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CHAPITRE III

L'ancien collèg-e des Jésuites. — L'Ecole de ^lédecine. — Une so lennité universitaire. — La cathédrale. — Sao-Francisco. — Le cloître aux Azulejos. — Le Carmo. — La famille royale de Portugal à Bahia en 1808. — La Santa Casa da Misericordia. — Institutions de bienfaisance. — Encore la bahia; Cachoeira; Nazareth. — Les urubus.

Naturellement Bahia possède une Place du io Novembre. C'est avec la Place du Gouvernement^ la plus belle de toute la ville. Elle est aménagée en square et, grâce aux édifices qui l'encadrent, l'ensemble offre un aspect élégant et point banal. Elle s'appelait autrefois Terrero de Jésus. On va voir d'où lui venait ce nom.

— Quel est, deniandai-je à un chanoine de Bahia, le plus ancien édifice de la cité ?

— C'est, me répondit-il, le Collège des Jésuites, aujourd'hui la Faculté de médecine.

Je n'ai eu ni le loisir, ni les moyens de vérifier l'exactitude de cette affirmation. Ce qui est du moins hors de doute, c'est que les Jésuites figurent parmi les fondateurs de la cité. Ils avaient un embryon de collège au campement de Caramuru, à Villa-Velha. Quand le premier gouverneur général entreprit la construction de Sao-Salvador, ils furent obligés d'y transporter leur établissement. Le Père Simon de

Vasconcellos nous les représente allant à la forêt couper et tailler les arbres, pétrissant le mortier, construisant eux-mêmes leur maison et leur église; elle s'appelait Notre-Dame da Ajuda. Ce ne devait pas être un monument capable de braver les siècles. Au reste, ils durent la céder bientôt à d'autres et se faire un nouveau collège au Mont du Calvaire, à l'endroit, dit le chroniqueur, où nous voyons aujourd'hui le couvent du Carmo. Il y a loin de ce couvent au collège qui est devenu l'Ecole de médecine. Celui-ci sans doute ne fut entrepris que lorsque le roi Don Sébastien eut assuré son avenir en lui constituant une rente de 3000 cruzades, laquelle, dit Vasconcellos, « devait servir à l'entretien de 60 religieux, à raison de 20 milréis pour chacun. » La cruzade valait alors 3 fr. 30 de notre monnaie, ce qui fait ressortir la pension de chaque jésuite à 165 fr.

Voici, d'après le fidèle chroniqueur, l'état du collège en 1566, un an après la fondation royale : « On y comptait en tout trente religieux ; et il y avait quatre classes, une où l'on enseignait aux jeunes enfants la lecture, l'écriture et la doctrine chrétienne, deux autres pour le latin et une pour les cas de conscience. » Bien entendu, le plus grand nombre des Pères étaient employés dans les missions. Avec le temps, le collège prit des développements considérables ; les gouverneurs généraux remplacèrent les bâtisses primitives par un de ces édifices aux vastes proportions et d'une solidité à toute épreuve, comme on en rencontre dans les anciennes villes de l'Amérique du Sud et qui sont l'honneur de la colonisation espagnole ou portugaise. Lorsque les Jésuites furent arrachés au Brésil par la tempête qui emporta l'Ordre lui-même, le collège de Bahia n'avait rien à envier

un CENTENAIRE 37

aux établissements d'éducation les plus prospères qu'il possédait en Europe. Pendant plus de trente ans il eut le sort de la plupart des maisons religieuses dont la persécution chasse les habitants; laissé à l'abandon, il n'eût pas tardé à tomber en ruines. Il fut sauvé par le décret royal du 18 février 1808 qui créait l'Institut de chirurgie de Bahia et l'installait dans les bâtiments de l'ancien collège.

Au cours de l'année 1908, l'Ecole a célébré par diverses solennités le centenaire de sa fondation. Un journal du 3 octobre donne à ce sujet quelques détails intéressants. On avait choisi cette date parce qu'elle rappelle l'érection, en 1832, de l'ancien Institut de chirurgie en Ecole de médecine; laquelle ne fut élevée au rang de Faculté qu'en 1864. Des plaques commémoratives furent placées dans le salon d'honneur. L'une d'elles fait savoir à tous présents et à venir que « c'est en ce lieu que se firent les premières leçons du Collège de chirurgie, fondé le 18 février 1808, par le Prince Régent Don Joao, à son passage en cette cité. » L'article nous apprend que, à l'heure présente, l'enseignement médical est réparti en 6 années, qu'il se divise en 12 sections, comprenant 26 chaires. Parallèlement fonctionnent les Cours de Pharmacie et d'Odontologie. On termine par un petit couplet, dans la note sonore, familière aux pays du soleil : « Hosanna au Brésil, pour la démonstration qu'il fait aujourd'hui de ses merveilleux progrès dans la Science médicale, où resplendissent tant de gloires déjà consacrées qui lui appartiennent, et où tant d'autres s'apprêtent à luire, grâce au travail et au patriotisme de notre jeunesse ! »

Cette «jeunesse» se compose, m'assure-t-on, d'environ six cents étudiants. Il y a encore à Bahia une

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école libre de Droit, mais qui n'a pas à beaucoup près rimportance de la Faculté de médecine. Comme partovit cette jeunesse, dite studieuse, prend volontiers son plaisir à troubler le repos du paisible bourgeois. Réunis par raison d'économie en petites communautés qui prennent le nom de Républiques, les carabins bahianais s'en donnent à cœur joie d'excentricités et de bruit. En ce pays où les fenêtres restent ouvertes la nuit comme le jour, c'est un délice pour eux de jouer du violon, do la flûte, voire du cornet à piston pendant que le commun des mortels essaie de dormir; ils s'arrêtent aux premières lueurs de l'aurore. La police ferme les yeux, ou plutôt, sans doute, se bouche les oreilles ; elle est très indulgente.

