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Nous ne verrons plus désormais des ministres, qui devraient borner leur sollicitude aux affaires civiles, se donner le souci indicule de rappeler les évoques à Tobservation des canons du concile de Trente pour le plus grand bien des paroisses, leur interdisant de sortir de leurs diocèses sans la permission du gouvernement, les obligeant à soumettre à l'approbation ministérielle les traités de théologie
qu'ils veulent faire enseigner dans les séminaires Ces
messieurs n'empêcheront plus les Ordres religieux de recevoir des novices ; ils ne donneront plus aux supérieurs la faculté de permettre à leurs religieux de résider six mois hors des monastères; ils ne se mêleront plus d'approuver les résolutions prises en chapitre par les Franciscains En voilà assez. Ce spectacle nous sera épargné
désormais. Il est bien vrai que, grâce à l'attitude de l'épiscopat, la législation l'égaliste demeurait la plupart du temps sans effet; mais le régalisme lui-même était toujours vivant et dans toute sa rigueur, prétendant avoir le droit de gouverner l'Eglise au nom du patronat et de la Grande- Maîtrise.
L'année 1800 tout entière fut consacrée à l'élaboration de la Constitution républicaine. Divers projets furent présentés ; le g-ouvernement provisoire se rallia finalement à celui de M. Ruy Barbosa. Le libéralisme intolérant s'y trahissait dans un paragraphe relatif aux Ordres religieux : a La Compagnie de Jésus continue à être exclue du pays. Est pareillement interdite la fondation de nouveaux couvents ou instituts monastiques. »
L'épiscopat ne pouvait rester indilîérent aux discussions d'où dépendait l'avenir de l'Eglise. Mgr de Macedo Costa, devenu archevêcpie de Bahia et primat du Brésil, adressa au Congrès au nom de tous ses collègues un cahier de Représentations. Le sentiment catholique ne pouvait manquer d'être froissé par plusieurs dispositions d'un projet qui faisait abstraction complète de la foi et des traditions religieuses du
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pays; le document épiscopal s'exprime sur chacune d'elles avec franchise et fermeté. A propos du paragraphe qu'on vient de lire, la protestation a un accent particulièrement énergique :
Le peuple brésilien entend garder la liberté de faire des vœux à Dieu et d'embrasser la vie religieuse à sa convenance et sans entraves. La Constilulion ne doit pas interdire la fondation de nouveaux couvents ni contenir de
menaces pour la propriété religieuse Et comment le
peuple brésilien, à qui répugne toute violence et toute injustice, pourrait-il admettre l'ostracisme contre les Jésuites, à qui on n'a à reprocher d'autre crime que d'instruire et d'élever notre jeunesse?
Le Congrès s'honora en elFaçant le malencontreux paragraphe, et l'auteur du projet se punit lui-même plus tard de l'y avoir inséré en confiant aux Jésuites l'éducation de ses fils.
La Constitution fédérale fut proclamée le 24 février 1891. Les articles concernant l'Eglise et la religion ont une allure purement négative. L'Etat ne s'occupera de l'Eglise ni pour l'aider ni pour l'entraver. Il est interdit tant à l'Union qu'aux Etats pris séparément « d'établir, de subventionner ou de gêner l'exercice d'un culte religieux. » Chacun peut pratiquer librement et publiquement son culte; on peut s'associer dans ce but et posséder des biens conformément aux règles du droit commun. La République ne reconnaît que le mariage civil ; les cimetières sont municipalisés, et l'enseignement ofïiciel sera laïque.
