‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 51 sur 105 · FLORE BRÉSILIENNE · texte numérisé non relu

FLORE BRÉSILIENNE

cription. Trente à quarante élèves sont restés au collège ; les pauvres enfants auraient à faire des voyages de i'2 à 15 jours pour rentrer dans leurs familles, et autant pour revenir. Ce seraient des vacances coûteuses et peu reposantes. Les Pères s'ingénient pour leur rendre le séjour du collège supportable; c'est ce que d'illustres maîtres en pédagogie, comme M. Gabriel Compayré, reprochent aux Jésuites « qui s'entendent, dit-il, à dorer les barreaux de la cage. » On voudrait les y voir.

G est bien la vie de famille qu'on mène au collège Anchiéta en cette fin de vacances ; le Père recteur en personne tient le piano et le Père préfet joue du violon dans les petits concerts du soir. On organise des parties de toute sorte ; certains jours on amène au collège toute une cavalerie; chacun a sa monture, et Ion part en expédition pour aller faire la dînette au bord dun Rio grande quelconque. La joie alors tient du délire; ces enfants brésiliens sont un peu comme les Arabes, cavaliers de naissance ; leur bonheur c'est de se lancer à fond de train en agitant les bras pardessus leur tête pour exciter l'animal.

Je consignerai ici quelcpies observations recueillies pendant ce séjour à la montagne. Grâce à l'altitude, le climat de Nova-Friburgo est, comme je l'ai insinué déjà, bien plus clément et plus salubre que celui de la région inférieure. Le thermomètre y descend parfois jusqu'à 0°. Par suite, la végétation n'est plus exclusivement celle de la zone tropicale. La vigne veut bien y donner du raisin. Le raisin! J'ai cru constater qu'on en est plus friand qu'ailleurs dans les pays qui se refusent à le produire. Nos montagnards plantent de la vigne dans le voisinage des sapins ; les

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habitants des tropiques veulent en avoir à l'ombre des palmiers et des bananiers.

Le raisin ne vaut pas mieux ici que là : mais c'est du raisin. Les Pères du collège Anchiéta en récoltent assez abondamment dans les jardinets qu'ils ont créés sur le flanc de leur montagne ; et ils le trouvent bon. Il leur rappelle le pays !

Les fleurs, elles aussi, prennent dans cette atmosphère relativement tempérée une délicatesse et une grâce qui leur manque d'ordinaire dans les climats trop chauds. Dans la cour intérieure du collège transformée en parterre je vois des roses qui feraient l'admiration de nos amateurs. J'y remarque des touffes de bégonias à grandes feuilles d'une incroyable richesse de dessins et de coloris ; je crois reconnaître encore la variété que les jardiniers de Paris appellent bégonia versalliensis; mais ici la plante a un mètre et demi de hauteur et la retombée des grappes de fleurs roses est d'un effet charmant.

Pendant que j'en suis à ce gracieux chapitre, je signalerai quelques arbres qui sont en cette saison l'ornoment de la campagne brésilienne. Il en est un tout d'abord dont je fus longtemps à chercher l'état civil; un grand savant de Rio de Janeiro m'apprit enfin qu'il appartient à la famille des mélastomées, et qu'on l'appelle communément flor da quaresma (fleur du Carême). Gomme tous les noms populaires de plantes, celui-ci est bien trouvé. L'arbre, en effet, fleurit à l'époque du Carême et il devient alors comme un magnifique bouquet violet, couleur liturgique du Carême. La flor da quaresma est extrêmement abondante ; l'arbre pousse spontanément partout, dans la phiine, sur la pente des montagnes ; en pleine floresta on aperçoit, tranchant sur les verdures.

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