-émiiaaire des défensenn^ officieux, ou officiels, du Brésil.

Et la Tribuna? eXEiSiglo? qui rapportent, chacun à sa manière, le fait dont il est ici question?

Les Débats et la Patrie se gardent bien de mentionner ces deux journaux; pas plus qu*ils ne contredisent la nouvelle donnée par le Diorio do RicHdê'Janeiro^ et que nous ayons également enregistrée.

A plus forte raison, Tinspirateur de Tartlde si f&cheusement accepté par les Débais du 15 décembre, a passé soos silence le rapport du colonel Palleja. Pourtant, c'était cette pièce qu'il fallait attaquer et détruire; la nier, du moins, au lieu d'ergoter à propos de l'hostilité systématique de El Pueblo,

L'opinion, qu'on a cherché à égarer, ne s'est pas trompée, qu'on le sache bien, sur le but de cette manœuvre. Pour elle, le rapport a un caractère officiel que l'impartialité, comme la mauvaise foi, sont également forcées de lui reconnaître. Si donc ce document n'a pas été déoienti par les plumes dévouées au Brésil, c'est qu'il ne relate que des faits vrais, établis, authentiques.

(1) Le lecteur s'étonnera, et avec Juste raison, de ce que ces deux rapports^ celui du colonel Palleja, surtout, aient été livrés à la publicité.

Ceux qui connaissent l'ambition démesurée, malsaine, de Florès, pourront deviner les secrets motifs qui ont fait agir le Président Oriental dans cette circonstance.

Mitre est le général en chef des armées alUée<. A ce titre il assume sur sa tète la

Combien lord Palmerston avait raison lorsque, à, la Chambre des Communes, dans la séance du 3 juin 1857, il déclarait que :

« Si le trafic a cessé, la pensée du trafic n'est pas éteinte dans le cœur de tous les Brésiliens, et nombre d'individus n'attendent qu'une occasion favorable pour le faire revivre. »

Nous ajoutons, après le ministre anglais, que la lèpre hideuse de l'esclavage menace de s'étendre sur les rives de la Plata, et que la défaite du Paraguay entraînerait, comme conséquence fatale, te triomphe de l'institution particulière.

Veut-on une preuve irrécusable que l'influence du Brésil, servie par l'indiflérence criminelle des généraux alliés, a gagné un terrain considérable depuis le commencement de la guerre, dans le sens de la barbarie?

Cette preuve, nous la trouvons dans une lettre collective, publiée par El Pueblo du 36 octobre dernier, et que les saladeristas et les barra^ queros (1) de la Piata ont écrite à Florès. Ces honnêtes industriels demandent, au non moins honnête chef des Colorados, des prisonniers paraguayens pour leur service particulier.

priacipale part do responsabilité des faits odieux qui s'accomplissent; donc, plus ces faits seront ébruités, propagés, plus l'horreur qu'ils Inspirent atteindra le Président Argentin.

Si, sous la pression de Tindignaiion publique. Mitre est forcé d'abandonner la directloD suprême de la guerre, à qui échoira naturellement cette direction, si ce n'est à l'antre Président?

Telle est l'explication qui nous a été donnée de la communication aux journaux des rapports des deux officiers orientaux.

Seule, cette communication faite avec rautoriaation de Florès^ par son ordre peutêtre, laisse entrevoir lesrifalités redoutables et les implacables animosités qui divisent, à cette heure, les chefs de la triple alliance.

(1) Snladeristas : ceux qui salent la viande. Barraqueros : négociants en peau^ ou cuir.

Ahl il sera toujours vrai l'apologue de Torauge gâtée ; — une seule f qui suffit pour commuoiquer sa pourriture à tout uu paoier d'oraoges saines !

Tel est le caractère odieux ^ — cette épithëte appartient aux Débats — que les puissances alliées donnent à la guerre qu'elles poursuivent contre le Paraguay.

Le crime est si bien établi, qu'il a provoqué une vigoureuse protestation même parmi les organes de la triple alliance (1).

En présence de pareils aveux, on se demande si le dix-neuyième siècle a rétrogradé jusqu'à ces âges sombres où, en vertu de la formule p^îennet vœ victis^ le droit de conqqéte choisissait entre regorgement des v$^n- ' eus et leur condamnation à Tesclavage ; et, alors^ si les vainqueur^ d'Uruguayana sont des Huns et des Vandales, ou bien des niions civilisées se faisant gloire d'être chrétiennes I Dira-t-on que ce n'^t pv 1^ de la barbarie?

IL'empereur Dom PodrOi nous Qvons été assez heureux pour I9 CPUSt^cter d^ji, ftvait prif le chepiin d# sa capitale, lorsque cette double iniquité fut conmiise. lia reiipon§4bilit4 en r^iobe dopc tout eutière sur Utêlç de ses généraux et sur celle i^ doux honnitê§ pr^ideuts Florès et Mitre (2).

(1) Voir à la fin la note B.

(t) Cm paragiapbe, qui rétuBos la c m u Ï Êf u Aêoêê uppféBÎtÀïwi qtia mqIi avim précédaauDAnt foita du eatattèpe da Dmh Padio II, étail impriioé l(9r«iiie imm Sf i|W laev des détails authentiques sur la capitulation d'Urogaayana.

Hélas I les relatioos publiées par les feaiilas plaiéannas coostataot que I*«ii9per0ur du Brésil se trouvait encore sur le lieu du crime, au momfini de riB£orporatM»n d<ea «PbUU paraguayens dans les rangs des alliés { si piêms qus 1% sbassi mi iNrisOMÛen s'«^t fkite en sa préaeoee.

Nous laisserons subsister, à côté de notre proiestatioD indignés, |fis ligpsi <^9$HW% pour Dom Pedro Ut comme une preuye manifeste, éclatante, irrécusable, du sentiment d'impartialité qui a présidé à notre travail j mais ce même sentiment nous oblige, aujourd'hui que les faits son t exactement connus, à reyenir sur le Jugement favorable qu

Paisqun TempAT^ar da BrMl iuit nbMnt m momeat du erimâ, soq gendre» )e comte d'Elu, w devait plus se trouver dans le eaaip d'Uru» guayAQft* Cela est bore de doute pour nous. Le fait d'avoir eoutraoté mariage sur une terro esclavagiste n'implique pas nécessairemeat, pour ee prince de le maison d'OrléanSi l'adoption des idées rétrogrades de cette terre, et surtout de l'in&me pr^ugé de la couleur qui livre une raee h Teiploitation d'une autre race. Le prine^ de ^oiaviile a aussi épousé une princesse brésilienne; et nous ne sachons point que cette union ait gagné le brave marin à la cause de riostitution parUeuUire.

L'exenple de l'onde n'aura pas été perdu pour le neveu. S'il avait autorisé, ne Mt*>ee que per son sileooe» la double abomination dont il est

nous avons émis dans le premier chapitre. Quelque pénible que soit, pour nous, ce devoir^ nous saurons le remplir. Il est reqipli !

Voici le texte, fidèlement reproduit, du rapport du colonel Pallejsipqbli^ fdfl El Pue^ blo de Buenos-Ayres (20 octobre 1865) :

diô orden de que saiiesen los cuerpos tin armas; cada uno de estos ialiô

por el frente que ocupaban^ y fué conducido bblanti ml Bufbiadob; cuando los cuet^ pos llegaron 4 ^^ frbsbncu, iban diezmados, La caballeria Ips arrebataba atropfih landolo todo.

