NAZARETH
neau, avec un beau plumage noir, font ici un service public de nettoyage, à peu près comme les chiens de Constantinople. Ce n'est pas à dire que l'on pratique dans les villes du Brésil le tout à la rue et qu'on laisse aux oiseaux le soin d'enlever les ordures ménagères et de dépecer les animaux morts. En général, la propreté n'y est pas plus négligée qu'ailleurs. Mais, peutêtre bien y a-t-il jusque dans l'intérieur des agglomérations considérables, et surtout dans leur voisinage immédiat, certains quartiers qui échappent à la sollicitude municipale. C'est là que les escouades d'urubus (prononcez ouroubous) trouvent à s'employer; on apprécie leurs services; personne ne s'aviserait de les molester; aussi vivent-ils avec la population sur le pied d'une pleine confiance. On voit à leur attitude grave qu'ils ont le sentiment de leur importance.
La ville de Nazareth est située à l'extrémité supérieure d'un de ces estuaires qui ressemblent à des tentacules que la bahia projette à travers les terres pour aspirer leurs produits. Immédiatement au-dessus, le rio Jaguaripe descend en rapides sur des rochers qui forment barrage. Aussi le petit port qui sert d'unique débouché à la région est-il très animé. Je débarquai à Nazareth en plein champ de foire ; la foule grouillante des gens et des animaux, toute saupoudrée de poussière grise, sous le soleil étincelant de midi, me rappelait la classique vision des grands marchés arabes. Une autre note pittoresque, c'étaient des files de paysans brésiliens regagnant leurs demeures sur des montures très diverses, les uns sur leurs chevaux ou leurs mulets, mais un plus grand nombre, je crois, sur des bœufs et quelques-uns sur des moutons.