‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 30 sur 105 · DE BAHIA A RIO DE JAMJIRO · texte numérisé non relu

DE BAHIA A RIO DE JAMJIRO

De Bahia à Rio de Janeiro, l'indicateur maritime marque 736 milles, soit 1.420 kilomètres environ. En ce pays-ci les distances se comptent par gros chiffres. Nous nous imaginons faire un voyage quand nous allons en Algérie; 800 kilomètres en mer! Quand les Brésiliens veulent se rendre à Rio de Janeiro leur capitale fédérale, ils ont, s'ils viennent du nord, des traversées de 1.420, 2.100, 3.600, 4.000 kilomètres suivant qu'ils s'embarquent à Bahia, à Pernambuco, à Sao Luiz du Maranhao ou à Bélem du Para. La distance est de 6.000 kilomètres pour ceux qui partent de Manaos, la capitale de l'Amazone. Du côté du sud, on est moins éloigné du centre. Pour venir à Rio de Janeiro, de Porto-Alegre capitale du Rio Grande do Sul, l'Etat le plus méridional de la Confédération, on a seulement à naviguer l'espace de 1.800 kilomètres.

Nos vapeurs des Messageries maritimes couvrent le petit trajet de Bahia à Rio en 52 heures environ. C'est à peine le temps de s'installer. On comptait un peu sur les baleines pour agrémenter le voyage. Elles apparaissent en effet par bandes nombreuses en ces parages pendant une moitié de l'année, de juin à décembre. On les poursuit et on les capture jusque dans la baie de Tous-les-Saints ; il n'y a guère plus de quarante ans que le gaz a détrôné l'huile de baleine pour l'éclairage de la ville de Bahia. Dans l'île d'Ita pagipe où se fait le dépeçage des monstres, on voit des clôtures de jardins en os de baleines. Notre attente fut déçue; les voyageuses étaient reparties pour les mers polaires.

La poésie brésilienne a célébré l'amour maternel des baleines ; c'est en effet pour mettre au monde leurs petits qu'elles viennent de si loin chercher des eaux dont la température sera plus clémente à leur délica-

fesse. Mais il paraît qu'il j a bien d'autres espèces qui sont attirées par un motif analogue vers les côtes du Brésil. A plusieurs reprises le Magellan creuse son sillon dans des eaux jaunâtres, d'apparence épaisse et visqueuse, et cela sur un espace de plusieurs centaines de mètres. Je pensai d'abord que c'étaient des débris végétaux charriés par l'estuaire de quelque ; fleuve. Mais la côte est à peine perceptible et la carte %^ n'indique aucun rio de quelque importance ; Fexpli- I cation n'est donc pas admissible. Intrigué, j'allai aux informations et ce ne fut pas sans quelque stupéfaction que j'appris que l'on naviguait ainsi dans du frai de j^oisssons. Oh! alors, l'Océan n'a pas à craindre le fléau de la dépopulation.

Tout le parcours de la baie de Tous-les-Saints à celle de Rio de Janeiro se fait en longeant la côte dont le relief est assez puissant pour se laisser apercevoir à 40 ou 50 milles au large. Pendant des heures, grâce à la transparence de l'air, l'œil peut suivre le profil des serras nettement découpé sur un ciel laiteux. C'est le cas de jeter un regard d'ensemble sur ce pays si merveilleusement doté par la nature et que rend plus attachant encore le demi-mystère dont il est resté enveloppé juscpià ce jour. Pour goûter l'histoire, et même pour la comprendre, il n'est rien tel que de voir les lieux oîi se sont déroulés les événements. Aussi bien nous voici par le travers de Porfco-Seguro où Pedro Cabrai aborda pour la première fois, il y a un peu plus de 400 ans. En face du mont Pascoal que je devine à l'horizon, j'ai relu le récit du descohrimento du Brésil. Chose étrange, les Portugais le trouvèrent par hasard en cherchant autre chose ^

1 « Queo descobrimento do Brazil fosse obra do acaso hoje iiiio se pode mais duvidar, » Galanti. Historia, do Brazil. T. I, p. 31.

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