Le rédacteur du Pueblo s'écrie dans son indignation :

« Les bannières de deux Républiques se sont trouvéei impuissantes pour émanciper ceox qui s'abritaient sous leur ombre.

tt On nous a arraché dbdx mille cinq cbnts hommes que nous n'avons sdos-

* traits à la barbare oppression de Solano Lopes, que pour les soumettre à une i^fcjection mille fois pire 1 »

Las banderas de dos Bejjublicas no fian podido eriiamipar d los que à ^ pûf se gUa* recian,

Nos han arrebado nos mil qoinibntos Iwmbres que arrancamos d la barbarà

ùpresûm 4s Lopez ^olano^ para sumerjirlos m wic^ abyeccion mil y$^^ pSQr»

Yoilj^ la vérité; toute latérite, sur les ^(es o4ieux eOn^is devafîl UruguaygMi Ml actes ont été accomplis en présence des présidents Mitre et Florès et de l'Empereur Dom Pedro n. Nous voudrions pouvoir né pas ajouter : et en présenco d'un prince fraoçais, le comte d'Eu 1

Influence détestable de l'esclavage ! Cette influence arrive à atteindre peu à peu les Odtnres Jeunes et généreuses, comme les nobles, les taiUants caractères t

question ici, Je comte d'Eu pourrait être justement accusé d'avoir renié tout à la fois les principes de notre immortelle Révolution ; les conquêtes de la science moderne, et les sentiments libéraux qui font partie du patrimoine de sa famille. Une apostasie aussi révoltante ne saurait être admise. Quelque séduisante que soit la perspective d'une vice-royauté» ce serait en acheter trop cher l'investiture, s'il fallait la payer au prix de son honneur. Voilà pourquoi nous repoussons jusqu'à l'idée d'une pareille défaillance.

Pour nous, la preuve que le comte d'Eu n'était pas présent lorsque s'est accompli cet abus de la force victorieuse, c'est que le packet qui a apporté la nouvelle de l'attentat ne nous a point apporté» en même temps» la protestation du prince français, au nom de la civilisation et de rbumanité.

Celte logique n'est pas irréprochable, nous devons en convenir, puisque ce n'est là qu'une appréciation faite avec le cœur. Mais ici encore, et surtout, nous comptons sur l'aide de M. Carie pour établir qu'en celte circonstance, le coeur est d'accord avec la raison. Aucun doute, si léger fût-il, ne doit subsister à cet égard. Nous trompons-nous, en croyant que le rédacteur du Sémaphore est en position d'être mieux renseigné que nous ; et qu'ainsi il pourra bientôt confirmer notre sentiment, en prouvant, par des dates eertaineSf que, si le comte d'Eu n'a pas protesté contre le crime des généraux alliés, c'est qu'il ignorait absolument ce qui se passait devant Druguayana(l)?

Le Brésil, si chaudement patroné par le Messager de Provence^ reste donc convaincu, une fois encore, de se livrer au trafic de chair humaine.

Ainsi se trouve confirmé ce que nous disions dans notre dernier ouvrage : la Traite 9 rÉiiaisratlon et la Colonlsatloit aa Brésil, relativement à la transformation qu'a subie la traite, depuis

(1) Voir la oole ci-dessus, qui dispense le rédacteur du Sémaphore de répondre à Botre appel.

l'application rigoureuse du bill Aberdeen, dans les provinces septentrioâales de l'Empire. Poursuivi sur mer, le détestable négoce s'exerce sur terre, en dissimulant son vrai nom. A Cametà et à Egà, il s'appelle resgasto et le resçasto^ qui signifie rançonnage^ n'est autre chose que le trafic des enfants indiens.

Le commerce de bois de Jacaranda a succédé au commerce de bois d*Ébèn$, pour nous servir de Texpresslon consacrée; et le Brésil remplace aujourd'hui par des esclaves rouges, les noirs qui meurent sur les engenhos et les faxendas.

Voilà comment les soldats brésiliens qui s'approprient, pour les vendre, les prisonniers d'Uruguayana ; voilà comment les présidents Mitre et Florès, qui laissent se consommer une pareille iniquité» combattent pour la civilisation et la liberté!

Le Messager doU regretter, à cette heure, d'avoir entrepris sa campagie en faveur des années alliées ; mais il est trop tard pour revenir sur ses pas. Qu'il subisse donc la position qu'il s'est faite.

Une grande réparation est nécessaire, pour calmer la légitime indigna- ^ tion qu'a causée des deux côtés de l'Atlantique cet abus cynique de ia force; nous espérons qu'un crime aussi abominable portera prochainement ses fruits. A l'horloge d'Uruguayana vient de sonner la dernière heure de l'esclavage (1).

A mesure que les faits se déroulent sous notre plume> on peut apprécier ce que pèsent les affirmations et les démentis de notre contradicteur.

« Les Paraguayens sont un peuple de valets ; l'abaissement des caractères est tel au Paraguay; l'abrutissement des masses est si profond, que le peuple n'a plus même la conscience de ses droits. »

Voilà ce qu'on a imprimé dans Le Messager de Provence; que dirat-on alors de la civilisation du Brésil, de Buenos-Âyres et de Montevideo, si 1*00 prend pour critérium de cette civilisation les actes atroces accomplis devant Uruguayana?

(1) Voir à la fin la note G.

§ IIL Le dictateur Francia,

On croit, sans doute, nous emWrasser» en évoquant le fantôme du docteur Francia ; on se trompe. Si notre contradicteur se contentait d'accabler le moderne Tibère, nous écouterions attentivement, sympathique* ment, peut-être, son &pre réquisitoire, à la condition, toutefois, qu'il serait juste dans sa sévérité, en reconnaissant que Faction oppressive du dictateur paraguayen eût un côté utile poui' son pays.

L'histoire nous apprend, en effet, que, pendant que toute l'Amérique du Sud se débattait douloureusement au milieu des compétitions incessantes des partis, le Paraguay se recueillait et travaillait à son organisation intérieure. Derrière les barrières infranchissables qu'un ombrageux despotisme avait établies à ses frontières, le Paraguay développait sa prospérité matérielle et prenait des forces pour les luttes futures du commerce et de la liberté.

La figure du dictateur n'a pas été suffisamment étudiée par le rédacteur du Mesêager. Nous profiterons de l'occasion qui nous est fournie pour placer cette figure dans le Jour qui lui convient. Aussi bien faut-il, pour qu'il contienne son enseignement, qu'un récit historique remonte jusqu'à l'origine des causes, avant de tirer des faits leurs conséquences rationnelles. La filiation des idées établie, les événements s'éclairent; on peut mesurer sûrement alors le chemin parcouru et relier logiquement au passé l'époque contemporaine.

Le contre-coup de la révolution française s'était fait sentir de l'autre côté de l'Atlantique, et toute l'Amérique espagnole avait couru aux armes pour secouer le joug de la métropole.

C'était en 1810 :

Dans l'appréciation de ce mouvement insurrectionnel, notre contradicteur ne craint pas d'écrire la phrase suivante :

Toutes les provinces de la Plata prirent part à ce mouvement. Le Paraguay seul refusa ses sympathies et son concours à la cause de l'indépendance. »

Oh! monsieur, comment avez-vous pu travestir l'histoire à ce point?

