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CHAPITRE VIII

Le Corcovado. — La floresta ricicional. — Petropolis. — Le CoUegio N* S* de Sion. — Le tribut au climat. — Nova-Friburgo. — Le CoUegio Anchieta. — Quelques spécimens de la flore brésilienne.

— Le « Royaume des Palmiers. » — La Palma-Mater et le Palmier royal. — La Fazenda de Santa-Fé. — La baie de Rio la nuit.

— Un peu de réclame.

Quiconque débarque à Rio de Janeiro, ne fût-ce que pour quelques heures, se fait un devoir de rendre une visite au Corcovado.

L'ascension à pied tenterait peu d'amateurs ; et pourtant ce serait la bonne méthode pour jouir d'un chemin délicieux qui monte en lacets à travers la forêt vierge. Mais le Corcovado, comme toute montagne qui se respecte, est muni d'un chemin de fer. D'autre part, un tramway électrique vous conduit par la route de l'ancien aqueduc à la station de Silvestre, qui marque à peu près la moitié de la hauteur. Au surplus, les ascensions pédestres en pays tropical ne sont pas de bonne hygiène, et moins encore ressemblent-elles à une partie de plaisir.

Le chemin de fer du Corcovado attaque la montagne au fond du joli vallon des Larangeiras (les orangers); le train se compose dun unique Avagon poussé par une petite locomotive qui avance en saccrochant par une roue dentée à la crémaillère. La rampe a un déve-

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loppement de 3. 500 mètres. Le trajet dure quarante niinutes environ, non compxns un arrêt assez long à l'hôtel des Paineiras. On est toi^t le temps en pleine forêt. Il m'est arrivé dp suivre du regard, au belvédère de Silvestre, la montée du train; la bête d'acier crachait un horrible nuage de fun^ée noire ; elle soufflait avec im vacarme doublé par les échos des ravins. Je compris l'indignation des âmes poétiques devant ce triomphe insolent de la machine sur la jJaisible et silencieuse nature. Certes, la majesté des solitudes de 1^ Serra cjo mar n'a rien gagné à être traversée par un cheiftin de fer. Mais on lui pardonne de profaner ces sites que sans lui on ne connaîtrait pas. La locomotive vient enhn se blottir au pied d'une paroi perpendiculaire; on achève l'ascension par des escaliers taillés dans le rocher et l'on atteint la petite plate-forme du sommet, couverte tout entière par un kiosque. L'impression qui vous saisit à ce moment est de celles qu'on désespère de rendre. J'ai eu entre les mains, pendant mon séjour au Brésil, un ouvrage monumental publié tout récemnient par la colonie italienne de Saint-Paul ^ Je lui emprunte un petit alinéa qui me paraît exprimer quelque chose de la vérité :

Aucun spectacle ne peut se comparer au prodigieux panorama qui se découvre du haut du Corcovado : la baie, les montag^nes. la ville, l'océan sans limites, les îles verdoyantes qui se détachpfit sur 1 azur, toutes les gloires et toutes les splendeuii's d'un paysage exubérant, fantastique, inci^oyable, sont embrassées d'un coup d'œil; un nionde dune majesté inouïe est enfermé dans un regard.

Ce n'est pas de qnoi donner mie idée quelconque du panoran>a lui-niême, je le gais; mais vraiment tout

1. Il Brazil e gli Italiani. In-folio de 1226 pages très ricliement illustré. Armenino, édit. Milano, Genova, 1906.

ce que l'on peut faire quand on a devant soi une vision sublime, c'est de crier son admiration, puis de se taire et de contempler dans le recueillement. C'est le parti auquel je m'arrête. J'ai essayé, toutefois, de déterminer la caractéristique de certains détails de cet extraordinaire paysage. La ville immense m'est ^ apparue découpée en longues tranches par les contre- 1 forts de la Serra qui s'avancent vers la baie ; les morros épars çà et là me font l'effet de fragments de montagnes, détachés de la chaîne et poussant en avant-garde jusqu'au bord de l'eau; les îles ellesmêmes semblent des pièces arrachées au manteau de forêt qui enveloppe la Serra ; car c'est bien elle, la floresta brésilienne, avec son tissu si fourni, si étoffé, avec ses teintes profondes, le vert intense de ses frondaisons, c'est elle qui habille tout le paysage, qui garnit, si l'on peut dire, le berceau splendide que les montagnes font à la cité, et où elle étend dans tous les sens ses membres capricieux.

La floresta, disons la forêt vierge, de la chaîne montagneuse qui encadre Rio, procure à la capitale du Brésil les agréments d'un parc naturel incomparable. Il n'y a pas, à proprement parler, de solution de continuité ; la forêt commence où les maisons finissent; çà et là même, les maisons se sont glissées jusque dans le bois. Heureusement, on s'est avisé d'en faire une propriété nationale. Désormais, la floresta est assurée de garder son caractère ; on y a tracé des chemins et des sentiers, mais on ne l'exploite pas. La végétation tropicale peut y déployer sa fantaisie puissante et sa grâce sauvage. Les arbres n'y sont point de taille colossale ; ce n'est guère possible dans cette cohue où tous les genres et toutes les espèces de la flore brésilienne veulent avoir leur part

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