‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 8 sur 105 · BRÉSILIENS ET RACE LATINE · texte numérisé non relu

BRÉSILIENS ET RACE LATINE

donné leurs allures habituelles. J'en demande pardon à ces chers jeunes c^ens qui ont toute ma sympathie; mais je croirais volontiers qu'il y a, peut-être à leur insu, une part de snobisme dans leur belle ardeur pour un sport tout britannique ; c'est un triomphe de la mode anglaise sur l'indolence créole ; elle en remporte bien d'autres. J'ai vu, — mon Dieu, oui, — au Brésil, de jeunes Messieurs aller par les rues, les pantalons retroussés. Que voulez- vous? Gela se fait à Londres, où il y a de la boue.

Voici par contre un trait caractéristique du tempérament brésilien, bien latin, celui-là, et bien français aussi; je veux dire le goût des titres honorifiques, des appellations sonores, des distinctions en tout genre. L'usage ne permet guère d'écrire le nom d'un honnête homme sans l'escorter d'un qualificatif relui sant. On est toujours conseiller, ingénieur, surtout docteur; les docteurs brésiliens sont légion; légion aussi les colonels. Je causai un jour à bord de la Cordillère avec l'excellent docteur Carlos S..., médecin distingué de Rio de Janeiro :

— Chez nous, me dit-il, la Constitution républicaine a aboli les titres nobiliaires et les ordres de chevalerie; elle interdit même aux citoyens brésiliens, sous peine de perdre leurs droits civiques, d'accepter des décorations étrangères.

— Mais alors, lui dis-je, avec quoi récompenset-on ceux qui ont bien mérité du pays?

— Eh bien! on les fait colonels.

Voilà un thème à méditations philosophiques. L'égalité républicaine répudie les appellations de comte, de duc, de baron, mais elle s'accommode du titre de colonel emprunté à la hiérarcliie militaire: les titres nobiliaires n'avaient pas une origine dilférente ; ils

désignaient aussi des grades et des fonctions dans l'armée. Les mots changent, le fond reste le même. On a beau être en démocratie, on est homme et on veut être de l'aristocratie.

Et de fait, la proportion des gens titrés est, ce me semble, plus forte dans la République des Etats-Unis du Brésil qu'en aucune des vieilles monarchies d'Europe. Le conseil municipal de Bahia, — l'Intendance, comme l'on dit ici, — a été renouvelé sur la fin de décembre. Les élus ont pris possession le l'''" janvier 1908; leur mandat dure jusqu'en 1911 inclusivement. Ils sont au nombre de 16, sur lesquels 5 sont qualifiés colonels et 9 docteurs.

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