C'est à cette heure que les expressions malséantes : mensonges^ calomnies^ dont vous avez la déplorable habitude de vous servir, seraient justement prononcées. Nous ne vous les adressons pas, pourtant, parce que nous cesserions de nous respecter, du moment où nous aurions marqué au front l'homme avec lequel nous consentons à discuter. Avant de demander aux autres leur estime, on doit posséder l'estime de soi-même. Et puis, dans une question de principes, celui qui tient la plume ne doitil pas s'affacer ? Ce n'est pas l'homme que nous poursuivons, en relevant vos énormités; c'est la sincère constatation de la vérité !

Ce ne sera pas impunément, toutefois, que vous aurez dénaturé les faits pour outrager un peuple tout entier.

Voici des dates certaines et des noms autorisés :

En mai 1810, Buenos-Ayres installe une Jante révolutionnaire, mais sans proclamer son indépendance. La junte demande au Paraguay son adhésion à ce mouvement et la reconnaissance de son autorité.

Le gouverneur Bernard de Yelasco convoque aussitôt le Conseil, puis l'Assemblée Générale du Paraguay. Cette assemblée décide qu*on ne reconnaîtra point la supériorité de la Junte.

Le Paraguay ne voulait pas se soustraire à la domination espagnole, pour tomber dans celle de Buenos-Ayres.

La Junte de cette ville envoie contre le Paraguay les soldats qui venaient de battre deux armées anglaises. Ces soldats, àgissàiit au nom DE Ferdinand YII (Il est nécessaire de souligner ces mots), et commandés par le général Manuel Belgrano, essuient successivement deux défaites : la première, à Paraguari» le 19 Janvier 1811; la deuxième, sur les rives du Tacuari, le 12 mars suivant.

Les Paraguayens, répétons-le, n'abusèrent pas de leurs succès au point d'incorporer les vaincus dans leur armée, ou de réduire leurs prisonniers en esclavage. Loin de là; ils accordèrent une honorable capitulation à Belgrano et ce général put librement se retirer.

Pendant que ces choses se passaient aux frontières, l'Assemblée Générale décrétait Tindépendance du Paraguay, le 20>utn 1811. Buenos- Ayres s'est gouvernée Ao nom db Ferdinand y II jtisqu*en 1816.

Complétons le tableau :

Le Paraguay se donne une constitution en 184& ; ce n'est que dix ans après, en 1854, que Buenos-Ayres s'est donné cellequila régit aujourd'hui.

Ceci est de l'histoire, avons-nous besoin de le répéter? Si notre contradicteur veut des détails, il en trouvera dans l'ouvrage de Sir Woodbine ^arish, ancien chargé d'affaires de S. M. Britannique, à Buenos-Ayres. Cet ouvrage est intitulé : Baenes-Ayres mnû iHe Prerlnces ef tlte nie ûe la Plata. Le passage que nous recommandons à son attention, commence par ces mots :

'Whên the tiee-regal power was overthrown in tSlO, the province Paraguay refused^ etc.

Le l*' octobre 1813, réunion d'un second congrès qui remplace la junte provisoire par deux consuls. José-Gaspar de Francia et Fulgendo Yegros sont désignés.

3 octobre 18U, Francia est nommé dictateur pour cinq ans.

1*' mai 1816, dictature perpétuelle.

Et l'on ose écrire : Le Paraguay seul refusa ses sympathies et son concours à la cause de V indépendance!

Votre punition, sinon votre confusion, monsieur, se trouve dans Texactitude rigoureuse de ces faits et de ces dates.

Une énormité de cette taille mérite d'être placée en relief, afin qu'on l'aperçoive de plus loin; nous la numérotons à l'encre rouge^ ci 81 II

Nous relèverons encore, en passant, une inexactitude chronologique, dans rénumération des écrivains où notre contradicteur dit avoir puisé ses renseignements.

Le rédacteur du Messager conseille à ses lecteurs de consulter Félix Azara pour connaître les sombres et sanglantes atrocités du tyran Fran* cia.

Qr, Félix Azara a visité l'Amérique vers la Qn du dix*huitième siècle; son Teyaye ilans l'AuierlfLue inérl4ien«le a été publié, à Parisi en 1809 [k vol. in-8'', Walckenaêr), et nous venpns d'établir que Francia a commencé sa carrière politique deux ans après l'apparition de cet ouvrage. Consul en 1811, Francia n'est nommé dictateur temporaire qu'en 1814 et dictateur à vie qu'en 1816. Comment, dès lors, Félix Azara peut-il donner des renseignements sur les faits et gestes du tyran?

Toutefois, ceci n'est qu'une peccadille, à côté des erreurs capitales que nous sommes en train d'enregistrer. Nous ne l'avons indiquée qu'afin

d'établir Tignorance complète de la matière, chez celui qui prétend réfuter notre travail.

Donc, nous sommes arrivés en 1814. Jfosé-Gaspar Francia vient d'être investi de la dictature pour cinq ans.

La lutte continue entre les anciennes colonies espagnoles et la métropole; elle ne se termine définitivement qu'en 182&, par la double victoire de Bolivar, à Junin, et de Sucre, à Ayacucho.

L'indépendance de rAméri(]ue latine est alors devenue un fai^ accompli sur tous les points du nouveau continent; mais l'ordre, la seule véritable base de la liberté, n'a pu s'établir sur ce sol profondément remué par la Révolution. L'anarchie a remplacé le régime colonial, et un sang généreux coule toujours dans des luttes impies que se livrent jes partisans de l'Unité et ceux de la Fédération.

C'est dans le but de soustraire son pays aux compétitions ardentes des partis qui cherchent, à travers les bouleversements de la guerre civile» la solution du problème économique et politique posé par la victoire; c'est dans ce but, disons-^nous, que Francia accepte du Congrès national la dictature perpétuelle, au moment même (1816) où les provinces argentines proclament enfin leur indépendance.

Alors» la statue de la fiiberté a été voilée, il est vrai, ef une barrière infranchissable s'est élevée entre le Paraguay et le reste du monde, ^'oppression pèse sur la pensée; mais Tordre matériel s'établit peu à peu, sans violentes secousses, sans chocs fratricides, à l'om))re 4u pouvoir absoju.

On ne saurait trop le répéter :

La dictature dont Francia a été investi, au miliei^ de circonstances exceptionnelles, s'explique par cette double nécessité :

Empêcher les dissensions intestines qui désolaient Buenos-Ayres et les provinces de s'étendre jusqu'au Paraguay ; et soustraire à tout prix ce dernier pays aux convoitises de Buenos-Ayres.

Nous avons entendu comparer le dictateur paraguayen à l'artiste, ennemi des foules bruyantes et recherchant la solitude qui appelle et favo^

rise llnspiration; et cela, pour excuser l'isolement formidable auquel Francia condamna le Paraguay, et la triple ceinture d'eau, de pierres et de canons qui défendaient cet État contre les influences extérieures.

Cette appréciation ne saurait entièrement nous satisfaire ; nous accuserons donc franchement l'ambition du dictateur; mais en signalant aussi le côté patriotique, social, de son Implacable despotisme.

Pendant que les factions continuent à déchirer le sein des Républiques voisines, le Paraguay, qui doit se suffire à lui-même, se livre paisiblement aux travaux de l'agriculture et de l'Industrie, source première et certaine de la prospérité d'un pays ; et Francia, retranché dans la forteresse du pouvoir absolu, concentre toutes les forces de son génie dans la réalisation d'une pensée immense qui remplit son cerveau.

