LE MUSÉE NATIONAL
ci-devant résidence impériale. L^édifîce s'élève au sommet d'mie colline, ou plutôt d'un renflement de terrain en pente douce, au centre d'un vaste parc à l'anglaise, avec pelouses, pièces d'eau, bosquets de grands arbres et rideaux de palmiers. De la terrasse la vue est admirable, d'où le nom donné à la Quinta de Boa-Vista^. On embrasse tout le panorama de la ville et de la baie, avec, comme à portée de la main, l'éventail de Ja Serra de Tijuca, couverte du haut en bas de son manteau de forêt vierg-e.
Dès l'entrée du palais, au milieu d'un somptueux vestibule, une pièce rare attire l'attention. C'est un aérolithe, de forme capricieuse comme un mâchefer énorme; il fut trouvé il y a vingt ans dans l'Etat de Bahia. Son poids, dit l'inscription, est de 5700 kilos; son volume de 800 décimètres cubes ; il entre dans sa composition 95 °/o de fer, 3,5 °/o de nickel, etc. Malgré soi on devient rêveur devant ce bloc tombé du ciel. Le gros aérolithe du Muséum de Paris pèse seulement 600 kilos.
L'ancien palais de Don Pedro II est vaste sans doute, mais les collections d'histoire naturelle du Musée demanderaient encore beaucoup plus d'espace qu'il n'en peut offrir. Il faudrait plusieurs palais semblables pour loger convenablement les spécimens des trois règnes dans cet énorme et prodigieux Brésil. On aimerait à voir en bonne place, et non pas égarés dans la cohue, ces animaux étranges, ces oiseaux merveilleux, ces serpents innombrables. J'entends dire que le Brésil en possède environ quinze cents espèces. Effroyable opulence! Mais toutes ne sont pas dangereuses ; celles-là sont même, paraît- il, en
1. Quinta, en espagnol et en portugais, jardin, maison de campagne ; à Bahia, on dit de préférence roça.
assez petit nombre. Six ou sept toat au plus seraient armées de la glande venimeuse. Soit; mais si ces espèces pullulent ! Les plus redoutables sont de taille très médiocre ; tel ce terrible cascavel, comme on appelle ici le serpent à sonnettes ; gros comme le doigt, loïig de trente à quarante centimètres, de couleur indécise, il pourra se dissimuler sous une feuille ou un fragment d'écorce; et ce n'est pas même sa sonnette, c'est-à-dire le frottement des anneaux de sa queue, qui vous avertira de vous garer; quand on l'entend, il est d'ordinaire trop tard. A tout prendre, mieux vaut avoir affaire à ces magnifiques boas, de cinq à six mètres de long ; ceux-là du moiins manifestent leur présence.
Le Brésil offre à vos regards dans son Musée National bien d'autres horribles bêtes dont ses sertaes sont pourvus plus abondamment qu'aucune région du monde. Il y a là dans les bocaux de monstrueux scorpions, d'affreUx myriapodes. - — « Voyez, me dit mon cicérone, l'aimable docteur Carlos S..., voyez ces petits crochets au bout des pattes; quand l'animal s'agrippe à un honnne, ces crochets entrent dans la chair, et il nous faut arracher les pattes une à une ; la bête se laisse mettre en pièces plutôt que de lâcher prise. »
Quelque chose de plus hideux encore, ce sont les araignées velues et larges comme la main, venimeuses aU point de donner la mort. Une autre famille brésilienne qui attire l'attention, est celle des chauves^ souris, à laquelle appartiennent les vampires. Chez cette race curieuse, la souris atteint la taille d'un rat dégoût, au moins en longueur, tout en restant svelte. Gomme il arrive dans les régions tropicales que l'on dorme les fenêtres ouvertes, et que souvent mêmCj il