LA PRESSE PÉRIODIQUE
n'y a pas de fenêtres à fermer, le vaMpire entre dans les maisons comme chez lui, il s'approche des gens endormis, rafraîchit les membres qu'il trouve à sa portée en agitant ses ailes, puis tout doucement se met à sucer le sang. Il s'y prend si bien que jamais il n'éveille le dormeur. Je raconte d'après le témoignage d'un Brésilien qui pouvait dire : Experto crade Roherto. Il aA^ait paf deux fois subi l'oiDeration de la saignée nocturne.
Mais le Musée National n'est pas seulement un ]\Iusée des horreurs. Le Brésil y montre en raccouci son incomparable richesse ; les galeries des minéraux vous .ménagent un ébloùissefftent. Il y a des vitrines où l'on a positivement entassé des monceaux de pierres précieuses. On sait que l'Etat de Minas Geraes a pris son nom des gisements miniers de toute sorte qu'il possède. Une de ses principales villes, Diamantina, porte également un nom assez expressif. Le Btésil fut à une certaine époque le grand fournisseur de joyaux du monde. Depuis, il a été supplanté par d'autres pays ; ce n'est peut-être pas que ses ressources soient épuisées, mais les conditions d'exploitation sont, paraît-il, peu favorables. Puis, de nos jours, le charbon, le fer, le cuivre, le caoutchouc ont plus de valeur que les améthystes et les saphirs.
On ne peut évidemrnent parler de la vie intellectuelle d'une grande cité sans faire mémoire, tout au moins, de la presse périodique. Je n'ai pas la prétention de porter un jugement d'ensemble sur celle de Rio de Janeiro. Voici toutefois quelques notes sommaires recueillies au jour le jour.
Tout d'abord l'industrie du journal ne semble pas avoir encore atteint à Rio de Janeiro le déveloprpement
qui convient à une grande capitale moderne. La production serait peu abondante, parce que la demande est plutôt restreinte. Le plus important journal de Saint-Paul publiait à ce sujet, il y a peu de temps, une Lettre de Rio remplie de doléances. J'en détache un passage qui me parait instructif à plusieurs égards.
La presse de Rio de Janeiro est pourtant excellente comme presse d'information. Elle ne se contente pas de collectionner les nouvelles d'une manière quelconque ; elle va plus loin; elle s'offre le luxe de l'illustration; elle se ruine pour donner, à l'instar des opulentes feuilles yankees, le télégramme détaillé qui nous décrit par le menu les faits les plus lointains, l'article de spécialiste qui nous éclaire sur le problème du jour le plus complexe.
Et le public, pour qui on fait ces sacrifices, s'en désin-" téresse; il ignore les faits qu'on lui raconte, pour la bonne raison qu'il ne lit pas les journaux et ne veut pas les lire.
Le nombre des abonnés de n'importe quel journal carioca, une vraie misère! La vente au numéro, une honte!
J'étais déjà persuadé que c'étaitlà une conséquence de la forte proportion des illettrés dans la population de Rio. Toutefois, après une étude personnelle de la question, j'ai été amené à conclure purement et simplement que, si chacun de ceux qui savent lire achetait un journal, comme en Argentine ou en Europe, le tirage des journaux cariocas serait au moins quatre ou cinq fois plus fort qu'il n'est actuellement.
Admettons que sur les 800.000 habitants de la capitale 30 pour 100 savent lire ; voilà 240.000 lecteurs. Deux cent quarante mille ! Le tirage de nos journaux du matin et du soir réunis n'atteint pas la moitié de ce chiffre.
C'est une honte ! [Estado de Sao-Paulo, 21 mars 1908. Lettre de Rio.)
