‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 44 sur 105 · LA YIE INTELLECTUELLE A RIO · texte numérisé non relu

LA YIE INTELLECTUELLE A RIO

ture, qui est une honte pour notre pays, ont ici un succès désolant. Les livres français qu'on voit aux mains des voyageurs en chemin de fer et sur les bateaux sont généralement de ceux qu'un honnête homme ne touche qu'avec des pincettes.

Tout compte fait, « le goût du livre, écrit un bibliophile brésilien, est un produit de la culture encore peu développé dans notre société. » Et entre autres causes de ce retard, il estime qu'on doit mentionner, « comme le faisait déjà avec tristesse le savant Humboldt, les conditions climatériques qui rendent difficile la conservation des livres ; c'est à savoir l'humidité de l'air et l'effroyable puissance de destruction des races de bestioles, si nombreuses que leur seule description remplit tout le volume de l'Anglais Gordon Dufî : Les ennemis du livre.

« Ce qui n'empêche pas, continue le bibliophile, qu'on ne lise beaucoup en notre pays. » Je découpe dans le Journal officiel de la République un alinéa qui jette quelque lumière sur ce point :

Durant les 24 jours du mois de février 1908, pendant lesquels la Bibliothèque nationale a été ouverte, on y a compté 3589 personnes, qui ont consulté 1658 documents, 4880 volumes imprimés, 553 manuscrits, etc

Les ouvrages imprimés se répartissent ainsi : Annuaires et Revues, 92; Arts et Industries, 42 ; Beaux-Arts, 42; Droit, Législation, 278; Histoire du Brésil, 62; Histoire, 120; Littérature, 985; Littérature brésilienne. 518; Sciences médicales, 524; Sciences naturelles, 172; Mathématiques, 126,... etc.

Ouvrages allemands, 19; espagnols, 33; anglais, 54; italiens, 30; français, 1093; portugais, 2472.

Les manuscrits consultés sont relatifs à l'histoire du Brésil, et tous en portugais.

Parmi les sociétés savantes qui témoignent de Tac-

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tivité intellectuelle de la capitale, je citerai tout au moins la doyenne d'âge. U Institut historique et cféographique brésilien date de 1848. Il comptait parmi ses membres l'empereiiir Don Pedro; auciui n'était plus assidu que lui aux réunions ; son fauteuil est encore en place dans la salle des séances; par respect pour la mémoii'e du souverain, on le laissie inoccupé. Le 30 janvier de cette année (1908), il y avait à V Institut séance solennelle ; le vieux marquis de Paranagua transaneitait la présidence au baron de Rio- Branco, minière des Affaires étrangères ; il y eut naturellement échange de félicitations et fcM'ce discours du genre académique. J'ai déjà dit combien cette éloquence est familière «tu^ Brésiliens. Les dis^ cours de celte soirée, reproduits in extenso dans les grands périodiques du lendemain, en fournissent encore; des spécimens intéressants et très curieux. J'en extrais seulement un petit aliKkéa^ 0;ù l'on entend un écho des kynines bahianais en l'honneur de M. Ruy Barbosa. L'orateur s'adi-esse au nouveau pjé&ide;at :

Tout récerameat, à hi Haye, notre ambassadeur, tel les généraux de la Révolution fraiiçais.e, a battu l'Europe coahsée; et cette fois, à l'Europe sétait encore alliée l'Amérique du Nord ; Rio-Branco, lui^ en dirigeant la campagne du foud de sou cabinet lointain, a réalisé le glorieux surnom de Lazare GarnOt, Vorg^anisateur de la vicioirel (Longs et chaleureux applaudissements.)

L'Institut fait mieux que des séances d'apparat; il a réuni une fort belle bibliothèque qui occupe tout un étage du vaste couvent des Carmes, devenu sa propriété. La collection des Mémoires qu'il publie en est arrivée au quatre-vingt cinquième volume. C'est le plus riche répertoire qui existe pour l'histoire et la géographie de l'Amérique du Sud.