Sans doute, il y a à la base de cette législation une idée fausse, en même temps qu'une injure à la religion à peu près exclusivement pratiquée dans le pays. Mais, le principe de l'irréligion d'Etat uue
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fois admis, il était difficile d'accomplir la séparation d'avec l'Eglise de façon plus modérée, je n'irai pas jusqu'à dire plus bienveillante et plus amicale. La Constitution brésilienne ne traite pas l'Eglise catholique en amie ; mais du moins elle ne l'ignore pas et ne la dépouille pas. L'Eglise est une étrangère : soit ; mais une étrangère qui est une personne vivante et qui a des droits. Personne dans l'Assemblée constituante de la République brésilienne n'aurait eu l'idée monstrueuse d'attribuer à l'Etat les biens de l'Eglise, sous prétexte que l'Etat seul peut créer des personnes morales et que, l'Etat cessant de reconnaître l'Eglise, l'Eglise est par là même inexistante et incapable de posséder. On laissa donc l'Eglise brésilienne en possession de ses biens; ce n'est pas assez dire; l'Etat considéra que l'Eglise était tellement ^propriétaire qu'il n'avait pas le droit de soumettre ces biens à l'impôt. Un gouvernement peut exempter des charges communes certaines catégories d'établissements qui font un service social ; aux Etats-Unis, par exemple, les écoles, les édifices du culte bénéficient de cette exemption. C'est une concession gracieuse des pouvoirs publics. Il en va autrement pour l'immunité dont jouit la propriété ecclésiastique et religieuse au Brésil. Cette immunité est regardée comme un privilège inhérent à la propriété même, à raison de sa nature. Il y a là plus qu'une nuance. Ce privilège, consacré par le Droit canon et par l'usage immémorial, a été maintenu par le régime républicain; il n'était pas possible de reconnaître d'une manière plus explicite l'existence de l'Eglise comme puissance indépendante.
Les fondateurs de la République brésilienne n'ont pas été pris de la démangeaison de donner à l'Eglise,
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en même temps qu'à l'Etat, une Constitution nouvelle; l'Etat reconnaît donc l'Eglise telle qu'elle est, c'est-à-dire avec des évoques à la tête des diocèses. Ce sont les évêques qui représentent l'Eglise quand elle a à traiter avec l'Etat ; car on a beau être séparés, on se rencontre; on a besoin de s'entendre, de discuter peut-être, et il faut bien que quelqu'un parle.
Du reste séparation n'est pas nécessairement synonyme d'hostilité. Dans tous les Etats confédérés les autorités entretiennent d'excellentes relations avec l'évêque et le clergé ; le gouvernement fédéral donne l'exemple. Le Brésil a son représentant auprès du Saint-Siège et le Saint-Siège a un nonce au Brésil. Quand elle ne sera plus gouvernée par des énergumènes, la République française pourra donc, même sous le régime de la séparation, renouer les relations diplomatiques avec le chef de l'Eglise. J'ai eu l'honneur d'être reçu à Pétropolis par S. Exe. Mgr Bavona ; je l'ai trouvé occupé d'une affaire qui montre en quelle estime le gouvernement de Rio de Janeiro tient l'envoyé du Saint-Père. Le Brésil discute en ce moment avec sa voisine, la Bolivie, des questions de frontières. La querelle est en train de se régler de la façon la plus pacifique. J'ai vu à la nonciature le tapis vert autour duquel se réunissent les représentants des Etats intéressés. Chacun fait valoir ses arguments. Mgr Bavona écoute, examine et finalement tranche le différend en qualité d'arbitre.
Grâce à ses bons rapports avec la curie romaine, le gouvernement brésilien a obtenu tout récemment une faveur qui suscitait bien des compétitions dans les Etats de langue espagnole. L'archevêque de Rio de Janeiro a été fait cardinal. Mgr Joachimo Arcoverde de Albuquerque Cavalcanti, est le premier prélat ho-
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noré de la pourpre dans l'Amérique du Sud. La réception qui lui fut faite à son retour de Rome par le gouvernement et par la population de la capitale fut un véritable triomphe.
En résumé, la séparation de l'Eglise et de l'Etat dans la République brésilienne n'a pas été considérée jusqu'ici parles gouvernants comme une raison de faire la guerre à l'Eglise : ils ne se croient pas obligés par le devoir professionnel à faire de l'anticléricalisme, ni même à s'abstenir personnellement de toute pratique religieuse. Tout compte fait, l'Eglise brésilienne a beaucoup moins à se plaindre des pouvoirs publics sous le régime de la séparation que sous celui de la protection. Aussi, sans prétendre qu'il n'y ait personne dans les rangs du clergé pour regretter l'ancien état de choses, on peut affirmer cependant cpie les prêtres et les catholiques intelligents préfèrent de beaucoup la situation actuelle, dont ils ne méconnaissent pas d'ailleurs les inconvénients et les périls.