‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 14 sur 105 · ÉGLISES ET COUVENTS · texte numérisé non relu

ÉGLISES ET COUVENTS

portent un plafond en caissons dorés. Avec quels matériaux ou par quel artifice a-t-on pu suspendre ce plafond, qui est en place depuis trois cents ans? Le fond du chœur et des chapelles latérales est garni de retables énormes qui montent jusqu'au sommet de la nef, avec tous les motifs décoratifs imaginables, colonnes torses, guirlandes de feuillage, oiseaux, angelots, le tout étincelant d'or et de couleurs. Nous sommes tentés de trouver cela d'un goût détestable; ce qui, au fond, signifie que ce n'est pas conforme à notre goût. En tout cas, quel merveilleux et grandiose travail de sculpture sur bois !

Bahia est la ville aux églises. Outre la cathédrale, il y en a deux autres en façade sur la Place du J5 Novembre^ puis deux autres encore, à quelques pas, dans la rue voisine, l'ancienne cathédrale, antiga Se, et l'église de la Grande Confrérie de la Miséricorde. Ce n'est pas tout. Droit en face de la cathédrale, au bout d'une petite avenue qui sert de prolongement à la place, voici les deux églises de Sao Francisco, celle du monastère et celle du Tiers-Ordre, accolées l'une à l'autre comme deux sœurs, l'une plus grande et plus grave d'aspect, l'autre, la cadette, plus élégante et parée avec un peu de coquetterie.

Cet immense mosteiro est sans conteste le monument le plus curieux de la vieille capitale brésilienne, A lui seul, il constitue une sorte de musée, comme San Marco à Florence ou San Martin à Naples.

Dès l'entrée, vous vous trouvez dans un vestibule dont les parois sont couvertes de tableaux en carreaux de faïence bleue, représentant des scènes de la vie de saint François d'Assise. De là, vous pénétrez dans le grand cloître, vaste parallélogramme bordé de

deux galeries à arcades superposées, et dont toutes les surfaces sont décorées de la même façon que le vestibule. Deux séries de grands panneaux, lune au rez-de-chaussée, l'autre à l'étage, représentent des sujets fort divers, dont un bon nombre n'ont rien de particulièrement monastique. Des scènes champêtres, des chasses, des allégories voisinent avec les tableaux de l'Evangile; le tout encadré de décors charmants. Entre les deux étages, court une troisième série formée d'une multitude de tableautins d'inspiration fantaisiste et d'une grande perfection de dessin. Indépendamment des sujets de pure ornementation, je pense qu'il j a bien deux ou troix cents grandes compositions à personnages. Toute cette décoration, à fond bleu clair et avec le lustre de l'émail adouci par le temps, forme un ensemble d'une fraîcheur et d'une grâce exquises. Avec cela, ces tableaux, formés de petits carreaux de faïence, sont en leur genre de véritables chefs-d'œuvre d'un art perdu aujourd'hui et dont nos musées sont fiers de posséder quelques spécimens. Sans doute, les vénérables religieux qui occupent aujourd'hui le couvent de Sao- Francisco s'accommoderaient mieux dun cadre de vie plus austère ; ils n'ont , heureusement, ni les mêmes fantaisies ni les mêmes habitudes que certains de leurs prédécesseurs ; mais ils ont assez de goût pour conserver de véritables joyaux que les amateurs seraient sans doute prêts à enlever, falk\t-il les couvrir de banknotes.

Plusieurs églises de Bahia possèdent de ces tableaux en carreaux de faience bleue ; appelons-les tout de suite de leur nom portugais azulcjos (de azid bleu). Assurément, ils ne furent pas fabriqués au Brésil ; ils y furent apportés de Portugal, comme les

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