BRÉSILIENS ET RACE LATINE
qu'on en emporte. L'image du travail ne s'y présente que de loin en loin au regard du passant étranger, et instinctivement il en vient à se poser la question : Gomment et avec quoi toute cette population gagnet-elle sa vie? 11 est vrai qu'elle vit de peu de chose.
Le vrai Brésilien, issu de sang portugais plus ou moins pur, n'a rien du Yankee âpre à l'effort et au gain. Pendant trois siècles il a eu les esclaves noirs pour le dispenser du travail, que d'ailleurs la plupart du temps le climat lui interdisait. Il en est résulté des habitudes, une mentalité, un tempérament même, peu favorable au travail, surtout au travail manuel. Les arts mécaniques, les métiers en général manquent pour lui d'attrait; l'industrie et le commerce ne le séduisent guère davantage. J'entends dire que les affaires sont ici laissées aux étrangers, tandis que le commerce serait généralement aux mains des Portugais.
Le Brésilien, lui, se réserverait de préférence pour les professions libérales, les fonctions publiques, la bureaucratie et, bien entendu, la politique. On conçoit qu il s'agit ici de l'habitant des villes; il en va sans doute un peu différemment pour les populations éparses dans les profondeurs du Serfao.
Quant à celles que j'ai pu observer, on peut bien dire qu'elles sont restées latines autant que n'importe quelle branche de la race ; elles en ont les qualités et les défauts : intelligence vive, très ouverte et précoce, beaucoup de goût pour la culture littéraire et scientifique, une aptitude naturelle à l'éloquence et à la poésie ; mais avec cela, un peu trop d'idéalisme et, par suite, pas assez de ce sens pratique auquel les Anglo-Saxons doivent leur « supériorité, » ou du moins leur prépondérance ; puis encore trop d'incli-
nation pour les carrières improductives et les places où il n'y a qu'à se laisser vivre.
Cet état d'âme, fâcheux en tout pays, l'est davantage encore dans ceux qui, comme le Brésil, auraient besoin d'une somme prodigieuse d'activité pour prendre leur développement normal. Le climat aidant, il semble bien que le fonctionnaire et le bureaucrate brésilien aient porté au maximiun la placidité professionnelle. Pour nous. Français, cela a quelque chose de déconcertant, je ne veux pas dire d'exaspérant. C'est sans doute que nous avons le défaut contraire; ils nous paraissent endormis; nous devons leur paraître agités.
Quoi qu'il en soit, il faut s'armer de patience en ce pays-ci quand on a affaire à la douane, à la poste, à un office public quelconque, d'autant plus que le flegme brésilien s'accompagne généralement de manières polies et gracieuses qui ne permettent pas de donner libre cours à la mauvaise humeur.
En ces dernières années le goût du sport s'est pourtant emparé d'une partie de la jeunesse de Bahia; de temps à autre on voit une périssoire évoluer dans la baie avec une équipe de rameurs en maillot. Mais peut-être bien appartiennent-ils à la colonie anglaise. Toujours est-il que le foot-ball s'est acclimaté en ce pays si réfractaire aux exercices violents; les journaux annoncent fréquemment des mate lies qui ont lieu d'ordinaire le dimanche sur la plage de Bio-Verme- Iho. — « Nos élèves, me dit le directeur du collège français, sont passionnés pour ce jeu; nous sommes obligés de les arrêter; il y a du danger avec cette température. » De fait je les ai vus couverts de poussière et ruisselants de sueur poursuivre leur partie avec un acharnement que Ion n aurait pas cru possible, étant