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Les homnjes de lettres ont voulu, eux aussi, constituer rAcadémie brésilienne à Finstar de l'Académie française ; elle se compose également de quarante écrivains les plus méritants; j'ignore si le cénacle est au complet; l'Académie date seulement de 1896. On a commencé une anthologie des Immortels brésiliens. A mon liumble avis, ils ont bien raison de s'entr'aider et de s'assui^er la force qu'on trouve dans l'union. Nous savons trop que, même dans la république des lettres, la gloire ne va pas d'elle-même au mérite; là aussi il faut <( organiser la victoire. » Je ne suis pas à même de juger la valem* respective des littérateurs portugais de l'un et de l'autre coté de l'Atlantique; nxais je lis dans un classique brésilien : <( Il y a chez nous des hommes qui savent écrire en portugais ; cependant jamais un de nos écrivains, fût -il un Gonçalvez Dias ou un Alencar, n'a eu l'honneur de figurer dans un recueil de morceaux choisis des auteurs portugais. » L'exclusion n'e&t peut être pas inspirée par des motifs d'ordre purement littéraire. Puisse la jeune Académie obliger, à force de talent, les gardiens un peu jaloux du Temple de Mémoire portugais, à lui en ouvrir les portes!

S'il a ses gloires littéraires, encore disculées par les aristarques de la mère-patrie, le Brésil a aussi ses gloires scientifiques. Je me garderai d'en dresser le catalogue ; mais il n'est pas permis de passer sous s^ilence la part qui revient à la science brésilienne dans l'invention qui passionne en ce moment le monde entier et dont personne ne sam^ait encore calciiler les conséquences. Je veux parler de la navigation aérienne. Dès 1891, un Brésilien, Julio César Ribeiro de Souza, veaaait faire à Paris des essais de dirigeable, avec son ballon Victoria ; dix ans plus tard, Augusto Severo de

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Albuquerque les renouvelait, d'abord avec succès, puis, malheureusement, venait s'écraser sur l'avenue du Maine dans une chute de 300 mètres. On se rappelle l'affreuse catastrophe du ballon Paz, le 12 mai 1902.

Un autre Brésilien a poursuivi la conquête de l'air avec plus de bonheur. Aucun nom n'a été plus populaire chez nous que celui de Santos-Dumont. Peutêtre bien est-ce parce qu'il est plus d'à moitié français. En tout cas ce nom figurera en bonne place parmi ceux des modernes conquistadores.

Mais, chose bien curieuse, le Brésil, quand il n'était encore qu'une colonie du Portugal, avait fourni un précurseur de l'aviation. Le 8 août 1709, un religieux brésilien, originaire de Sao-Paulo, le Père Bartholomeu Lourenço de Gusmao, s'était élevé dans les airs, à Lisbonne, devant toute la cour et une immense multitude de peuple. Son appareil, dont les estampes du temps ont conservé la figure, s'appelait la Passarola (l'oiseau) ; l'inventeur fut surnommé le Padre Voador (prêtre volant j; on n'était pas loin de le tenir pour sorcier. Comment se fait-il que personne ne parle de cet homme qui semble avoir résolu le problème de l'aviation près de quatre-vingts ans avant la première ascension de Pilàtre de Rozier en montgolfière et deux siècles avant les découvertes actuelles? Seraitce parceque l'inventeur brésilien avait le tort d'être prêtre^?

1. Cette année (1909), la navigation aérienne étant devenue la grande préoccupation du genre humain, on s'est souvenu du P. de Gusmao. A Paris même le journal Le Brésil a revendiqué pour lui le titre de précurseur de l'aviation. Une Revue savante du Portugal, Broteria, dans le numéro de septembre, a consacré à sa personne et à son œuvre un long article intitulé Le deuxième Centenaire de r invention des ballons. En voici la conclusion : « Il est vrai que les études de Gusmao n'ont pas eu d'influence sur celles qui furent faites plus tard ; mais il n'est pas moins certain que la

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