Rio possède pourtant une bonne demi-douzaine de feuilles quotidiennes, de très grand format. Le plus ancien et le plus puissant, le Jornal do Commercio, fut fondé en 1820, par deux Français, les frères Picot. Il y
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a 9 colonnes à la page, et pas moins de 8 à 12 pages de texte fin et compact. Il n'est pas le seul à donner abondance de papier et de copie. Mais ne serait-ce pas (( l'abondance stérile » dont parle notre vieux Boileau? En tout cas, si V information est copieuse, l'idée ne l'est pas autant. Des enfilades de télégrammes qui souvent se répètent ou se contredisent ; des noticias (petites nouvelles) en quelques lignes, des listes interminables de noms de personnes qui ont pris part à une réception, assisté à une messe, etc. ; on ne vous fait pas grâce d'une signatiure du registre; j'en ai vu parfois cinq ou six colonnes d'affilée, par exemple, lors des services célébrés dans différentes églises pour le roi de Portugal et son fils ; enfin des pages et des pages de réclames et d'annonces de toute sorte. 11 y a généralement une place libre, sous la rubrique a pedidas, où cl^acun écrit, en payant, ce qu'il lui plaît. C'est bien, en somme, le système américain, qui a résolu le problème de remplir beaucoup d'espace avec peu de substance.
Il faut rendre cette justice à la presse de Rio, qu elle se montre, sauf de rares exceptions, respectueuse de la religion et de la morale. Elle ne compte pas une seule feuille du genre Lanterne; pas une qui fasse profession de manger du curé. Il est vrai que, sauf le trop modeste Hebdomadario catliolico, de l'excellent D"^ Feiicio de Santos, elle ne compte pas non plus un seul journal catholique. Les grands journaux prennent vis-à-vis de l'Eglise Fattitude de la neutralité, mais d'une neutralité trop souvent empreinte de malveillance. Ils relatent les faits religieux comme les autres ; cela fait partie de l'information . Mais presque toujours les correspondances de l'étranger, les extraits des journaux européens sont choisis
parmi les pires. Le Jornal do Commercio, par exemple, prendra sa correspondance romaine dans Ulndépendance belge; il reproduira des articles de la Lanterne et fera vo-lontiers ainsi de ranticléricali^nie par procuration. Je ne dirai rien des jourijLaux mondains : ils ne sont pas plus dévergondés que nos feuilles boulevardières ; malheurfi^semeiat ils prennent à tâche de leur ressembler.
Je ne voudrais pas laisser croire que les gra^>ds journaux fluminenses ne s'alimentent que de fai<ts et d'informations; il y a aussi parmi leurs rédactews des écrivains de marque, professionnels des sciences politiques et sociales aussi bien que .d,©s arts et de la littérature. Et à ce propos, j^e veux eitcjr icd un article publié dans le Jornal do Commercio du dO février 1908, sous la rubrique de Revue littéraire. L'article est signé de M. José Verissimo, qwi est iQCO(&tes.tablement l'un des littérateurs brésiliens les jdus appréciés à l'heure présente. Il a pour titre : « Le théâtre et la société fraiiçaise contenrkpofaine. » On va voir comment nous sommes jugés à l'étranger, grâce à nos auteurs dramatiques. Il n'est pas inisitile de dire que M. Jo&é Verissimo est le contraire d'un clérical.
M. José Verissimo part de cet aphorisme quil trouve formulé pai^ Royer-Gollard, que « la littérature est l'expression de la société à un moment donné. » Aphorisme qui ne se révise nuUe p^ft plus parfaitement qu'en notre pays. (( La littérature frgpçaise est, comme aucmie autre, la grecque exceptée, l'expression même de la société, pçir suite la pJ#s nationale et la plus sociale de toutes les littératures. Et c'est là la cause essentielle de sa suprématie (prima-
zis). » Mais c'est surtout, paraît:-il, aotre littérature dramatique qui mérite ces élog-es. Le critique brésilien développe et éclaire sa pensée dans des considérations assez longues et inégalemeo^t flatteuses pour l'amour-propre français. Les choses du théâtre prennent dans notre vie nationale une importance absolument excessive ; d'autre part nous exerçons en ce genre une maîtrise incontestée ; le théâtre dans le monde entier est tributaire du notre. « De tout ce qui se joue dans l'un et l'autre liémisjahère, la plus grande et la meilleure partie est ou traduite, ou imitée, ou plagiée, ou adaptée du français. »
M. José Verissimo en vient ensuite à l'examen de la production contemjjoraine de notre théâtre.
De d90o à 1907 on a représenté sur les théâtres de Pai^is plus de cent pièces nouvelles. J'en conna-is au aïoins les trois quarts, et les meilleures ou du moins jugées telles, puisqu'elles ont mérité des éditions spéciales de certaines Revues très estimées en France.
