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récemment venues de Belgique. Je n'ai pas l'intention de dresser une liste complète. Mais- on ne pe.ut douter que le développement de l'éducation chrétienne ne soit pour beaucoup dans la renaissance religieuse que l'on constate dans la capitale et dans tout l'Etat de Saint-Paul. La pratique des sacrements, presque universellement abandonnée autrefois, rentre peu à peu dans les habitudes. J'en ai eu plus d'une preuve pendant mon séjour, et j'ai recueilli ce propos qui n'est pas rare dans la bouche des personnes d'un certain âge : « Autrefois ce n'était pas ainsi ; on ne nous élevait pas dans ces idées ; on faisait des cérémonies, des processions et des neuvaines, mais on ne parlait pas de confession ni de communion.
J'ai dit déjà que l'érection de cinq nouveaux diocèses dans l'Etat de Saint-Paul était admise en principe. Le 21 mars, je trouvai dans les journaux l'entrefilet suivant : « Un télégramme envoyé de Rome par le Révérendissime Seigneur Dom Duarte Leopoldo e Silva, évêque de cette capitale, nous informe que le diocèse de Saint-Paul est définitivement élevé à la dignité d'archidiocèse. En même temps sont créés les nouveaux diocèses de Campinas, Ribeirao-Preto, Taubaté, Botucatu et Sao-Carlos do Pinhal. » C'est là assurément l'indice d'une amélioration considérable du pays au point de vue religieux en même temps que le gage de nouveaux progrès. Le séminaire de Saint-Paul est un de ceux, trop rares au Brésil, qui se recrutent et fonctionnent de façon satisfaisante. Rome vient de lui accorder le titre et les prérogatives de Faculté de philosophie. Enfin, ce qui manque encore à Rio de Janeiro, Saint-Paul a un grand journal quotidien catholique ; le Sao Paiilo possède en la personne de son rédacteur en chef, le D"^ Brasilio Machado, un homme
qui s'impose également par son talent et par son caractère.
On a vu plus haut que les Irmandades ou confréries brésiliennes sont trop souvent pour lEg-lise un sujet d'embarras et d'inquiétude. En voici une tout au moins qui ne mérite pas semblable reproche : c'est V Irmandadc ou Tiers -Ordre séculier du Carmo de Saint-Paul. J'ai eu entre les mains son Rclatorio pour l'année 1907 ; j'en extrais quelques chiffres qui, ce me semble, ne sont pas sans intérêt; ils donnent une idée de la vie et de l'importance de ces institutions. Le budget des recettes, traduit en notre monnaie, s'élève à lOo.OOO francs en chiffres ronds; sur cette somme les loyers des maisons représentent 85.000 fr. Dans le compte des dépenses, les traitements des employés figurent pour 10.500 francs; les pensions et secours aux membres pauvres pour 12.500 francs; la fête de Notre-Dame du Mont Carmel, 3.000 francs; les honoraires du prédicateur de la retraite préparatoire, 750 francs; la fête de sainte Thérèse, 1.700 fr. ; messes pour les défunts, 1.500 francs ; entretien de l'église, 10.000 francs; vocations ecclésiastiques, 900 francs; bonne presse, 1.500 francs, etc.. Reste en caisse : 22.000 francs. On a reçu dans l'année 51 nouveaux membres, 19 hommes, 32 femmes; orjt été admis au noviciat, 17 hommes et 26 femmes, à la profession, 7 hommes et 24 femnies. Décédés : 13 frères, 19 sœurs. Parmi les œuvres de l'association on mentionne le gymnase dirigé par les Petits Frères de Marie dans un local qui lui appartient.
Voilà certes un spécimen de confrérie prospère ; il n'y a qu'à lui appliquer la recommandation du Sauveur : Cavcte a fermento Pharisœoj'um. Traduction à l'usage du Brésil : Prenez garde au levain maçonnique !
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L'Etat de Saint-Paul publie, lui aussi, son Relatorio, ou Rapport annuel, qui forme deux gros volumes in-4 bourrés de chiffres et de statistiques. Chose flatteuse pour nous, la rédaction est en deux langues, portugais et français. Il serait facile de puiser là à pleines mains et l'on se donnerait à peu de frais l'air d'un homme bien
renseigné. Mais, qui ne sut se borner Je me bornerai
donc à relever quelques particularités qui, m'ajant paru intéressantes, ont quelque chance de l'être aussi pour d'autres.
L'Etat de Saint-Paul, qui peut bien être considéré comme le cœur du Brésil, a une superficie de 260.000 kilomètres carrés, soit presque les trois cinquièmes de la France. Chose curieuse, plus d'un tiers de ce vaste territoire, dans l'ouest, est encore à peu près inconnu. La population est d'environ deux millions et demi d'habitants, dont au moins 800.000 étrangers. Italiens pour la plupart. Le budget de l'Instruction publique atteint 10 millions de francs. Le gouvernement actuel ne manque pas de faire remarquer que dans la dernière année de l'empire il était à peine de un million et demi. Outre les journaux en portugais, il se publie dans la capitale trois périodiques en arabe, un en français, un en espagnol, un en allemand et quatre ou cinq en italien. L'Etat de Saint-Paul possède à lui seul à peu près un quart de la longueur totale des chemins de fer brésiliens, soit environ 4.000 kilomètres. Il a eu le premier port du Brésil, avec quais en eau profonde, celui de Santos. Mais actuellement, outre celui de Rio de Janeiro, il j en a trois autres en construction, ceux de Bahia, de Rio Grande do Sul et de Pernambouc ; et l'on constate avec satisfaction que les trois entreprises soiit presque complètement françaises
232 LE RRÉSIL d'aujourd'hui
Les statistiques agricoles et commerciales remplissent d'innombrables colonnes, dont la plus grosse part naturellement se rapportent au café. Il faudra bien y revenir.
