‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 70 sur 105 · DE SANTOS A SAINT-PADL · texte numérisé non relu

DE SANTOS A SAINT-PADL

Ici commence une rampe formidable, divisée en quatre tronçons; du sommet de chacun d'eux des machines fixes remorqxient les trains, qui s'élèveront, en quatre étages, de 19 mètres au-dessus du niveau de la mer au point de départ, à 799 mètres en atteignant le rebord du plateau, soit une hauteur verticale de 780 mètres. Au point de vue technique et industriel, cette œuvre mérite, je crois, toute autre chose que l'admiration; car elle ne répond point aux exigences de l'énorme trafic qu'elle doit desservir; il a déjà fallu construire une seconde voie à côté de la première ; mais on ne pouvait pas prévoir, il v a un quart de siècle, le prodigieux développement économique de cette région; c'est l'excuse de la compagnie anglaise du Saint-Paul Railway. Du moins l'amateur de pittoresque ne songera pas à lui chercher querelle; cette ascension au milieu d'un splendide paysage de floresta brésilienne, qui se révèle plus vaste et plus profond à mesure qu on avance, lui ménage des impressions de premier ordre. Il est vrai que nous avons des funiculaires pour escalader les sommets des grandes Alpes ; celui qui grimpe au plateau de Saint-Paul peut passer pour un joujou en comparaison. En moins d'une demi-heure, on atteint la station du haut de la chaîne. Alto da Serra. Il y a là une grande gare; sur ime étagère le long du quai une rangée de tasses de café toutes préparées s'offrent aux voyageurs , on ne se dispense guère de ce petit réconfort ; car on est ici enveloppé d'un brouillard humide et pénétrant. Les vapeurs qui montent de la mer et se condensent sur cette arête y engendrent des pluies extrêmement fréquentes : la chute d'eau annuelle dépasse trois mètres et demi, environ sept fois ce que nous recevons à Paris.

Restent une trentaine de kilomètres jusqu'à Saint- Paul; le pays est sans caractère, mais les grandes cheminées d'usines qui apparaissent ça et là nous avertissent que nous pénétrons au cœur de la ciAdlisation.

Saint-Paul (Sao-Paulo) est sans contredit la ville la plus vivante du Brésil; on peut dire qu'elle en est la capitale commerciale et industrielle. Sans doute son développement a eu quelque chose de trop hàtif, disons le mot, de trop américain ; il y a vingt ans sa population ne dépassait guère 60.000 habitants; aujourd'hui, elle atteint 350.000. Mais ce progrès repose sur des bases solides. Saint-Paul est le centre d'une région extrêmement riche, salubre et parfaitement habitable pour les Européens. Le commerce du café lui a valu quelques années de prospérité inouie ; elles devaient fatalement être suivies d'une période de dépression et de crise ; mais le pays a bien d'autres ressources tyop négligées jusqu'ici et que l'activité intelligente des Paulistes saura mettre en valeur.

Saint-Paul doit son origine aux Jésuites missionnaires. Parti de Sao-Vicente, avec douze compagnons, le P. Manuel de Paiva vint se fixer parmi les tribus indiennes de Piratininga. Ayant choisi l'emplacement qui lui parut convenable pour le futur collège, il y planta une croix et y célébra la messe le 25 janvier 1554, fête de la conversion de Saint Paul, De là, selon l'usage de l'époque, le nom donné au nouvel établissement, nom qui passa plus tard à la Capitainerie de Sao-Vicente devenue l'Etat de Saint-Paul. Pai'mi les ouvriers de la première heure Joseph Anchiéta se distingua par une vertu hors de pair et une activité qui tient du prodige ; la cité le recoiinaît comme son véritable fondateur. Toutefois il

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n'a pas sa statue comme Cubas à Santos ; les édiles de Saint-Paul sont trop adiaiitados, connue on dit dans leur langue, pour élever un monument à un Jésuite. Ils pensent avoir fait assez en donnant le nom d'Anchiéta à une petite rue voisine de ce qui fut autrefois le collège. De ce collège lui-même il ne reste cpie le souvenir ; sur l'emplacement qu'il occupait on a bâti le palais du g'ouvernement et diverses administrations ; l'église elle-même a disparu il y a quelques années.

Les Jésuites avaient choisi pour y jeter les fondements de la ville future un promontoire allongé entre une plaine et un ravin, et dont l'extrémité allait s'abaissant jusqu'au bord du Tiété, rivière puissante qui porte ses eaux au Parana. Le site était facile à défendre contre les attaques des Indiens; celait alors le point important. Mais quand la moderne Saint- Paul connnença à grandir, elle se trouva bientôt à l'étroit sur sa langue de terre; elle descendit d'abord dans la plaine, puis elle franchit son ravin pour s'étendre à l'aise de l'autre côté ; c'est là que sont aujourd'hui de fort beaux quartiers qui portent des noms suggestifs : Consolation. Hjjyiénopolis, Champs- Elysées, etc. Il semble bien qu'il y ait aujourd'hui trois villes, formant un ensemble passablement accidenté; un escarpement du côté de la plaine, un viaduc pour traverser le ravin, c'est assez dire que les communications d'un point à un autre devaient présenter bien des difficultés. Mais nous sommes en Amérique, et je crois bien que les Paulistes sont un peu les Yankees du sud ; on a triomphé de tous les obstacles ; des tramways électriques circulent très nombreux et dans tous les sens.

Ce ne sont pourtant pas les Brésiliens, pas plus à

Saint-Paul que dans le reste du Brésil, qui auraient à eux seuls transformé ainsi leur ville et donné aux affaires un aussi brillant essor. L'honneur, et aussi le profit, en reviennent pour une forte part aux étrangers. J'entends dire que les grosses maisons de commerce et de banque sont entre les mains des Aile mands ; les Anglais ont les chemins de fer; les Italiens construisent et décorent les maisons et font cent autres métiers divers; les Français, hélas! exploitent le Polythéama, un endroit où l'on s'amuse; puis on rencontre des magasins portant l'enseigne du Palais- Royal^ du Moulin-Rouge ou encore des Modes Parisiennes. En vérité, nous n'avons pas choisi la meilleure part, pas même au point de vue du bénéfice. Mais ici, comme partout, la France fait figure par ses congrégations religieuses. Leurs établissements d'éducation soutiennent la comparaison avec ceux mêmes que l'Etat entretient à grands frais. Les Petits Frères de Marie dirigent deux collèges florissants, les Dames de Sion un pensionnat de tout premier ordre, les sœurs de Saint-Joseph de Ghambéry, six institutions diverses dont le grand hôpital de la Santa Casa da Misericordia\ l'une de leurs écoles, où allluent les enfants de toutes les classes de la société compte près d'un millier d'élèves.

Dieu merci, nous ne sommes pas les seuls à donner l'éducation chrétienne dans cette grande ville. Le collège de Sao-Bento dirigé, comme son nom l'indique, par la puissante congrégation bénédictine du Brésil , mérite vme mention honorable ; de même l'immense établissement des Salésiens, avec sa belle église et sa grande tour du haut de laquelle la statue colossale du Sacré-Cœur domine toute la cité ; ainsi encore le pensionnat des chanoinesses de Notre-Dame,

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