Je voudrais appliquer à ce choix d'œuvres dramatiques, signées des noms les plus reluisants du théâtre français actuel, Lavedan, Donnay, Brieux, Lemaître, Hervieu, Capus, Descaves, Sardou, Hermant, Bernstein, Wolf, Bataille, Mirbeau, Margueritte, etc., je voudrais, dis-je, appliquer aux tendances, aux vues, aux inspirations diverses qui s'y manifestent, laphorisme de Royer-Gollard, et par suite, de ce théâtre dégager la physionomie de la société qu'il représente.
M. José Verissimo reconnaît que, pour être concluante, son analyse exigerait un labeur et des développements que ne comporte pas un article de journal. « Je me contenterai donc, dit-il, de formuler l'impression d'ensemble que je rapporte de la lecture de ce vaste et brillant théâtre. »
Cette impression c'est que, tout d'abord, nous sommes
là en présence d'un art dramatique et littéraire consommé; — un art, aurait dit le P. Vieira, s'il avait daig'né jeter un regard sur ces bagatelles, qui atteint les limites de Is perfection. — Science du théâtre, imagination inventive, langue exquise, dialogue qui semble la copie même de la nature, rien n'y manque de ce qui constitue les chefsd'œuvre du genre. Ce qu'on y dépense d'esprit, de finesse, de grâce et de malice tient du prodige. Et à mon avis, cela n'est point seulement le fait de la supériorité intellectuelle des écrivains français, mais cela vient encore de ce qu'ils reproduisent la vie même, les conversations et les dialogues de la société la plus atîinée et la plus raffinée de notre temps.
Voilà de quoi chatouiller agréablement la vanité de nos auteurs dramatiques. Voici maintenant le revers de la médaille.
Si, au point de vue scénique et littéraire, le théâtre français contemporain paraît avoir atteint la perfection, s'il ne laisse rien ou presque rien à désirer comme aliment de notre curiosité, de notre plaisir, de notre divertissement, il faut avouer qu'il est peu flatteur pour la société dont il met l'image sous nos yeux.
Ce théâtre, tout ce théâtre, obstinément, uniformément, tourne autour de l'amour. « La profanation de l'amour dans notre littérature légère, écrivait Renan, est une honte de notre époque. » Cette profanation, de jour en jour plus audacieuse, j'allais dire plus brutale, est un des traits les plus saillants du théâtre français.
Un autre trait caractéristique de ce théâtre, c'est, la (< gentilhommerie » [fidalguia) de ces personnages. La vie qui s'y déroule est, sauf de rares exceptions, la grande vie, la vie de la noblesse riche ou de la haute et opulente bourgeoisie. Les écrivains français de théâtre, Bourgetpar exemple, n'entreprennent pas la psychologie des femmes qui n'ont pas cent mille francs de rente. De la littérature de cette singulièi'e démocratie de la troisième République le peuple est à peu près complètement absent. Les personnages de ces pièces, à part les utilités et les comparses indispensable, sont tous nobles, gens titrés, tous à particule aristo-
cratique ou bourgeois cossus singeant l'ax'istocratie ; les femmes sont à l'avenant. La scène se passe quasi invariablement dans des maisons très riches, des palais, flesappartements luxueux, entre hommes et femmes habillés à la dernière mode. De là sur la scène française une sorte de monotonie et ce je ne sais quoi d'artificiel qui est inséparable de la haute vie mondaine.