Fondre en un tout harmonieux les éléments hétérogènes que forment trois races ennemies : la blanche, la rouge, la noire, et le double produit de ces trois races : le métis et le mulâtre ; puis, tirer de ces trois nationalités : l'européenne, l'américaine, l'africaine, juxtaposées par le fait de la conquête, une nationalité distincte ayant en propre un caractère, des mœurs, un intérêt et des besoins, tel est le but poursuivi par le dictateur. Ce but est beau, il est splendide; mais pour l'atteindre n'y avait- Il pas d'autre moyen que le despotisme?

Poursuivons :

L'enfantement, on ne saurait l'ignorer, est toujours une opération douloureuse ; or, s'il faut souffrir pour mettre au monde un frêle enfant, combien pénible ne doit pas être le travail d'incubation^ de gestation et de création, lorsqu'il s'agit d'appeler à la vie sociale une population énervée par l'exploitation trois fois séculaire d'une métropole arrogante et cupide; une population momentanément exaltée^ éblouie par la conquête de son indépendance ; partant, en danger de compromettre, à l'exemple de ses vaillants, mais malheureux voisins^ dans les excès d'une liberté désordonnée, les bénéflces acquis par la victoire t

Créer une nation, voilà, répétons-le, l'œuvre à laquelle Francia a

consacré sa vie. Une lacune d*un demi-siècle s'étendait depuis l'expulsion des Padres (1767) jusqu'à la proclamation de Tindépendance (1811). Le dictateur reprit le travail des missions, le féconda et le fit aboutir, au prix, il est vrai , de sanglants sacrifices.

Sans vouloir établir ici, entre des hommes d'une valeur différente, une de ces comparaisons absolues qui ne tiennent compte ni des mœurs, ni des circonstances, ni des lieux, ni des caractères, il nous sera bien permis de constater une certaine analogie entre Francia et des personnages qui appartiennent à l'iiistoire.

L'humanité n'a-t-elle donc rien à' reprocher à Louis XI (auquel on a si souvent comparé le dictateur paraguayen ) qui a préparé l'unité française t

A Richelieu, qui a consolidé l'œuvre de ce roi ?

A notre immortelle Convention, qui l'a couronnée ?

Pierre-le-6rand, qui a fondé Tempire de Russie, n'a-t-il pas, lui aussi, brisé les obstacles qui arrêtaient sa marche, en vue du but qu'il poursuivait ?

Nous ne voudrions pas qu'on se méprît sur nos sentiments ; nous n'approuvons pas, nous n'excusons pas; nous racontons, en interrogeant l'histoire.

Dans sa protestation violente, l'avocat de Buenos-Ayres et du Brésil ; de Florès, aussi, le malheureux! flétrit la mémoire de Francia, sans s'être imposé le devoir d'approfondir la mission que le dictateur s'était donnée. Veut-il que nous opposions au tyran paraguayen, le tigre enragé de la République Argentine? Le nombre des victimes du premier est connu; qui osera compter les victimes du second?

H. Dernersay, qui ne nourrit pas une grande tendresse pour le Paraguay, on le sait, adopte le chiffre de 52 pour celui des prisonniers politiques que Francia a fait fusiller! ce qui donne une moyenne de deux exécutions par année (2^ vol., page 390).

CiNQUAifTE-DEUx vlctimes politiques I Cela est horrible, sans doute.

Florès n'en a fait (dsiller qoc dix-nectf par derrière^ il est vrai, comme des traîtres, à Florida.

Les DEUX CENTS BolivieDS coachés sur le carreau par le canoo de Mitre nous inspirent moins d'horreur, assurément, que les dix-neuf victimes de Florès et les cln-quante-deux de Francia. Bien que mitraillés dans une lutte fratricide, par un général étran^r, les Boliviens ont pu se défendre, du moins.

Mais est-ce par centaines ou par milliers qu*on calculera le nombre des Argentins livrés par Rosas au couteau de la mashorca ?

Certes — on ne saurait le proclamer trop haut — la raison humaine repousse absolument l'intervention du bourreau dans les questions de cet ordre. Le couteau n'est pas un argument; encore moins apporte-il une solution. Tout au plus si nous concédons qu'on peut affirmer une conviction sincère par remploi d*un pareil moyen; mais jamais l'excellence d'un système ne sera démontrée par le supplice des adversaires de ce système. En politique, on se trompe grossièrement, en considérant des condradicteurs comme des ennemis et en les traitant comme tels. Tuer n'est pas répondre (1).

(1) En présence d'one profession de foi aussi catégorique , noos ne pouvons comp re adr e qoe M. Poacel, qui nous a appelé homme de sens, connaisstmt les affaires de V Amérique du Sud, se soit permis d'écrire à notre adresse la phrase snirante :

« L'on des adversaires semhie Tonloir abattre^ dans le Rio de la Plata, à la manièie de Tarqnin le Snpertie, tontes les tôtes de payots qoi s'élërent an-dessns des antres têtes. »

Est-ce sériensement qu'on a écrit cette phrase?

Dans ce cas, ponrqaoi ne pas nous appeler tout de suite baboaviste^ jacobin, septembrisenr? Çanrait été pins net, pins loyal anssi, sans être plos exact.

On M. Poucel n*a pas In nos articles, on bien, les ayant 1ns, il ne les a pas compris.

Cette formule : semble vouloir, précédant une accusation aussi graTe, ne donnet-elle pas l*idée d'un instrument de tortionnaire, empninté à Tarsenal de Torquemada?

Ce semble met, en effet, à la question notre pensée, pour la forcer à dea aveux oompromettants.

M* Pouœl a eu la chance inespérée de décooTrir une intelligence brillante an fond

La dictature de Franoja possédait un mobile életé qui manquait complètement à cellis de Bosas. Celle-ci opprimait pour opprimer; le despotisme était tout à la fois le moyen et le but ; celle-là, sans professer plus de respect pour la vie humaine» poursuivait au moins un ^ui politique et social.

On peut Juger sainement ces deux dictatures par les effets qu'elles ont donnés. Celle de Francia a eu pour résultat la prospérité matérjelje du pays et, à l'aide de cette prospérité, la naissance d'une nouvelle et forte nationalité; celle de Rosas n'^ produit qu'un abaissement dans )es caractères, la dépopulation sur les deux rives de la Plata ; enfin, une désorganisation qui dure encore et qui donne toujours des fruits sanglants.

Soyez donc sévère; soyez môme impitoyable, tout en restant juste, pour le tyran paraguayen; mais sachez reconnaître l'action, relativement civilisatrice, de cet homme ; et, surtout, n'outragez pas, à la faveur de son despotisme systématique, un peuple dont l'héroïsme et les malheurs excitent, à cette heure, des sympathies légitimes et une vive admiration.

A la mort de Francia, la nationalité paraguayenne était fondée.

C'était en 1840.

. A cette date, les Républiques de race latine, toujours en proie à des divisions intestines et souvent engagées dans des luttes extérieures,

de Vignorance (les trois mots soulignés loi appartiennent) de notre contradicteor. n est probable que Tédat de cette intelligence l'aura éblooi, au point de dérober à sa vue ce qu*U y a réellement dans notre travail.

Noos ne relèverons pas Autrement l'insinuation... étrange dont il s'agit, qu'en défiant énergiquement M. Poucel de trouver dans nos articles DISE PHli\SE, UN MOT, qui la justifie.

Si notre étude sur le conflit Brasilo-Paraguayen avait préconisé le système sanglant qu'on nous attribue, évidemment La Gazette du Midi ne l'aurait pas admise dans ses colonnes ; elle Va publiée; donc, le reproche qu'on nous adresse n^est pas mérité.

