‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 16 sur 105 · IL Y A CENT ANS · texte numérisé non relu

IL Y A CENT ANS

royal. Il aurait servi à Jean VI, alors prince régent et plus tard roi de Portugal, pendant son séjour à Bahia. D'après la tradition du monastère, il habitait une maison d'assez belle apparence, qui fait face à l'église, et venait assister à l'office et même chanter avec les moines.

Le fauteuil est un document historique d'une authenticité indiscutable ; mais l'histoire elle-même mérite peut-être moins de confiance. Justement, comme je l'ai dit à propos de l'Ecole de médecine, on a commémoré en 1908 le centième anniversaire de la venue de Jean VI au Brésil. C'est en effet pour le pays un événement considérable; car on peut bien dire qu'il fut le point de départ de son émancipation. La famille royale et la cour se trouvant installées au Brésil, on ne put moins faire que d'ériger la grande colonie en royaume. Et quand, après quatorze ans de séjour à Rio de Janeiro, Jean VI retourna à Lisbonne, ses sujets brésiliens s'étaient trop habitués à l'indépendance vis-à-vis de la métropole pour ne pas briser le lien qui les y rattachait encore. Aussi, à la date du 22 janvier, les journaux de Bahia relataient minutieusement les circonstances de l'arrivée à pareil jour, cent ans auparavant, de la flottille qui portait la reine Dona Maria et le prince régent. Cette page d'histoire n'est pas sans intérêt pour nous, car nous y avons notre rôle. Le Portugal venait d'être envahi par les armées de Napoléon, et c'est pour éviter le sort de leur voisin, le roi d'Espagne Ferdinand VII, que les héritiers du trône de Portuo'al cherchaient un refuere au Brésil.

La flottille composée de cinq vaisseaux, dont deux anglais, était partie de Lisbonne le 29 novembre 1807 ; le 21 janvier 1808, cMe était signalée au large de Bahia

et le lendemain elle franchissait la barre, saluée pai le canon du fort Sao-Pedro; on n'était pas prévenu de l'arrivée des souverains, mais on avait reconnu la bannière royale arborée au grand mât. La traversée avait duré cinquante-six jours.

Le lendemain, le Prince régent débarqua et se rendit à la cathédrale où fut chanté un Te De uni solennel. La reine était restée à bord, parce que la chaleur était trop forte ce jour-là. Elle descendit le lendemain, 24 janvier, avec la régente et les jeunes princes, et se rendit, elle aussi avec toute sa suite, à la cathédrale où l'on chanta un nouveau Te Deum. Toute la ville fut illuminée sept jours de suite, et chaque soir la foule remplit la place devant le Palais du gouvernement où la famille royale avait établi sa résidence, et on donna des sérénades « qui plurent fort à Leurs Altesses. » Le jeudi 28, le Sénat fait chanter un autre Te Deum à la cathédrale; il y a sermon, et les princes y assistent. Le dimanche 31, messe pontificale célébrée en actions de grâces par l'archevêque de Bahia, Dom José de Sainte Scolastiqiie, en présence de Leurs Altesses Royales . La chronique du temps, reproduite par les journaux, note au jour le jour une multitude de cérémonies semblables ; chaque Irmandade veut avoir la sienne ; on fait assaut de dévotion et de loyalisme. Le prince paraît ici ou là; mais la reine ne sort plus de ses appartements que le soir pour faire une promenade en voiture. De son côté le Prince régent fait des visites aux monastères, aux fazendas, aux fabriques de sucre ; il passe des revues et assiste à des manœuvres militaires; enfin il distribue cinq cents distinctions honorifiques entre propriétaires, chanoines, curés, médecins et officiers. En retour les Bahianais offrent

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au prince des pyramides de leurs plus beaux fruits. La famille royale séjourna à Bahia exactement cinq semaines; le 26 février la petite escadre partait pour Rio de Janeiro.

Parmi ces grands monastères qui forment un des traits saillants de la physionomie de la vieille capitale brésilienne, il faudrait encore citer celui de Sao-Bento, le mieux situé de tous, et dont le grand dôme revêtu de céramique apparaît de loin comme le point culminant de tout le panorama. Nous aurons occasion de reparler de cette vénérable abbaye, ainsi que de l'ordre bénédictin au Brésil. Un peu au-dessous, à mi-hauteur sur le flanc de la falaise, c'est encore l'ancien couvent des Carmes Déchaussés, Santa Teresa, aujourd'hui occupé par le séminaire. Sans avoir la splendeur déconcertante de Sao-Francisco, l'église possède, elle aussi, des spécimens d'art portugais intéressants : plusieurs de ces hauts retables de bois merveilleusement ouvragés, et malheureusement trop chargés de dorures ; puis une douzaine de grands personnages en azulejos, papes, évêques, religieux et religieuses de l'ordre du Garmel. Une sorte de relique conservée précieusement en cette église, c'est un ample siège de bois sans ornement, qui servait de chaire au Père Antoine Vieira, le plus illustre prédicateur qu'ait connu le Portugal.

Je ne dirai rien des couvents de femmes; ils sont nombreux et quelques-uns assez importants; au surplus on n'y entre pas comme au moulin. Mais je me reprocherais de ne pas parler des établissements de bienfaisance. Le Brésil en est abondamment pourvu, et c'est une gloire pour un pays relativement jeune et qui est loin encore de posséder tout son outillage éco-

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nomique. Au point de vue des institutions charitables, il est peut-être en avance sur bien d'autres. Au premier rang il faut placer la Miséricorde.

Cette institution, dit le P. Galanti, fut fondée à Lisbonne en 1498, par Dona Léonor, veuve du roi Jean II. Le but de la Gonl'réi'ie de Notre-Dame de la Miséricorde était d'accomplir à légard des malheureux toutes les promesses de la miséricorde divine. Aucune des disf;jrâccs humaines n'échappait à sa sollicitude ; depuis l'assistance des pauvres et le soin des malades jusqu'à la sépulture des morts et aux prières pour le repos de leurs âmes, toutes les œuvres pies rentraient dans son domaine. Dès le début la Confi^éine compta dans ses rangs toute la plus haute noblesse du royaume. Elle fut inaugurée solennellement dans la chapelle de Notre-Dame -de-Pitié de la cathédrale de Lisbonne, le 15 août 1498. Le roi Don Manuel la prit sous sa protection et jeta les fondements d'un somptueux édifice qui devait être la première Santa Casa da Misericordia. Elle fut achevée par Don Jean III en 1534. Tous nos rois se plurent à enrichir l'institution de nombreux privilèges. La Miséricorde de Lisbonne servit de modèle à toutes celles qui furent érigées soit en Portugal, soit dans les possessions doutre-mer. La première qui s'établit au Brésil fut celle de Santos, fondée par Braz Cubas en 1537 et confirmée par décret royal de 1551.

La Santa Casa da Misericordia de Bahia a créé au fur et à mesure de ses ressources cinq ou six institutions de bienfaisance, dont la plus importante est le magnifique hôpital de Santa Isabel, auquel on vient d'annexer une vaste maternité. Il serait difficile, je crois, d'imaginer une installation des sei'vices mieux appropriée au climat. Le département de la chirurgie, spécialement, m'a j^aru aménagé avec une véritable coquetterie, ou du moins avec un luxe de précautions qui n'est peut-être, après tout, que l'application rigoureuse des théories modernes de l'antisepsie. J y ai vu, par exemple, une salle d'opérations.

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