‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 60 sur 105 · LA QUESTION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LA QUESTION RELIGIEUSE

froyable décadence où étaient tombés les instituts religieux. On n'avait rien épargné pour les y pousser et pour rendre la réforme impossible. Cette loi ne faisait que consacrer le système déjà pratiqué, et donner une formule authentique à l'arrêt de mort porté depuis longtemps. Il était interdit aux communautés religieuses de recevoir des novices et de s'incorporer des membres étrangers; on les laissait s'éteindre d'elles-mêmes, dans la pleine jouissance de leurs biens ; puis, à la mort du dernier de leurs représentants, toute la propriété faisait retour à TEtat.

Cette manière de supprimer les Congrégations accuse une timidité et un reste de respect des personnes et des choses religieuses qui feraient sourire nos Jacobins. Assurément, leur méthode est autrement brutale et expéditive. A tout prendre, du moment qu'elle est condamnée, mieux vaut peut-être pour la victime une exécution rapide.

L'agonie des Ordres religieux au Brésil allait se prolonger plus de trente ans, et le spectacle en fut tel en bien des cas que, pour leur honneur et pour l'édification publique, la mort sans phrase eût été de beaucovip préférable. Il y a là des tristesses et des hontes sur lesquelles il faut tirer le rideau. Ce n'est pas que nous ayons à en rougir pour l'Eglise ellemême. Tout au contraire ; la suite devait prouver une fois de plus, et nous le verrons bientôt, que l'Eglise, quand elle est libre, se charge de réformer chez elle ce qui a besoin de réforme.

Cette malheureuse époque fut toutefois marquée par un essai de réaction catholique dû au zèle et à l'énergie de deux évêques. Il y a au Brésil une littérature considérable sur V affaire cVOlinda ; après avoir

compulsé avec soin deux forts volumes de documents, je pense en connaître toute la partie essentielle. Cette histoire mérite d'être racontée avec quelque détail; on y saisit sur le vif plus d'une particularité intéressante de la situation religieuse du Brésil.

L'écrasement de la France dans la guerre de 1870 fut, comme on le sait, le signal d'une tempête d'anicléricalisme qui agita plus ou moins toute l'Europe. Le contre-coup s'en fit sentir de l'autre côté de l'Atlantique. La franc-maçonnerie brésilienne crut, elle aussi, le moment favorable pour pousser un assaut contre l'Eglise. Il est bien certain que ce n'est pas l'épiscopat qui prit l'offensive. Le président du Conseil était le baron de Rio-Branco, père du ministre actuel des Affaires étrangères, et chef du Grand-Orient brésilien. Le 3 mars 1872, les Frères célébrèrent une fête en son honneur à l'occasion de la première loi sur l'abolition de l'esclavage qui était son œuvre. Un prêtre, Almeida Martin, y prononça un discours nettement maçonnique. L'évêque de Rio le frappa d'interdit; sur quoi la guerre fut résolue dans les Loges.

Quelques mois auparavant avait été désigné, pour occuper le siège vacant d'Olinda, un religieux capucin de Saint-Paul nommé Dom Agitai. On prit occasion de ce choix pour porter les premiers coups. Sans attendre même le sacre du nouvel évêque, on publia à Rio de Janeiro une brochure intitulée Ponto negro (Un point noir). Le prélat y était représenté comme ultramontain, et l'on dénonçait avec des accents tragiques le péril des ambitions romaines. Dom Vital débarqua à Pernambouc sur la fin du mois de mai 1872 ; H peine était-il installé que l'on vit paraître deux nouveaux journaux, s'intitulant l'un et l'autre oj-ganes de

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