Dès lors, noua sommes en droit d'être surpris et peiné, tout à la fois, que le rédacteur en chef de ce Journal, qui nous félicite des sentiments pacifiques exprimés dans notre travail, ait accueiUi, sans faire ses réserves, l'appréciation erronée, nous ne voulons {ms dire : malveillante, contre laquelle nous protestons en ce moment.

cherchaient encore la meilleure formule économique et politique. Le sang ne cessait de couler à flots, à travers les plantations ravagées, comme dans les cités ruinées, épouvantées.

Un autre tableau se présenta lorsque tombèrent, sur Tordre du successeur de Franda, les barrières élevées par le sombre dictateur.

En face des États voisins livrés à Tanarchie, se dressait une société jeune, fortement constituée sur cette double base de Tordre et du travail ; Jouissant d'une grande prospérité matérielle; toute prête enfin à opérer son évolution vers Tidée moderne d'égalité dans la liberté.

Depuis lors, sous Timpulsion du chef qu'il s'est librement donné, le président Antonio Lopez» le Paraguay a marché vers les brillantes destinées qui lui sont réservées. La chute de Rosas lui a rendu l'accès des rivières, et le commerce a ouvert une nouvelle voie à Taetivité nationale.

C'est ce qui va être démontré.

§ IV. — Sikiaticn actuelle — Commerce — Industrie — Armée f^ Enseignement ** Colonisation,

Les pavilloDS de toutes les nations connaissent aijgourâ'bui le chemin de l'Assomption, et le Paraguay échange contre les marchandises de l'étranger les produits de son sol fertile et de son industrie.

En 1860, 30 navires nationaux et 118 étrangers, en tout 148 navires, sont entrés dans le port de l'Assomption; 30 bfttiments nationaux et 178 étrangers» en tout 208, en sont sortis.

Pour la même année 1860, TimpQrtation a atteint le chiffre de 885,841 piastres, soit, à 4 francs la piastre, en moyenne, une somme de 3,643,36* fr. * -

L'exportation s'élève à 1,693,904 piastres, soit à 6,775,616 fr. de notre monnaie.

Comme oo le toit, lo poîat de lue pureoieot commercial, le ■wdié da P ar ag u ay n'est pu à dédaigner.

L'enseignement a suivi les progrès de l'agriculture et de l'iodustrie; à cette heure, chez ce peuple qu'on afiecte de croire abruti, on compte 500 écoles primaires, donnant llnstniction gr€Uuiu à 25/)00 enCants.

M. Alberdi que nous aimons à citer parce que, nous aussi, nous nous inclinons devant l'autorité de cet écrivain, dit avec raison que, en Amérique, le mouvement de la population donne la mesure de la capacité des gouvernants :

« En America govemar es poblar, » et encore : c El censo de la » poblacion es la régla de la capacidad de los ministros americanos. »

Les chiffres vont nous apprendre si le Paraguay a été bien ou mal gouverné.

Azara, le même auteur que notre contradicteur a cité, sans l'avoir lu, fiie, pour 1796, le chiffire de la population du Paraguay à 97,480 habitants.

D'après le recensement de 1857, ce chiffre s'est élevé à celui de 1,337,439 habitants; nul doute qu'il n'atteigne aujourd'hui un million et demi.

D'après M. de Moussy, la statistique comparée des États platéens donnait, en 1860, pour la République Argentine :

Province de Buenos-Ayres 350,000 âmes.

Les 13 autres provinces 890,000 —

Total 1,240,000 âmes.

Aimi le petit État du Paraguay compte un plus grand nombfe d'habitants que toute la République Argentine, y compris Bûedos-Ayres.

En l'absence de toute immigration européenne, le prodigieux accroissement de là population, au Paraguay, ne s'expliquerait pas suffîsàmihent par la fécondité extraordinaire des femmes. Seule, la loi naturelle qui

règle le mouvement dès naissances n'aurait pu produire lih aussi merveilleux résultat, sans Tactive propagande poursuivie au sein des tribus du désert.

Plus humains que les Ânglo-Saxons qui, à l'exemple des farouches puritains, leurs ancêtres, massacrent les Indiens ou les refoùledt dans les solitudes, pour s'emparer de leurs territoires ;

Plus habiles que les Brésiliens auxquels lord Palmerston reprochait justement, dans la séance du 3 juin 1857, de né rien faire pour gagner à la civilisation les hordes sauvages ;

Les Paraguayens ont constamment cherché à conquérhr, pour les tourner au profit de l'activité sociale, ces forces inutiles, dangereuses môme, que recèlent les déserts et les forêts.

Cette conduite généreuse a porté des fruits magnifiqneSi on le voit ; elle continue à en donner d'excellents, puisqu'elle augmente chaque jour le nombre des enfants de la famille paraguayenne.

Si l'on tient à être édifié à cet égard, on n'a qu'à lire les considérants du décret du 7 octobre 18i8 qui confère le titre et le droit de citoyen aux membres de 21 peuplades indiennes. En connaissant le système pra* tiqué envers les tribus errantes, incessamment attirées vers les centres civilisés, on sera bien forcé de rendre justice à la politique sagement émancipatrice du gouvernement paraguayen, et surtout aux idées huma* nitaires, progressives, du président Carlos Antonio Lopez, si maltraité par notre contradicteur.

En prévision de complications extérieures, provoquées par l'ambition détestable de ses voisin^ l'armée a été mise par le maréchal Solano Lopez, alors, ministre de la guerre et de la marine, aujourd'hui, Président Lopez, sur un pied excellent. Elle se compose de 12,000 hommes des trois armes, auxquels il faut ajouter 46,000 hommes de milice.

Tous les soldats savent lire et peu d'entre eux ne savent ni écrire ni compter; pour combien d'États européens pourrait-on en dire autant ?

Cette armée est la plus considérable de l'Amérique du Sud; la mieilx

— jia —

disdplinée auni. Si, par suite de drcoostances f&dieases» elle a sobi des échecs partiels, cette année n'en est pas moins capable de tenir tête aux forces de la triple alliance (1].

On a oié reprocher encore an gonTemement da Paraguay de comprimer, par des restridiona exorbitantes, l'essor da commerce et de l'indostrie.

€ L'État, dit-on, s'est résenré la vente des principaux produits... Là où il n'y a pas de liberté, il n'y a pas d'initiative, et partant, pas d'industrie. »

On conclut ainsi :

€ Le Paraguay peut être comparé à une grande ferme, exploitée par le président lui-même. »

Autant de mots, autant d'erreurs.

En vérité, nous devons le répéter : de deux choses Fune : on bien, ceux qui publient de pareilles hérésies compUni trop tur Vignorance da lecteurs européem; ou bien, ils ne savent pas le premier mot du sujet qu'ils ont la prétention de traiter.

Cette comparaison qu'on voudrait établir entre le président du Paraguay et le vice-roi d'Egypte n'est pas fondée. Dans la République, l'industrie est libre; libres aussi sont les transactions commerciales, de même que la culture et la vente de toutes les denrées agricoles. Il y a plus : toutes les machines servant à l'industrie et à l'agriculture sont exemptes de droits d'importation.

(l) Les oorretpoDdaneet brédlienDes et argentines ii*oot eignilé que les reacontret favorables aux armes des alliés; elles se sont bien gardées de parler des combats dont rissne a été faneste à ces armes, tels que celui de Mbuiuy, sur les riyes de l'Uruguay, qui, d'après les rapports officiels, a duré cioq heures et demie et où les Paraguayens, quoique inférieurs en nombre, ont été vainqueurs.