Toujours absorbé parles problèmes de la vie courante oiî l'amour, les relations entre hommes et femmes prennent toute la place, ce théâtre n'aborde jamais, sinon en passant et sans les approfondir, les graves questions d'ordre social et moral qui ont inspiré les Ibsen, les Tolstoï, les Sudermann, et tant d'autres dramaturges étrangers.
Le thème principal, le thème prédominant dans le théâtre français, c'est l'adultère; il évolue presque invariablement autour de l'adultère, etil est bien rare de trouver une pièce française où il n'y ait un adultère en exécution ou en projet. Et parfois, il y en aura non pas un, mais deux et trois. De sorte que, si nous jugeons la société française, ou du moins la société française du théâtre (l'auteur veut dire, je pense, la société qui fréquente le théâtre) d'après ce théâtre lui-même, il faudra en conclure que la situation de la famille y est aussi déplorable que possible. Car, d'après cette littérature, ce nest pas seulement l'adultère qui y fleurit avec la vigueur de nos forêts tropicales, mais c'est une sorte de hantise de l'amour passé à l'état d'idée fixe, comme si les deux sexes ne pouvaient plus se rencontrer sans perdre toute retenue....
M. José Verissimo s'exprime ici et dans les passages qui suivent avec une verdeur que je n'ai garde de lui reprocher, encore que je répugne à traduire. II cite des pièces à succès, Le Voleur^ de Bernstein, entre autres :
Il y a là, dit-il, de telles brutalités d'expressions et de gestes que, avant de les lire, je n'aurais pas cru qu'elles pussent passer ailleurs que dans la littérature clandestine.
Quant à celle de ce théâti'e, que toute la critique exalte comme le produit le plus parfait du génie dramatique français, elle est beaucoup plus immorale, au sens élevé du
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mot, que la littérature naturaliste, contre laquelle cette môme critique ou ses semblables, dans un accès de pudibonderie, lançaient leui-s anathèmes, il y a quinze ans. Les pires romans de Zola et de ses disciples sont, au moins dans leur inspiration et leur but, incomparablement plus chastes que tout ce théâtre et plus forts que toute cette littérature d'alcôve et de lUpanar.
Après cela, M. José Verissiiîlô, on le cotnptend, se sent un peu embarrassé pbtlt> raj3|jlicatidil dû fameux dpliorisme. Il s'éil tire avec des distinctions, et firialement il veut bien nous dire que Moyer-CoUard n'a pas entendu forrtiuler un aiiome niathématique. Et dont!, il n'est peiit-être |3as bien vrai c|uë cet abominable théâtre soit utl rniroir fidèle de la société française. Et la société française n'est pas encore aussi canaille qu'on le pourrait croire si oii la jugeait d'après son théâtre.
Nouâ rëtiiët-dibns M. Jbsé Vëtlsâimb de coilcltire de la Sorte par égard pour notre J)ays ; iiiallléureuseinellt il ne le fait cju'en donnant vme forte entorse à la logi- (jue. Ajarès avoir tant dit que la littérature française drâmatiqttë tlë fait qiie cdjJier et photographier la Vie française, qtle c'est là le secret de ses qualités Sttréminentes, de sa supériorité incontestable et incontestée ^ qu'au surplus les copistes et les photographes sont des artistes prestigieux, comment se peut-il taire que le personnage ne ressemble pas au portrait, ni l'original à la copie?
N'en déplaise à l'ombre vénérable de Royer-CoUard et à soh cortituentàtetir brésilieh, c'est l'aphorisme qui tombe ici à faux. Non, il n'est pas vrai que nos auteurs dramatiques — et l'on peut leUr adjoindre les romdnciers - se soucient de prodtiire sur la scène la vie telle qu'elle est, qu'ils se eonteiltënt de la l"ëgar-
der, d'écouter et de tràtiScHre. La scène est pour eux une tribune comme une autre; les acteurs sont leurs truchements. MM. Wolf et G. Leroux veulent prêcher lartiour libre, le droit de la passion supérieur à toutes les lois et à toutes les convenances sociales. C'est bien simple. Ils introduisent Une jeUhe écervelée qiii ajet '. Son boilnet par-dessus les moulins; Son père la chass :, mais en face se dresse une grande fille mûre, un parangon de vertu, un Lys (c'est le titre de la pièce) qui Crie à sa jeiltie sœur : « Tu as bien fait! » — Est-ce la ferllhie française qui parlé cette langue? — Non, c'est un M. Leroux et tin M. Wolf.
