L ABBAYE DE SAO-BENTO
noyau primitif, comme éparpillée à travers un océan de verdure, verdure un peu pâle, moins tendre et moins veloutée que celle de chez nous, mais qui a l'avantage de durer toujours.
Si les villas gracieuses abondent dans les quartiers excentriques, par contre le cœur de la cité est plutôt pauvre de monuments. On n'en citerait pas un seul de premier ordre. La Candelaria, la plus belle église de Rio, n'appartient pas à cette catégorie. Le vaisseau, de style Renaissance, est parfaitement correct, de belles dimensions et luxueusement décoré de peintures et de mosaïques ; sa façade, toute en moellons de granit, ne manque pas d'une certaine majesté : son dôme et ses campaniles s'enlèvent avec grâce sur le front uniforme que la ville ancienne allonge au bord de la baie entre les deux morros. Néanmoins, on voudrait autre chose dans une grande métropole. La cathédrale est un joli salon, blanc et or ; j'en dirai autant de Sao Francisco de Paula, toute lambrissée du pavé à la voûte inclusivement, et peinte au blanc de céruse, avec force sculptures et enjolivures. Ces églises — et elles sont nombreuses, moins qu'à Bahia pourtant — m'ont paru décorées richement, bien qu'avec une sobriété relative, et entretenues avec beaucoup de soin et de propreté.
La plus remarquable assurément est encore Téglise abbatiale de Sao-Bento. Le monastère couronne le morro auquel il a donné son nom ; voilà au moins un édifice où l'on n'a pas épargné les blocs de granit ; j 'y ai vu des embrasures de fenêtres de deux mètres de profondeur. Le cloître, avec sa belle architecture un peu massive, vous donne une impression de force et de durée, à quoi on n'est pas accoutumé dans cette capitale qui a poussé trop vite et où il y a
trop de bâtisses neuves, qui font penser aux villes d'eaux. L'église est, plus encore que le cloître, marquée de ce caractère vénérable. Le style en est mal défini, la voûte trop basse, les dimensions très modestes ; mais, comme le cloître aux azulejos de Sao- Francisco à Bahia, cette église constitue à elle seule un véritable musée. Toutes les surfaces, parois et colonnes sont revêtues de boiseries, non pas de placages à moulures, mais de bois épais, sculptés et fouillés en pleine œuvre, reproduisant en haut relief les spécimens les plus variés de la flore et de la faune tropicale avec, çà et là, des personnages de diverses grandeurs, et le tout couvert d'or, mais d'un or éteint par le temps, qui n'a plus rien d'aveuglant ni de criard, qui rutile discrètement, juste assez pour vous faire apercevoir, comme en une vision apocalyptique, une église toute en or! Ainsi émoussée, la dorure se contente de rehausser, et si je puis dire, de mettre en valeur un prodigieux travail de boiserie, sans attirer l'attention sur elle-même.
A défaut d'autre monument, Rio de Janeiro peut présenter son hôpital général qui ferait honneur à n'importe cpielle ville de premier ordre. La Santa Casa da Misericordia est aussi ancienne que la cité elle-même; elle a grandi avec le temps, et elle est aujourd'hui riche et puissante. Outre l'hôpital général, elle administre plusieurs autres établissements charitables. Je trouve dans le Rapport annuel de 1907 présenté par le Provedor de la vénérable Irmandade, des chiffres intéressants à plusieurs points de vue. Ainsi le plan d'assainissement et de transformation de la capitale aurait eu pour effet, en l'espace de cinq années, de faire exproprier ou interdire 205 immeubles appartenant à la Santa Casa, et représentant un