Un monopole existe, cependant» un seul, au profit du gouvernement : c'est celui qui frappe sur la Yerba Maté, C'est là, nous devons le reconnaître, une fâcheuse imitation de ce qui se passe chez nous. L'exploitation exclusive du tabac par le gouvernement français, a donné Tidée au gouvernement paraguayen, en 1846, d'une semblable exploitation dont le Maté est l'objet. Ce monopole peut donc èlre considéré comme une importation française. Nous confessons le fait avec franchise, avec regret aussi; mais, en bornant à la manipulation fiscale de cette denrée, les restrictions qu'on voudrait injustement généraliser, en les élendant au commerce des autres productions du pays.

La vérité est qu'aucune entrave n'est apportée au libre développement du commerce et de l'industrie dan» la République; en niant ce fait, notre contradicteur vient de prouver, une fois encore, qu'il ignore aussi complètement le système économique pratiqué au Paraguay, que l'histoire de ce pays.

Cette nouvelle énormité portera le numéro 9.

Loin de gêner l'activité nationale, le gouvernement d'Antonio Lopez a cherché, au contraire, à lui donner un plus grand essor ; il y a plus : c'est par la garantie légale d'une entière liberté pour leurs opérations que ce gouvernement a sollicité, le lendemain presque de la mort du Dictateur, les commerçants étrangers à se porter sur le marché paraguayen.

Nous trouvons la preuve de ce fait dans les articles 2 et 4 du décret rendu le 20 mai 18&5 (1).

(1) Art. 3. Toat étranger quelconque pourra arriver aux ports de la République ouverts au commerce extérieur, et se livrer à ses transactions commerciales avec une entière liberté.

Art A. Tout étranger, pendant sa résidence dans la République, Jouira de la plus

complète liberté dans son commerce ou dans l'exercice de son industrie, et sa personne

jouira également de la plus complète protection et sécurité, pourvu qu'il respecte, à son

tour, les autorités et les lois de l'État.

Signé : Carlos-Antonio Lopez.

ANDRBS GlLL,

Secrétaire du gouvernement.

Est-il nécessaire de déclarer que Antonio Lopez n'a pas cessé depais lors, aatant que les circonstances le lui ont permis, d'améliorer la situation nouvelle, créée par Touverture des ports de la République , ainsi que rétablit victorieusement celte phrase du rapport de deux savants docteurs anglais :

« Ce petit État, depuis Télévation du président à cette dignité, a marché d'un pas ferme et rapide vers la civilisation et la prospérité, et son avenir est évidemment des plus beaux » (1).

Loin d'être arrêtée par la mort d'Antonio Lopez, cette politique de généreuse initiative a été reprise par son successeur; depuis le jour de son avènement au pouvoir, Solano Lopez &*est appliqué à élargir progressivement la voie féconde tracée par son père.

Ce n'est pas seulement les marchandises d'Europe que le cabinet de TAssomptlon veut introduire au Paraguay; c'est, surtout, et avant tout, la civilisation européenne. Voilà pourquoi, chaque année, de jeunes Paraguayens sont envoyés aux frais de l'État sur notre coYitinent, pour y suivre les cours des écoles françaises, anglaises et allemandes. Ces pensionnaires nationaux comprennent la haute mission qui leur est confiée ; ils se font remarquer par leur application, et, à leur retour dans la République, ils payent la dette qu'ils ont contractée envers elle, en initiant leurs compatriotes aux idées généreuses, libérale?, qu'ils ont puisées dans l'enseignement européen. — Quelle autre république latine en a jamais fait autant ?

Les théories gouvernementales de M. Alberdi ne sont pas connues seulement au Paraguay ; elles y sont mises en pratique.

« Chaque Européen qui vient sur nos plages nous apporte plus de

(l) Rapport à Véminent jurisconsulte^ avocat de V Amirauté, docteur Phillimore, par les docteurs Benj. G. Lake et Kcndall.

civilisalioa dans ses habiltudes, qu'il communique bientôt à nos conciloyens, que plusieurs livres de philosophie...

» VouloDs-nous implanter et acclimater en Amérique la liberté anglaise, la civilisation française, raclivité des hommes d'Europe et des États-Unis? Âpporfons-en des échantillons vivants dans les mœurs de ses habitants et faisons leur prendre vàclwc ici. »

Ces idées, si justes, du publiciste argentin^ ont reçu un coinmencement d'exécution, au Paraguay, par la création d'une colonie française. Nueva-Burdeos a été fondée avec l'argent du gouvernemcTit paraguayen. Si cette colonie n'a pas réussi , il faut s'en prendre uniquement au personnage qui avait traité avec ce gouvernement et qui, au lieu d'engager des agriculteurs, n'envoya que des hommes de métier, impropres au travail des champs.

Aussi, est-ce avec un pénible étonnement que nous avons vu le Mes- «a^er dresser un acte d'accusation contre le cabinet de l'Assomption. Ce cabinet a été dupe de sa bonne foi; mais, par égard pour le représentant de la France, il a généreusement renoncé aux avances qu'il avait faites, aux avantages stipulés par les contrats. C'est donc à tort qu'on le calomniCf au sujet de Tavortement de cet établissement agricole.

Nous nous empressons de déclarer que le mot souligné ne nous appartient pas; il est de M. Alfred du Graty qui nous sert de guide en ce moment et qui, lui aussi, raconte ce qu'il a vu, ce qu'il sait.

Notre contradicteur s'est trompé assurément sur le nom et sur les lieux , en porlant de V extermination des colms par les soldats de Lapez P'.

A la place de Français, lisez : Irlandais et Allemands.

Au lieu de Paraguay ^ mettez : Brésil.

Enfin, il a écrit NustOrBu/rdeos pour Largo da Constituçào et pour Mucury.

Avec cette légère variante, nous aurons la vérité.

Il nous reste à constater que celte colonie, abandonnée par nos compatnotes, est devenue un centre florissant qui compte aujourd'hui près de 5,000 âmes. Elle est, sous le nom de Villa occidental, la capitale du 34^ département de la République, le département du Chaco.

On le voit, depuis Gappar Francia, le Paraguay a marché dans la voie des progrès paciGques.

Le gouvernement se compose de trois pouvoirs : le législatif, l'exécutif et le judiciaire. Le président est élu pour dii ans. Chose remarquable : l'État partage, avec le Costa-Rica et la Suisse, le rare privilège de ne pas avoir un centime de dettes; il a même en caisse une réserve considérable, et Vemploi des deniers de VÉtat est soumis à un contrôle vigilant, nous dit encore M. Alfred du Graly.

Ce contrôle ne s'accorde guère avec le despotisme ombrageux dont on essaye de doter le Paraguay actuel.

Nous avoas parlé du prodigieux accroissement de la population, et constaté le mouvement ascensionnel de renseignement, de Tagriculture, du commerce et de l'industrie. Faut-il ajouter que la sécurité est plus grande, au Parag^uay, que sur aucun point des Républiques latines; et que, grâce à la sagesse de ses habitants (le mot appartient à M. Poucel), les perturbations qu'amène toiyours à sa suite la guerre civile n'y sont pas à redouter?