M. Octave Mitbeaù est atteint d'anticléricalisme aigu, sotte de fièVre jâtiné qui sévit chez nous. Aidé d'un niatlœilvl-e juif, il écrit Le Foyer, une pièce où tout le Inonde barbote dans l'ignoble. Naturellement il y thet tin prêtre ; l'abbé est niais et odieux autant qu'il est possitlè de l'être, et rnêrhe davantage. Est-ce qUé le clergé fraiiçais se reconnaît dans ce grotesque ? Et nos hommes d'œuvres catholiques, représentants de rancieîine Uôbleiîse, et par surcroît membres du Parlement et de l'Académie française, est-ce qu'ils se reconnaissent dans le baron interlope qui tient le grand rôle? Allons donc! Le théâtre, expression de la société, est Une formule simpliste qu'il ne faut accepter qUe soUs bénéfice d inventaire. La littérature dramatique française actuelle reflète peut-être une certaine société française, celle où s agitent les gens de théâtre, poUr laquelle la France et le monde finissent où finit le boulevard. Mais il faut être bien myope, ou regarder de bien loin, pour confondre cela avec la société française. Et ctoire que l'on connaît la société française pour l'avoir étudiée dans le théâtre contemporain, c'est à peu près comme si l'on s'imaginait connaître
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Paris pour avoir fait une promenade dans les égouts.
Voilà ce qu'il me paraissait nécessaire de dire à nos amis du Brésil ou d'ailleurs, qui ne voient la France qu'à travers une littérature que des malfaiteurs de plume lui infligent à elle-même comme un opprobre. Et il y aurait à ajouter encore à l'adresse de beaucoup de ceux qui, à l'étranger, la méprisent et la détestent à cause de cette même littérature : Pourquoi donc lui fait-on chez vous si bon accueil? Pourquoi donc ceux qui sont chargés d'alimenter vos théâtres sont-ils si empressés de copier ou de démarquer les pires produits du nôtre? Pourquoi donc dévore-t-on chez vous les romans orduriers fabriqués chez nous? On a vu percer chez M. José Verissimo un faible pour Zola. De fait, nos éditeurs de pornographie n'ont pas de meilleurs clients que certains pays de l'étranger ; l'Amérique latine, en particulier, est un débouché assuré pour cette marchandise. En tout cas, elle s'écoule beaucoup plus au dehors qu'au dedans du pays producteur. Or, la loi économique veut que la production se règle sur la consommation. Cessez de demander le produit importé, les fabricants seront bien obligés de fermer leurs usines.
Et tout de même mes compatriotes feront bien de méditer l'article de M. José Verissimo. N'écrivant pas pour nous, le critique brésilien nous laisse entendre, sans méchanceté, mais aussi sans réticences, quelle considération nous valent hors de nos frontières nos faiseurs de pièces de théâtre, ces maîtres hors de pair, amuseurs attitrés du genre humain, et nos théâtres eux-mêmes, ces théâtres de Paris qui tiennent tant de place dans notre existence, qui occupent de leurs affaires les ministres, les Chambres, les journaux, autant dire le pays tout entier, et qui ont encaissé
pour l'exercice de 1907, le dernier dont nous ayons les chiffres, une recette de 45.753.048 francs et 18 centimes!
C'est à peu près le budget des Cultes, pour toute la France, à l'époque où l'Eglise et l'Etat marchaient le mieux d'accord.
Voilà une bien longue digression, un peu trop longue peut-être. Allons faire une excursion dans les alentours de Rio : on y respire un air plus salubre que dans les théâtres parisiens.