VEGETATION TROPICALE
fîsante pour les besoins de la population. La pluie est ici avec le vent, le grand agent de la salubrité publique. Un proverbe local le constate : Havendo chuva, saude ; faltando chuva, doença. Avec la pluie, santé; pas de pluie, maladie.
C'est l'abondance des précipitations pluviales, combinée avec une chaleur constante, qui produit cette prodigieuse puissance de végétation, caractéristique de certaines régions tropicales. Toutes les manifestations n'en sont pas également agréables ; il y en a de fort ennuyeuses, quel que soit d'ailleurs leur intérêt au point de vue scientifique. S'il vous arrive d'oublier pendant quelques jours un objet de valeur en cuir, valise, étui, écrin, vous êtes bien sûr de le retrouver couvert d'une petite forêt vierge de moisissure. Une reliure en maroquin peut être ainsi envahie et gravement endommagée en l'espace d'une nuit. J'en ai fait l'expérience à mes dépens.
D'autre part, je ne sais pas si la botanique offre rien de plus curieux à étudier que les parasites de la flore brésilienne. Aux alentours de Bahia et dans la ville même on voit des arbres remarquables par leur taille et leur aspect robuste; toutefois, nos platanes et nos chênes n'ont rien à leur envier à cet égard; mais ce qui est vraiment merveilleux, c'est la multitude et la variété des étrangers que ces beaux arbres sont obligés de recevoir et de loger sur leurs branches, et sans doute aussi de nourrir de leur substance. Ce ne sont pas des mousses ou des lichens comme chez nous, mais des touffes de cactus, qu'on prendrait pour des aloès, des plantes grimpantes qui entourent le tronc et les branches d'un manchon de fourrure verte, d'autres qui retombent en longues franges jusqu'à terre. Et ce ne sont pas seulement des espèces pa-
rasites qui s'installent ainsi à demeure sur un végétal hospitalier; ce sont des plantes quelconques, des palmiers, parfois même de véritables arbres; une graine a trouvé asile dans une ride de l'écorce; elle se développe, pousse sa racine et sa tige, comme dans le sol nourricier, tant la force vitale est active et irrésistible. Ce que j'ai vu en ce genre à Bahia même est à peine croyable. On m'apporta un jour une feuille d'oranger sur laquelle avait poussé une miniature de plante, haute d'un bon centimètre.
Naturellement la vie animale pullule avec la même intensité; et il semble bien que l'exubérance de la végétation ait pour corrélatif la voracité de l'insecte. Trop souvent même c'est l'insecte qui a le dernier mot. Plantes et arbres ont au Brésil un ennemi terrible, la fourmi. En bien des cas le travail du cultivateur consiste presque uniquement à détruire cet ennemi ou tout au moins à l'empêcher de nuire. La nature fera le reste. Dans les jardins maraîchers, dans les grandes cultures même, il y a toute une industrie, il faudrait dire toute une stratégie à mettre en œuvre pour avoir raison des colonies ravageuses. Il y a des gens qui n'ont pas d'autre métier que de traquer les fourmis; on invente sans cesse de nouveaux hormicidas pour lesquels les murs se couvrent de réclames. Ce sont généralement des produits qui dégagent par la combustion des vapeurs toxiques qu'une soufflerie assez puissante doit envoyer jusqu'au fond des galeries souterraines. Alors même qu'il ne resterait pas une fourmi vivante sur un domaine de plusieurs hectares, on n'est pas pour cela en sécurité. Un vol de femelles ailées peut s'abattre d'un moment à l'autre, ici ou là, et bientôt, si on laisse faire, une armée plus nombreuse remplace celle