« Le Paraguay d'aujourd'hui, dit M. Poucel, n'a d'autre tort que d'être plus fort et plus sage que les Républiques qui l'entourent. »

Nous voudrions consacrer quelques lignes aux produits des trois règnes, aOn de signaler les nombreuses sources de richesse qu'offre ce pays à une exploitation intelligente : les marbres, les porphyres, les agates, les opales, les minerais de ses montagnes ; les tabacs, le coton, le café, le thé, les textiles de ses plaines ; les essences, les plantes médicinales, les écorces de ses forêts; et surtout le buis pouvant servir à

rindustrie, dont on compte jusqu'à 43 espèces et dout ]a supériorité, attestée dans son rapport par M. Plaisant, ingénieur de l'école des Arts et Métiers, d'Aix, a valu au Paraguay une médaille de 2* classe, à l'exposition universelle de Paris, en 1855.

Nous voudrions encore constater l'heureuse influence du climat, qui permet de cultiver en même temps les arbres fruitiers d'Europe et ceux des tropiques : pécher, poirier, pommier, vigne, figuier, bananier, goyavier, cherimollier, oranger, etc.

Enfln nous voudrions parler des travaux qui s'accomplissent, sous la direction d'ingénieurs européens, tant dans la capitale que dans les pro* vinces; citer les églises, les édifices, le théâtre, les casernes, l'hôpital militaire, l'arsenal de construction, le chemin de fer, la gare de l'Assomption, la fonderie d'ibicuy : toutes choses qui confirment notre appréciation sur la marche progressive du Paraguay vers la civilisation européenne.

Malheureusement le temps nous manque pour de plus longs développements.

Nous en avons assez dit, toutefois, pour que le lecteur puisse mesurer le chemin parcouru, depuis le sombre dictateur.

Non, non, monsieur, le Paraguay n'est pas occupé par un peuple de valets abrutisy comme vous avez osé l'imprimer; mais, au contraire, par une population intelligente, patriote, relativement instruite, façonnée à Tordre et au travail, et, par conséquent, mûre pour la liberté.

Sans doute, il reste encore beaucoup à faire pour l'entière émancipation intellectuelle et morale du Paraguay; mais le grain apporté par le commerce étranger est confié à un sol généreux : il ne peut -tarder à donner d'opulentes moissons.

Nous trompons-nous, en croyant que la guerre actuelle n'aura pas peu contribué a démontrer la nécessité d'une plus grande extension de la liberté politique ?

Cette petite République, dont on ignorait presque l'existence parmi nous, vient à peine de se révéler au monde civilisé et, déjà, à l'occasion

de la guerre injuste qui lui est faite^clle a émerveillé les deux continents par rbéroîsme de ses enfants.

Comment ceux qui ont exalté le courage magnifique des Danois à Duppel, n*applaudiraient-ils pas à la résistance opiniâtre des Paraguayens à Riachuclo et sur les bords du Yalay ?

Les TRENTE-DEUX chsrges de cavalerie du major Duarle, dans cette dernière rencontre, sont un fait d'armes digne d'admiration.

Et cet officier de marloe qui, transporté, mourant, sur un bâtiment brésilien 9 trouve la force d'arracber les bandes qui enveloppent ses blessures, afin de ne pas survivre à sa défaite I

C*est là de la sauvagerief disent les correspondances brésiliennes et argentines. Le chef de bandes Florès ne craint même pas d'appeler barbares, dans un rapport officiel, ces bommes qu'il a eu l'bonneur de combattre et le bonbeur inespéré de vaincre !

Voici des paroles qui» en couvrant de honte celui qui les a écrites, resteront comme un glorieux témoignage de la valeur paraguayenne :

... Los enemigos han combatido como barbares,

,,. No hay poder humano que los haga rendir^ y prefieren la muerle cierta antes que rendirse. (Lettre de Venancio Florès au président Mitre après la bataille du Yalay, — 18 août ^865.)

Les crimes horribles commis devant Uruguayana nous donnent la véritable signification que prend, ici, le mot barbares.

Florès aurait évidemment préféré que lés Paraguayens se rendissent sans combattre. Bien portant et jouissant de toute l'intégrité de leurs membres, les prisonniers auraient été vendus plus cher aux planteurs brésiliens, et aux saladeristas orientaux.

Sans doute, il y a dans les charges successives et désespiM-ées des cavaliers de Duarte, et, surtout, dans l'acte du lieutenant Rubics, une énergie étrange qui confond notre raison. Le sentiment du devoir est exagéré,

peut-être. L'amour du pays n'exige pas de ces sacriflces extrêmes, lorsque ces sacrifices doiveot rester inutiles ; nous en convenons. Mais, d'un autre côté, quelle vitalité prodigieuse affirme, chez un peuple, un dévouement pareil t

Quel enseignement supérieur contient , pour les ignobles traflcants d'Uruguayana, celte immolation poussée jusqu'au mépris de la vie, jusqu'au désir de la mort I

Faut-îl encadrer encore, ^lans ces pages véridi(|ue8, les nobles figures des compagnons du colonel Estigarribia?

Nous le savons : ils étalent 5,500 Paraguayens enfermés dans la ville brésilienne d'Oruguayana. Toute communication avec leurs autres frères d'armes leur avait été coupée, après la défaite du Yatay. Désormais, ils ne devaient plus compter que sur leur bravoure et sur l'habileb^ du chef auquel ils obéissaient.

Abandonnée ainsi, par la force des circonstances, sur la terre étrangère; privée de vivres, manquant de munitions, l'héroïque colonne tenait tête, cependant, à une armée de 25,000 hommes, disposant de 50 pièces de canon. Cette armée, commandée par un Empereur et deux Présidents de République, n'a pas osé forcer le colonel paraguayen dans ses derniers retranchements. Si celui-ci a fini par se laisser prendre c'est lorsque» exténués, affamas, ses compagnons n'avaient plus la force de soutenir leurs armes.

Il se passa alors sur les rives de l'Uruguay une scène étrang , fantastique, capable de faire tressaillir dans leur tombe les glorieux vaincus du Yatay.

5,500 fantômes, hàvef>, livides, décharnés, défilèrent devant 25,000 hommes vigoureux et armés de totile pièce; silencieux et mornes, ils leur imprimaient encore une involontaire terreur.

Seul, Holbein aurait pu retracer magistralement une pareille scène.

Nous avons dit le sort affreux que les vainqueurs réservaient aux prisonniers d'Uruguayana !

Quant UQ peuple possède de tels soldats^ il affirme, avec son droit^de vivre indépendant, la conscience qu'il a de ses brillantes destinées futures.

Et pourtant, c'est ce peuple que les plumes dévouées au Brésil voudraient nous représenter comme étant courbé sous une dégradante superstition; et cela, parce que les troupes alliées ont trouvé, ou le prétend du moins, après le massacre du Yatay « dans un petit sac suspendu au cou de la plupart des cadavres, l'absolution écrite par le curé. »

On oublie un peu trop que les Paraguayens* de même que toutes les populations du Sud-Âmérique, du reste, sont de race latine ; or, chez ces populations enthousiastes et naïves, l'imagination se repait volontiers de symboles qui poétisent jusqu'aux formes extérieures du culte ; de plus, le sentiment religieux se développe dans une telle atmosphère d'encens, de fleurs, de cantiques et de lumière, que l'idée de Dieu, flottant au milieu des pompes du temple, projette comme un reflet divin sur le ministre délégué pour lier et délier les âmes.

