‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 52 sur 105 · LES PALMIERS AU BRÉSIL · texte numérisé non relu

LES PALMIERS AU BRÉSIL

le tapis de soie violette de la belle mclastomce.

Ce nom-là, par exemple, n'est pas très élégant; c est le nom de la botanique, le nom savant, et seulement un nom de famille. Il signifie bouche noire; attendu que les baies de ces plantes laissent leurs traces sur les lèvres, comme les mûres de nos buissons.

Un autre bouquet de fleurs que je rencontre fréquemment dans les environs de Rio, c est la. paineira. La floj' da quaresma a plutôt l'aspect d'une parure de deuil; la paineira, au contraire, en rose tendre, semble porter une toilette de bal. C'est d'ailleurs un arbre utile ; il donne en abondance un coton un peu grossier, mais dont l'industrie pourrait tirer meilleur jDarti qu'on ne le fait.

Les promenades publiques de Nova-Friburgo resplendissent en ce moment à certains endroits, de l'éclat des bougainvillées. La plante est connue chez nous; elle tapisse les murailles comme le lierre; j'en avais vu en Egypte des spécimens magnifiques, mais toujours à l'état de plante rampante et grimpante. Ici, ce sont des arbres, non pas très grands, mais extrêmement touffus, en forme de boules ou de pyramides. La botanique m'apprend que les végétaux peuvent ainsi changer d'aspect suivant les climats, et aussi suivant la direction qu'on leur donne. Il n'est pas audessus du pouvoir d'un horticulteur de transformer en arbres certaines plantes grimpantes et réciproquement. La fleur de la bougainvillée mérite d'être examinée de près; en réalité, elle est à peine apparente, blanchâtre et toute petite, mais elle possède une collerette de trois folioles d'un rose vif, que l'on prend à distance pour la fleur elle-même. Impossible d'imaginer rien de plus magnifiquement décoratif qu'une grande bougainvillée en pleine floraison.

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A Pétropolis, l'arbre d'oi^nement adopté pour les avenues et places publiques est une variété de magnolia, dont le feuillage clair et lustré donne un ombrage agréable ; sa fleur remplit l'air d'un parfum pénétrant qui tient tout à la fois de l'oranger et du tilleul.

Je note — est-il besoin de le dire? — des impressions d'amateur, non des observations de savant. Le Brésil, a dit Humboldt, est le paradis des botanistes ; le règne végétal y déploie une richesse et des allures déconcertantes. J'ai feuilleté dans la bibliothèque des Pères Bénédictins de Rio la collection de la Flora hrasilensis, commencée, vers 1820, par l'Allemand Von Martius. Elle comprend, à la date de 1902, 112 fascicules infolio, dont plusieurs sont des volumes de 200, 300 et 400 pages ^ On ne s'aventure pas sans préparation dans cette floresta. Mais il est permis aux profanes de remarquer et d'admirer certaines essences qui frappent davantage leurs regards. Voici, par exemple, la prodigieuse famille des palmiers, dont il n'est pas possible de ne rien dire quand on parle du Brésil. Aussi bien, j'ai eu sous la main, au collège Anchiéta, le Sertu/n Palmarum hrasiliensium, ou Relation des Palmiers nouveaux du Brésil, découverts, décrits et dessinés par J. Barhosa Rodriguez, directeur du Jardin Botanique, de l'Université libre de Rio de Janeiro, chevalier du très noble et très ancien ordre de Saint- Jacques, etc., etc.^ etc. C'est un ouvrage monumental,

1 . Le litre de la Flors. brasilensis donne les indications suivantes : « Œu^•l•c de Car. Fréd. -Philippe de Martius, continuée par Aug'. Guill . Eichlcr et une société de savants; publiée à Leipzig:, sous le patronage de Ferdinand I" d'Autriche, de Louis I" de Bavière et de don Pedro II, avec les subsides du peuple brésilien. >>

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