‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 62 sur 105 · L AFFAIRE D OLINDA · texte numérisé non relu

L AFFAIRE D OLINDA

Sans se laisser intimider, l'évêque publia la bulle pontificale et renouvela l'interdit déjà prononcé contre les églises et chapelles des Confréries, Par ordi^e du g-ouverneTU" de la province, fut alors interjeté appel comme d'abus contre Dom Vital, pour avoir publié ime Bulle «ans le placet royal. Le gouvernement impérial fit plus encore. Il envoya une sommation à l'évêque d'avoir à retirer l'interdit, et comme il s'y refusait, un délégué du ministre vint en personne déclarer dans les églises et chapelles que la sentence épiscopale était nulle et non avenue. De fait, Confréries et Tiers-Ordres tentèrent à plusieurs reprises de célébrer leurs fêtes religieuses; mais l'abstention du clergé fit échouer leur dessein.

Cependant le gouvernement avait dépêché à Rome en mission extraordinaire le baron de Pénédo. Il y arriva le 18 octobre 1873. Que se passa-t-il entre le diplomate brésilien et le ministre d'Etat du pape? Sous quel jour les choses furent-elles présentées? Quelle solution fut adoptée ? Le champ est ouvert aux conjectures; mais il parait bien difficile d'avoir une réponse exacte à ces questions. Ce qui est certain, c'est que le cardinal Antonelli adressa à révêcpie d'Olinda une lettre qui se conciliait assez mal avec la Bulle du 29 mars. La politique a ses exigences. Le baron de Pénédo affirma à son gouvernement que sa mission avait eu un plein succès. L'évêque était blâmé; le cardinal lui avait écrit : Gesta tuâ non prohantur. (Votre conduite n'est pas approuvée.) Dom Vital, lui, a formellement nié l'existence de cette phrase. Il y a lieu de croire que le négociateur traduisait d'une manière plus ou moins fidèle les pensées exprimées par son interlocuteur au cours de leurs entretiens. Toujours est-il que la nouvelle fut accueillie par les Loges du

Brésil avec des transports auxquels le gouvernement ne dédaigna pas de s'associer. Il y eut réjouissances publiques, illuminations et salves d'artillerie, comme pour une victoire qui aurait sauvé le pays d'une invasion.

Le g-ouvernement impérial n'avait pas attendu l'issue de la négociation pour engager contre l'évèque d'Olinda l'action judiciaire. Le 2 janvier 1874, il fut' appréhendé en son palais par la force publique et conduit à Rio. Le procès s'ouvrit le mois suivant. Le, tribunal était composé presque en entier de francsmaçons. L'évèque refusa de parler pour sa défense., Interrogé sur le motif de son silence, il se borna à écrire les paroles du récit de la Passion : Jésus autem tacebat.

Le jugement porte la date du 21 février 1874. La, doctrine régalienne s'y étale avec une belle assurance. L'évèque est convaincu d'avoir abusé de son pouvoir, en frappant les francs-maçons et les irmandades], car le fait d'appartenir à la franc-maçonnerie, société; de bienfaisance reconnue par l'Etat, ne saurait constituer une incapacité pour ses membres. L'évèque ne peut se retrancher derrière les Bulles des papes qui condamnent la franc-maçonnerie; car ces Bulles n'ont pas reçu Vexequatur. L'évèque n'a pas respecté l'appelj des plaignants à la couronne. Il a ainsi donné l'exemple de l'insurrection contre les lois de l'empire. En conséquence, il était condamné à quatre ans de prison cow trabalhos, autrement dit quatre ans de travaux forcés. L'empereur fit grâce des trabalhos, et Dom Vital fut interné au fort Sao-Joao, sur une pointe de rocher à l'entrée de la baie.

Deux mois plus tard, ce fut le tour de l'évèque de Bélem du Para. Dom Antonio de Macedo Costa ne

l'affaire d olinda 189

s'était pas contenté de publier la Bulle du Pape; il l'avait fait suivre d'une instruction pastorale sur les Sociétés secrètes ; puis, comme son collègue, il avait frappé d'interdit les Confréries insoumises. Enlevé de sa ville épiscopale le 28 avril, il fut lui aussi jugé et condamné à quatre ans de travaux forcés que l'empereur commua en quatre ans de prison. On n'eut garde de réunir les deux prélats. Mgr de Macedo Costa fut enfermé dans la petite île appelée Ilha das Cobras (des Serpents).

Le 25 juin 1875, le Cabinet Rio-Branco était contraint de se retirer, et le 4 septembre, l'empereur signait un décret d'amnistie qui rendit à la liberté les deux évêques, ainsi que plusieurs ecclésiastiques incarcérés pour la même cause. Peu après, tous les interdits étaient levés, et on put croire au retour de la paix. On s'en félicita généralement. Par tous pays les gens qui n'aiment pas à être troublés dans leur tranquillité sont de beaucoup les plus nombreux. Jusque dans les rangs du clergé il se trouva des sages pour blâmer l'ardeur intempestive des prélats partis en guerre contre ces inoffensifs francs-maçons. A Rome, on en jugeait autrement. Pie IX fît écrire à lévêque d'Olinda une lettre débordante de paternelle tendresse. Si la communication du ministre d'Etat, que d'ailleurs on ne trouve nulle part, avait pu être interprétée comme un désaveu, la lettre du Pape remettait les choses au point. C'était la plus complète approbation pour le passé, avec l'exhortation à poursuivre courageusement dans la même voie.

La Révolution qui renversa le trône devait du même coup affranchir l'Eglise. La République avait été proclamée le 15 novembre 1889; le 7 janvier 1890,

li)0 LE BRÉSIL D AUJOLT.D IIUl

le gouvernement jDrovisoire décrétait ia séparation de l'Eglise et de l'Etat. La Constitution républicaine i n'était point votée encore; on ne savait pas exaete- ': ment quel régime allait succéder pour l'Eglise à celui ' du patronat ; la liberté entrevue ne serait-elle pas restreinte, mutilée peut-être par une loi organique? En attendant, le joug avait pesé si lourdement, il était devenu si intolérable que la première impression fui celle du soulagement. Dans une lettre pastorale collective, datée du 19 mars, l'épiscopat brésilien s'applaudit de voir enfin brisée « l'oppression de l'Etat régaliste, pombalien et joséphiste. »

L'oppression exercée par l'Etat au nom d'un prétendu patronat a été une des causes principales de l'état de décadence et de dépérissement presque complet de notre Eglise nationale. Cette protection nous étouirait; ce n'étaient pas seulement de continuelles intrusions dans le domaine de TEglise, c'était une aiFectation d'inclllférence, pour ne pas dire de dédain, à répondre à ses réclamations les plus urgentes. Il était passé en habitude de laisser les diocèses privés de pasteurs pendant des années, sans tenir compte

des cris du peuple chrétien et de la ruine des âmes

Celait l'écrasement systématique des instituts religieux, dont on empêchait le recrutement et la réforme, en attendant, avec un empressement honteux, la mort du dernier moine pour mettre la main sur ce patrimoine sacré, dénommé bien de main-morte. On en vint à la persécution ouverte, etFEglise du Brésil vit avec épouvante deux de ses évêques condamnés par sentence de justice à prendre le balai et à nettoyer les cours d'une prison pendant quatre ans, pour avoir affirmé la liberté de la conscience catho- 1 lique en face d'un césarisme omnipotent.

La Pastorale collective reconnaît que, même dans sa teneur actuelle, le décret du 7 janvier assurerait à l'Eglise « une somme de liberté qu'elle n'a connue à aucune époque du régime monarchique. »

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