La terre se trouve ainsi en communication constante avec le ciel par rintermédiaire du prêtre, dont la présence est réclamée partout tant au sein des familles qu'au milieu des armées en marche, et jusque sur les champs de bataille (l)v

Nous constatons ici l'état moral des sociétés — d'origine espagnole ou portugaise, il n'importe — qui occupent la partie sud du continent américain. Si les détrousseurs de cadavres avaient examiné attentivement es soldats argentins, brésiliens et orientaux, tombés sous les balles de eurs ennemis, nul doute qu'ils n'eussent également récolté une abondante moisson de papiers bénits et de médailles consacrés, soit par la religion, soit par Tamour.

En supposant donc qu'il fût mérité, le reproche adressé aux Para-

(l) Des aumôniers sont attachés à chu(|ue division et suifcnt les atmées en campagne.

guayens atteindrait du même coup les défenseurs de la triple alliance (1).

Nous nous arrêtons ici.

La nation paraguayenne a été créée par Francia; organisée par Antonio Lopez. Il ne lui reste plus qu'une étape à fournir, pour arriver au but où tendent tous ses efforts : la liberté assise sur Tordre et le travail, et garantie par une Constitution franchement républicaine.

C'est là la noble tâche échue au Président actuel. Solano Lopez ne faillira pas à sa mission; il sait ce qu'exige de son initiative l'intérêt bien entendu de son pays ; il sait aussi que la civilisation tiendra désormais les yeux fixés sur lui ; il sait enfin que son devoir, comme sa gloire, consistent également à compléter l'œuvre de ses prédécesseurs.

(1) Voir à la fin la note D.'

g V. - Avenir du Paraguay. — Confédération Platéenne.

Par la force des circonstances, le Paraguay remplit, à cette heure, un rôle magDifiqur, car il poursuit, au prix de sanglants sacriQces, une démonstration féconde.

Déjà ce petit État a constitué Fon unité ; il Ta assise sur Thomogénéité de sa population, ce qui lui donne sur ses ennemis une supériorité incontestable.

A me? ure que la civilisation européenne, introduite par le commerce, pénétrera plus profondément dans ses mœurs, la force d'attraction qui rayonnera autour de cet Élat le désignera forcément comme un centre d'organisalion.

Nous avons prouvé que de la libre navigation des fleuves dépend essentiellement Teiistencc du Paraguay et que l'intérêt des provinces

riveraines, celui de Moutevideo aussi, sont intimement liés à l'intérêt de la République. Cette vérité qui explique tout à la fois, et les vœux qu'on fait dans l'Uruguay pour les armes de Lopez, et l'attitude indécise, mais significative, pourtant, du vieux Drquiza, ne tardera pas à être généralement comprise.

Le jour où celte vérité qui n'est qu'un triple fait, économique, politique et géographique, se sera imposée à tous les esprits chercheurs et impartiaux, un mouvement considérable se produira sur l'estuaire de la Piata. Sans violence, sans pression d'aucune sorte; par la force même des choses, un rapprochement sérieux s'opérera entre les populations riveraines des fleuves; une nouvelle famille politique, composée de plusieurs groupes Indépendants, s'affirmera alors à la face du monde.

Cet État s'étendra, au sud, jusqu'à l'embouchure de la Plata; au nord, jusqu'aux frontières méridionales du Para. Il comprendra les provinces brésiliennes du Matto-Grosso et de Sao-Pedro; les provinces argentines de Corrientes et d'Entre-Rios ; et l'Uruguay tout entier.

La Confédération Platéenne existera.

Cette réorganisation, prévue, annoncée, par des penseurs éminents, à la tête desquels se place, comme toujours, M. Juan Alberdi, est inévitable et prochaine. Seule, en satisfaisant des aspirations légitimes^ puisqu'elles s'appuient sur des besoins identiques, elle mettra un terme aux funestes divisions qui désolent ces belles contrées et [opposera une barrière redoutable, tant aux empiétements du Brésil, qu'aux revendications violentes et à la prépondérance hautaine de Buenos-Ayres.

La solidarité des intérêts entraîne nécessairement la solidarité des droits. Affirmée d'abord sur les rives des fleuves platéens, cette double solidarité s'étendra jusqu'aux Andes, et, enfin, jusqu'au Pacifique.

La paix est alors assurée, une paix qui produira de magnifiques résultats : développement incessant du commerce ; rapports réguliers et plus fréquents avec l'Europe; prospérité des cités; peuplement des territoires

par l'émigratioD; en un root, organisatioD définitive des Républiques latines sur cette triple base : ordre^ travail et liberté.

Au contraire, si le Brésil s'établissait une fois encore sur la rive gauche de la Plata; et, si Buenos-Ayres gardait, en la fortifiant, comme on lui en prête l'intention, l'Ile de Martin-Garcia; le chenal, au lieu d'être une route commerciale universelle, deviendrait la propriété exclusive de ces deux États qui commanderaient ainsi sur le cours des fleuves platéens, en attendant qu'ils se ruassent l'un contre l'autre pour la prépotence exclusive.

Ainsi serait violé le traité du 10 juillet 1853.

Les conséquences de cet état de choses seraient :

L'extension de la lèpre hideuse de l'esclavage ; l'exploitation implacable des provinces argentines; la liberté de navigation entravée sur les rivières, si elle n'était pas audacieusement confisquée ; des embarras Incessants suscités au commerce ; puis, avec le trouble apporté dans les relations internationales^ le désordre dans les idées, dans les intérêts et dans les consciences; une irritation générale, bientôt suivie d'une explosion terrible; la guerre, enfin; la guerre, c'est-à-dire la dévastation, l'extermination aboutissant à la ruine du pays.

Écoutons une fois encore M. Poucel, lorsqu'il dit, sous l'inspiratloo de M. Juan-B. Alberdi :

€ L'Europe a un intérêt urgent et immédiat, maritime autant que commercial, à ne pas laisser perdre, par indifférence, la libre navigation du Rio de la Plata et de ses affluents, qui a coûté quarante années de tiraillements diplomatiques à la France; car, le jour où le Brésil parviendrait à dominer au Paraguay, comme il commande dans les Amazones, le commerce étranger serait en butte à toutes les avanies calculées pour Véloigner de la navigation fluviale dans F Uruguay, le Paranà, et surtout dans le Paraguay. y>

Et qu'on ne cherche pas, une fois encore, à dénaturer notre pensée, sous prétexte de Pemlavwne et de République universelle.

Il s'agit ici, non pas d'une violente usurpation de territoires; mais d'un simple fait économique produisant, par la souveraine attraction de Tordre et du travail ~ unis dans la force et dans la liberté — la solidarité des intérêts ; laquelle solidarité imposera forcément, ensuite, le respect des droits de tous.

La Confédération Platéennb remplira, au sud du continent américain, le rôle réservé, au nord, à l'État Mexicain. Elle sera tout à la fois : la sentinelle armée de la civilisation ; un rempart contre les empiétements territoriaux; un centre rayonnant où viendront se retremper, sans s'y absorber^ les Républiques de race latine et même l'Empire esclavagiste qui la redoute déjà, bien qu'elle n'existe pas encore.

Sa devise sera celle-ci :

« Libre développement de l'activité humaine dans la concorde et la justice; tolérance religieuse; appel aux déshérités du Vieux-Monde ; guerre implacable à l'oppression ; protection aux opprimés! »

Nous abusons-nous lorsque, en signalant la réalisation prochaine de cette association A'États indépendants, nous réservons dans le mouve* ment de réorganisation annoncé un rôle important au Paraguay -— un Paraguay libéral^ bien entendu?

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