Ne quittons pas l'Ecole de médecine sans assister à une réception de nouveaux docteurs. Il y a là, ce me semble, quelques traits caractéristiques des mœurs brésiliennes, encadrées de traditions universitaires. Je traduis le compte rendu donné par un grand journal de Bahia du 24 décembre 1907 :

Samedi à 10 heures et demie, dans la chapelle du Sacré- Cœur de Jésus à Cova. de Onça (la Caverne du Jaguar), en présence des futurs docteurs, de leurs familles, des professeurs de la Faculté de médecine, de plusieurs membres des académies et d'un nombreux public de gradués, une messe d'actions de grâces a été célébrée par le chanoine Manuel de Silva Gomez, qui lut un discours substantiel, exhortant ceux qui allaient être diplômés à marcher avec constance dans le bon chemin, de façon à honorer toujours la brillante carrière où ils entraient. Pendant la cérémonie se fît entendre la musique du premier corps de police.

Avant une heure de l'après-midi, il y avait déjà grande aflluence sur la place du 15 Novembre et dans le jardin devant la Faculté, dont la façade était magnifiquement décorée. A une heui'e un quart, la grande salle était remplie dune assistance de parents, damis, de médecins, de ba-

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cheliers, etc., quand le premier magistrat de l'Etat, le docteur José Marcellino de Souza fit son entrée, accompai;né du docteur chef de la police, du colonel commandant du district, de ses aides de camp, des officiers de police, des docteurs Alfred Britto, directeur, et Mathieu Vaz, secrétaire de la Faculté, du corps professoral et des onze récipiendaires (doutorandos).

La séance déclarée ouverte par le président pour conférer le grade de docteur aux nouveaux médecins, le secrétaire procéda à l'appel; après quoi, l'un des candidats, José Mandez Diniz da Goma, présenta requête, conformément à la loi, au Docteur Directeur pour qu'il voulût bien lui conférer à lui et à ses compagnons, le grade de médecin; ce qui leur fut octroyé par la i^emise de l'anneau symbolique à chacun des candidats, qui, en le recevant, prêtait le serment légal.

La cérémonie achevée, le Docteur Directeur donna la parole au nouveau docteur Thomé Diaz da Silva, orateur désigné, lequel lut, l'espace d'une demi-heure, un fort beau discours écouté avec une attention sympathique et salué sur la fin par de chaleureux applaudissements.

Le Docteur Directeur donna ensuite la parole au Docteur Pacifico Pereira, professeur d'histologie, choisi par les récipiendaires comme paranymphe en la solennité du jour, et dont l'apparition à la tribune fut accueillie par un tonnerre d'applaudissements, qui se renouvela quand il en descendit.

Il était trois heures quand la cérémonie se termina. Avaient prêté leur concours les musiques du 1'^'" corps de police, du i^*^ corps du régiment de police, du 5*^ bataillon d'artillerie et du lô"^ bataillon d'infanterie.

Nous adressons nos félicitations aux jeunes gens qui ont lerminé cetle année leurs cours de sciences médicales et chirurgicales, et nous publions ci-après les noms de ceux qui reçurent dans la solennité d'avant-hier l'anneau symbolique.

On est en train de donner à la Faculté de médecine une installation digne de ses hautes destinées. Le vieux collège des Jésuites, en dépit des aménagements qu'on lui avait fait subir, répondait mal aux exigences

de sa nouvelle affectation. Un incendie vint à propos, il y a quelques années, ouvrir la voie aux améliorations nécessaires. On n'arrête guère les incendies à Bahia; on l'a bien vu encore l'hiver dernier, où tout un quartier de la ville basse fut dévoré par les flammes. Du collège, hormis des murailles et des voûtes indestructibles, il resta peu de chose. Alors on entreprit un ensemble de constructions point encore complètement achevées, mais qui ont déjà fort grand air. C'est ce qui attire tout d'abord les regards des voyageurs quand le paquebot s'arrête en vue de Bahia. On y a déjà dépensé de très grosses sommes, et, conformément à un usage qui n'est pas spécial an Brésil, les devis ayant été dépassés de beaucoup, le Congrès dii voter, au cours de l'année 1908, une couple de millions supplémentaires.

Lors de l'expulsion des Jésuites, l'église du Collège fut remise à l'archevêque qui en fit immédiatement sa cathédrale. L'édifice n'est point indigne de la fonction. La façade, de style Renaissance combiné de portugais, tout entière revêtue de marbre blanc, présente des lignes simples, mais qui ne manquent ni de caractère ni de grandeur. Au centre, les statues de saint Ignace, de saint François Xavier et de saint François de Borgia. A l'intérieur, le monument ne répond pas précisément à notre esthétique; il n'en est que plus intéressant et mériterait d'être visité plus à loisir qu'on ne le peut faire. En ce pays-ci, l'usage veut que les églises ne soient ouvertes que pendant le temps des offices. Une seule nef, complétée par des chapelles latérales, mais avec des proportions d'une hardiesse qui étonne; elle n'a pas moins de 17 mètres de largeur, les parois revêtues de marbre blanc sup-

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