‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 15 sur 105 · LES AZULEJOS · texte numérisé non relu

LES AZULEJOS

marbres et parfois môme d'autres matériaux moins précieux. Pendant plusieurs siècles, l'art de Yaziilcjo fut florissant en Portugal. Voici à ce sujet, une page d'un érudit, qui est aussi un artiste, et qui n'a pas consacré moins de six volumes à des recherches sur les curiosités de Lisbonne.

Le riche Portugais, dit M. Julio de Castilho, ne sut.

jamais orner sa maison avec beaucoup de cocpietlerie

Pourtant, un luxe qu'il se permettait larga manu, c'était Vazulejo. h'azulejo ne reluisait pas seulement aux murailles des églises, mais il ornait les salles et les escaliers de ce qu'on appelait des palais

L'azu/eyo est très ancien en Portugal; probablement il y vint des Maures. Les azulejos de Grenade sont magniliques ; vous voyez à l'Alhambra des azulejos en relief, colorés, dorés, avec l'émail de la plus belle époque ax'abe; ils témoignent du degré de perfection où cette branche de l'art céramique était parvenue. C'est à faire rougir les descendants dégénérés de nos artistes nationaux. Cette industrie est déchue chez nous ; elle a perdu son caractère artistique [foros de arte) pour devenir un vulgaire métier qui ne connaît que le moule et l'impression. Pourtant une réaction commence à se dessiner; on peut citer quelques essais modernes qui ne sont pas sans mérite.

Au xvi^ siècle nous importions des azulejos du dehors ; mais on en faisait aussi dans le royaume; je ne sais pas distinguer les uns des autres; mais je sais du moins que nous en avons à Saint-Roch, qui ont été faits par des Portugais d'après des tableaux italiens. Ils sont signés Francisco de Mattos. Ainsi encore ceux que les Jésuites avaient fait faire en leur collège à Sao José, d'après des tableaux de maîtres hollandais, Téniers, Van Coypel, etc.

M. Julio de Castilho cite d'autres œuvres semblables qui ne sont point rares en Portugal, puis il conclut par un souhait dont nous pourrions prendre notre part : a Puissent nos compatriotes comprendre que de tels objets d'art ont plus de valeur que nos pauvres stucs et nos misérables papiers peints! »

Il semble bien que nous ayons repris goût depuis quelques années à la céramique décorative. Après les carrelages en mosaïques de plus en plus perfectionnés, on en est venu à fabriquer de vrais tableaux avec personnages ; on reproduit ainsi , comme au moyen de la mosaïque proprement dite, les chefsd'œuvre de la peinture. Mais je ne sache pas que nos céramistes aient essayé de renouveler l'art si gracieux de Vazulejo, et il est permis de le regretter.

Si, du grand cloître de Sao-Francisco, nous passons dans Féglise, c'est une impression toute différente qui nous attend. Dès l'entrée, on est ébloui, le mot n'a rien de trop fort. Le vaisseau n'est pas très grand; mais, du pavé à la voûte tout est revêtu de boiseries finement ouvragées, et malheureusement surchargées d'ors et, par endroits, de couleurs criardes. Pour comble d'infortune, ce décor extra-riche a été remis à neuf depuis peu; il s'étale avec toute sa fulgurante crudité; je ne sais pas si jamais le genre rococo a remporté un triomphe aussi éclatant et aussi fâcheux. Dans un siècle ou deux ce pourra être très beau ; il y a au Brésil même des exemples qui autorisent cet espoir. Sans sortir du monastère on peut voir une salle de bibliothèque, avec ses boiseries décorées dans le même goût que l'église. J'y ai lu la date de 1737. La patine du temps a éteint les ors et adouci les couleurs ; jusqu'à présent, cette salle a été préservée de toute restauration ; il ne pouvait lui arriver rien de mieux.

Conformément à l'usage assez commun au Brésil, tout à côté du monastère du Grand-Ordre se trouve le covivent du « Vénérable Tiers-Ordre. » Peut-être les deux églises ont-elles un mur mitoyen. Celle du Tiers-Ordre est décorée avec une élégance qui peut

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paraître de la simplicité en comparaison de sa voisine ; on y trouve, comme dans toutes les églises de Bahia, et je pense du Brésil, pour ne pas parler du Portugal et de l'Espagne, des statues tout habillées de vraies robes, de vrais manteaux, de vraies chapes, avec chaussures, coiffures et même chevelures à l'avenant. Le cloître, plus petit que celui du monastère, est également orné de tableaux en azulejos. Ils représentent un cortège triomphal à Bélem, faubourg de Lisbonne, se déroulant sur les quatre faces du parallélogramme. On y voit des carrosses de gala, des seigneurs et des dames en costumes Louis XV, des clercs et des moines. Puis une série d'arcs de triomphe, avec des inscriptions en langue portugaise : Arc des Confiseurs, Arc des Italiens, Arc des Marchands, etc. Cela semble fait d'hier; ce genre de décoration a l'avantage de ne pas vieillir.

A un quart d'heure de distance de Sao-Francisco, un autre monastère, plus grand encore, ce me semble, couronne de sa masse imposante une colline aux flancs escarpés. Du côté opposé à la baie, le Carmo aligne au-dessus du vallon une façade de 120 mètres de longueur. Ses clochers, ses terrasses, ses robustes soubassements en arcades brisent agréablement l'uniformité des lignes horizontales; le temps a passé sur cet ensemble robuste une teinte sombre qui lui donne l'air des vieilles et nobles architectures. Dieu veuille qu'on ne s'avise pas un de ces jours de le déshonorer avec un badigeon jaune-crème! On aime tant les couleurs gaies en ce pays-ci ! Pendant toute une semaine j'ai dû revenir de la Soledade, après la nuit tombée, en longeant le pied de la colline du Carnio-^ le trajet se faisait en petits cars attelés de deux mules au trot

menu. Chaque fois, j'ai longuement arrêté mes regards sur la silhouette du vieux mosteiro, bien découpée dans un ciel demi-obscur, mais encore transparent. . De telles visions donnent beaucoup à penser.

L'église du Carmo présente un assez grand vaisseau dans le style Renaissance italienne ; mais apparemment les anciens moines, dans des temps plus prospères, n'ont pas eu le loisir de lui donner une décoration qu'elle comportait; aujourd'hui, il est sans doute trop tard. Il faudrait d'abord ramener la vie dans ce cloître devenu, non plus seulement au sens ■ mystique, mais au sens réel et brutal du mot, une solitude. Deux ou trois moines le gardent, en attendant des jours meilleurs.

Comme à Sao-Francisco, le « Vénérable Tiers- Ordre » a sa demeure contiguë à celle du Grand- Ordre. Malheureusement, ici encore, église et couvent, d'ailleurs bien entretenus, ne semblent plus destinés qu'à abriter des ombres et des souvenirs. L'occasion se présentera de reparler de ces institutions, qui ont eu un rôle considérable dans l'histoire de l'Eglise brésilienne.

Gomme à Sao-Francisco encore le monastère des Carmes possède une grande sacristie très richement meublée et décorée; elle ne doit pas avoir moins de vingt mètres de longueur; des boiseries finement sculptées et dorées recouvrent entièrement les parois ; dans les caissons du plafond sont représentées des scènes de la vie du prophète Elle ; tous les détails de cette opulente décoration sont combinés avec goût et harmonieusement fondus. Il n'est pas de cathédrale qui ne fût fière d'avoir pareille annexe.

On m'a montré dans cette sacristie un AJ-aste fauteuil, avec dossier très haut surmonté de l'écusson

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