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LA GRANDE ALLEE DES PALMIERS ROYAUX

au Jardin Botanique de Rio-de-Janeiro.

LA « FAZENDA )) DE SAiNTA-FÉ 169

nico; il mesure 39 mètres de hauteur. On l'appelle la Palma-mater ; car c'est de lui qu'est sortie toute la lignée qui peuple le Brésil. En ces dernières années, il fut atteint d'une maladie de langueur, causée sans doute par son grand âge. Le docteur Barbosa Rodriguez, le savant auteur du Palmarium, le sauva à force de soins intelligents, prodigués surtout au pied et à la tête du malade. Tous les jours, une équipe de pompiers envoyait une douche copieuse sur le panache du géant. La cure a eu un plein succès; la. palma-mater a commencé son second siècle en pleine santé et vigueur.

Au surplus, elle voit surgir autour d'elle une descendance nombreuse et prospère. Sitôt franchie la porte du Jardim Botanico, vous voyez s'aligner devant vous, sur deux rangs, une procession de 140 palmiers royaux, sur les deux bords d'une allée de 700 mètres de longueur. Par le fait de la perspective, ils vont diminuant de taille et se rapprochant les uns des autres. Mais, en réalité, ils sont tous si exactement pareils qu'on dirait autant d'exemplaires tirés d'un même moule. Le tronc peut avoir trois mètres de circonférence, et quant à la hauteur, je l'ai mesurée par l'ombre et suis arrivé au chiffre de 30 mètres, supérieur, je l'avoue, à celui que je vois dans divers ouvrages. Mon procédé de mensuration est pourtant rigoureux autant que simple, et j'ai conscience de l'avoir appliqué avec toute l'exactitude possible. L'allée aboutit à un petit temple à ciel ouvert, dédié à la Dea Palmaris. La statue de la déesse apparaît toute blanche sur un autel de rocailles envahi par les verdures, avec des ruisselets en cascades. Le monument porte la date MGMVI.

On n'est pas plus grec que cela !

Mais j'oublie de dire à quoi ressemble le palmier royal. En deux mots : une longue tige, droite comme un fil à plomb, lisse et polie comme si on l'avait rabotée, puis tout au sommet une touffe de grandes palmes; un peu au-dessous, une sorte d'anneau qui retient le fourreau d'où s'échappent les grappes de fleurs et de graines. Un contemplatif, quelque peu caricaturiste, disait : Ces palmiers me font l'effet de grands plumeaux pour épousseter les nuages.

Gela, c'est la charge; au fait, le palmier royal constitue un motif d'ornement plein de magnificence et d'originalité ; il n'a d'ailleurs pas d'autre emploi que celui du décor. Il ne faut pas le confondre, en effet, avec des espèces voisines, le cocotier, par exemple, qui a l'air dégingandé et ne sait pas se tenir droit, ou encore le dattier qui n'a pas, à beaucoup près, la même taille, ni la même élégance; ceux-là, toutefois, sont des espèces utiles, au sens vulgaire du mot. Le palmier royal, lui, est de ces belles choses qui ne servent à rien, comme les fines sculptures des chapiteaux, ou comme les flèdies des cathédrales ; il ne fait pas autre chose que dresser son fût de colonne très pur, très hardi, pour porter fièrement, beaucoup au-dessus des maisons, son joli panache qui s'agite avec un bruissement mélancolique, quand la brise passe, et que les oiseaux sont seuls à visiter.

Je désirais fort visiter une fazenda ; rien de plus facile, car la maison du propriétaire agriculteur brésilien est on ne peut plus hospitalière. Un fazendeiro ami et voisin du collège — à 4 heures de chemin de fer on s'estime voisins — fut avisé par télégraphe et,

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