LA « PENH A
choses saintes ; ils ne passent guère devant une église sans s'arrêter un peu et se signer ; leur dévotion a besoin de se prendre à quekpie chose de sensible ; ils s'enrôlent volontiers dans les confréries et sont heureux de figurer avec leurs insignes dans les processions. Je les ai vus, les hommes comme les femmes, sans en excepter les soldats, baiser avec transport l'image de l'Enfant Jésus que je leur présentai après la messe de Noël. Les belles statues habillées de brocart et chargées de brillants leur inspirent une vénération qui ne se lasse pas ; ils passeront des heures à les regarder et à leur adresser des hommages et des prières. Ils ont un saint de famille, un saint noir, bien authentique, que l'on trouve dans toutes les églises, vêtu de sa robe de bure; car il appartenait à l'ordre franciscain. Je demandai un jour à un nègre le nom de ce Santo; il me regarda d'un air étonné, et je dus répéter ma question.
— Mais, c'est Sao Bento! fit-il d'un ton cpii voulait dire que mon ignorance le scandalisait.
Dans le courant de janvier, je passai une semaine à la Penlia (la Roche), à l'extrémité de la presqu'île d'Itapagipe, qui termine elle-même la bande de rivage sur laquelle s'allonge la ville basse de Bahia. Il y a là tout un quartier d'usines laides et de villas très gracieuses. La pointe se relève en terrasse plantée d'arbres, du milieu desquels émerge le dévot sanctuaire de Nossa Senhora da Penha. La hahia se présente là, tout entière, comme un lac tranquille bordé d'un rideau de collines uniformtes qui, dans la lumière pure, se colorent en bleu pâle. Le paysage a un ca-
ractère doux et reposant. On peut trouver qu'il y manque quelque motif un peu saillant, cjuelque silhouette de montagne pour rompre la monotonie de ces lignes basses.
Entre la Penha et la cité de Sao-Salvador s'avance le promontoire de Bomfim, qui, avec son église toute blanche, flanquée de deux tours à contrevents verts, forme une des notes les plus gaies du panorama de la vieille capitale. Nosso Senhor Jésus de Bomfim (littéralement de la Bonne Mort) est l'objet d'une dévotion très expansive et très bruyante, selon l'usage de ce pays. Nous sommes précisément à l'époque de la grande neuvaine annuelle. Tous les soirs l'église et les tours sont illuminées, et le bruit des musiques et des pétarades nous arrive en glissant sur les eaux sans rien perdre de son intensité. A l'occasion de la fête, l'église reste ouverte pendant le jour; j'ai donc pu la visiter. On y accède par une esplanade en pente douce, au milieu de laquelle se dresse la statue en marbre blanc du Christ Rédempteur du monde. En ce moment, la place est encombrée de baraques, de jeux de foire, d'exliibitions sensationnelles, de chevaux de bois : toute la civilisation. Dès le seuil de l'édifice, ou aperçoit dans le fond le Bon Jésus à qui il est dédié. C'est une reproduction d'un grand crucifix, très réaliste, vénéré à Setubal. Elle fut apportée à Bahia, vers 1740, par le capitaine Rodrigue de Faria qui a voulu être enterré tout près de la sainte image. La nef unique, grande et bien proportionnée, ne manque pas d'une certaine beauté. J'y ai remarqué, comme dans plusieurs autres églises de Bahia, la voûte en bois, ornée de peintures à fond de sépia, qui est, paraît-il, de tradition dans l'architecture portugaise. Dans les bas-côtés se trouvent de beaux spé-