‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 26 sur 105 · LE FÉT1CH1S3IE DES « AFRICAINS · texte numérisé non relu

LE FÉT1CH1S3IE DES « AFRICAINS

à l'égard des populations indigènes ou asservies une attitude toute différente de celle de la colonisation anglo-saxonne. L'Anglo-Saxon refoule Findigène et finit par l'anéantir, comme aux Etats-Unis, en Australie, en Nouvelle-Zélande ; ou bien, comme aux Indes, il se contente de gouverner, d'administrer et d'exploiter, mais en gardant toujours impitoyablement ses distances. L'Espagnol, le Portugais, le colonisateur latin, se mêle à la race dite inférieure; la sienne en est sans doute altérée; mais il en résulte des peuples nouveaux, qui ont leur originalité et leur valeur propre. Laquelle des deux méthodes est la meilleure? On ne peut disconvenir que la latine ne soit au moins la plus humaine ; l'avenir démontrera peut-être qu'elle était encore la plus habile et la plus sage. En attendant, le Brésil lui doit de n'avoir pas à résoudre chez lui le terrible problème qui trouble les Américains du Nord et qui s'appelle la Question nègre.

On me permettra de placer ici une note extraite d'un petit livre qui me tomba sous la main pendant mon séjour dans la vieille cité de Sao-Salvador. En voici le titre : L'animisme fétichiste des nègres de Bahia, par le docteur Mina Rodriguez, professeur de médecine légale à la Faculté de Bahia, 1900. 11 est écrit en français et imprimé à Bahia même. L'honorable professeur y a consigné le résultat de ses études et de ses enquêtes poursuivies pendant plusieurs années. 11 aurait constaté que les nègres ont conservé en Amérique les traditions, les légendes et les pratiques du fétichisme africain; la foi catholique et les exercices du culte ne seraient pas pour eux un obstacle; il se fait dans leur cerveau un amalgame

bizarre de croyances hétérogènes; ils identifient les saints avec leurs fétiches ; ils se réunissent dans des conciliabules d'où les profanes mêmes ne sont pas exclus, pour y accomplir des rites religieux ; l'auteur y a été témoin de phénomènes qu'il attribue à l'hystérie, mais où il est bien difficile de ne pas reconnaître la possession diabolique. Enfin les sorciers jouissent parmi leurs congénères d'un prestige et d'un pouvoir presque sans limite. Et l'auteur conclut sur ce corollaire que je transcris tel quel, en lui en laissant la responsabilité :

Le nombre de blancs, de mulâtres, d'individus de toutes les couleurs et de toutes les nuances qui, dans leurs chagrins, dans leurs malheurs, vont consulter les nè2:res sorciei'S et les écoutent, est incalculable, dirais-je, s'il n'était pas plus simple de dire tout de suite que c'est la population entière, à l'exception de quelques esprits supérieurement éclairés qui ont la notion vraie de ces manifestations psychologiques (page 447).

Apparemment le savant professeur généralise un peu plus qu'il ne convient. Mais après tout, l'empressement des Bahianais et des Bahianaises de la bonne société auprès des sorciers nègres n'a rien qui doive nous siu'prendre. S'il en venait un à Paris, il aurait sûrement la vogue.

Je ne voudrais pas non plus donner à entendre que la population noire de Bahia est, dans son ensemble, adonnée au fétichisme. Sans doute ces pauvres gens n'ont pas une religion très épurée ; on les a baptisés, mais on ne les a pas instruits. Il se mêle à leur croyance et à leur pratique religieuse une bonne dose de superstition; mais à cet égard la masse de la population blanche n'a guère de reproche à leur faire. Au surplus, ils ont en général un respect naïf mais sincère des

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