Enfin, voici un chapitre du budget destiné à consoler nos parlementaires à qui on a tant reproché leurs quinze mille. La Chambre des Députés de Saint-Paul émarge pour une somme de 893 contos de réis, soit environ 1.350.000 francs; le Sénat pour 550 contos, soit à peu près 825.000 francs. Défalquez les dépenses de matériel et de service, et partagez respectivement entre 50 députés et 24 sénateurs, il y aura, je pense, largement 25.000 francs pour chaque membre de la Chambre basse et 30.000 pour ceux de la Chambre haute. On m'assure que l'indemnité des représentants au Parlement fédéral est de 75 milréis, soit plus de 100 francs, par séance. Sans doute l'argent n'a pas la même puissance d'achat au Brésil qu'en Europe ; mais tout de même ces messieurs doivent regarder de haut leurs collègues des vieux pays. A Saint-Paul la présidence est inscrite pour 73 centos (110.000 francs). Le D'' Jorge Tibyriça, qui arrive en ce moment au terme de son mandat, sort de charge, assure-t-on, moins riche qu'il n'y est entré, chose rare chez les présidents, même dans le Nouveau-Monde. Les commerçants paulistes, qui lui doivent de la reconnaissance, lui offrent un objet d'art ; les souscriptions s'échelonnent de 500 francs à 10.000 francs.
Par ces quelques chiffres il est aisé d'entrevoir qu'il y a ici une manière de compter, ou si l'on veut, de ne pas compter, bien différente de ce que nous voyons chez nous. C'est assez l'usage des pays neufs, et surtout de ceux où l'on s'enrichit rapidement. C'est peutêtre le cas de noter un trait du caractère brésilien que
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j'ai entendu signaler partout où j'ai passé, et dans les milieux les plus divers. Le Brésilien ignore l'épargne et presque la prévoyance ; il dépense l'argent au fur et à mesure qu'il le gagne. Cette habitude, ou pour mieux dire, ce tour d'esprit, entraîne évidemment bien des conséquences fâcheuses; au point de vue économique c'est pour le pays une cause de faiblesse irrémédiable ; les capitaux ne se créent que par l'épargne, et, faute de capitaux, on devient tributaire de l'étranger. Mais ces désavantages ont aussi leur contrepartie. Le père de famille, ne sestirnant point obligé de laisser à chacun de ses enfants une fortune, ne songe pas non plus à en limiter le nombre. Les tableaux de l'état civil pour 1905, à Saint-Paul même, accusent 10.267 naissances contre o.441 décès; soit presque deux vivants pour un mort. Je ne sais pas si l'on trouverait pareil phénomène démographique en ime autre agglomération urbaine. Dans tout le Brésil d'ailleurs les familles nombreuses sont plutôt la règle. Et cela aussi est une force, même dans l'ordre économique, en un pays dont le premier besoin est d'avoir des habitants.
Voilà une transition toute trouvée pour passer à une question vitale pour le Brésil, je veux dire l'immigration européenne.
IS Annuario renferme sur ce point une documentation abondante, mais qui naturellement se réfère à peu près exclusivement à l'Etat de Saint-Paul. Dans l'espace d'un demi-siècle, de 1855 à 1905, le Brésil a reçu environ 2.100.000 émigrants européens; sur ce total les Italiens figurent en chiffres ronds pour 1.100.000; les Portugais pour un demi-million, les Espagnols pour 220.000; les Allemands pour 70.000.
Ces chiffres paraîtront bien faibles, si on les compare à ceux des Etats-Unis ; le Brésil, malg-ré ses immenses ressources, n'exerçait pas la même séduction sur les étrangers, et pour dire la vérité, jusqu'à ces derniers temps les Brésiliens montraient peu d'empressement à les attirer. C'est seulement depuis l'abolition de l'esclavage qu'ils ont fait appel à l'émigTation pour remplacer les nègres qui désertaient en masse le travail agricole. De 1890 à 1905, le seul Etat de Saint- Paul a reçu 492.886 émigrants introduits aux frais du gouvernement, qui a dépensé à cet effet plus de 6S millions de francs. D'ailleurs il n'a pas à regretter ses sacrifices ; car c'est aux étrangers que le pays doit son développement et sa prospérité; les hommes d'Etat paulistes ne font pas difficulté de le reconnaître.
L'Italie, comme on vient de le voir, fournit la grosse part de l'émigration européenne au Brésil. Si l'on en croit les auteurs de l'ouvrage monumental que j'ai déjà eu l'occasion de mentionner^ il n'y aurait pas moins de deux millions d'Italiens répartis sur tout le territoire de la grande République sud-américaine. Ils seraient 450.000 dans les Etats du Sud, en face de 200.000 Allemands ; on n en compterait pas moins de 40.000 à Rio de Janeiro. Ils commencèrent à y venir en 1843, lors du mariage d'une fille du roi de Naples avec le jeune empereur Don Pedro II. Ils sont devenus les architectes, les entrepreneurs et les décorateurs de la capitale fédérale, qu'ils ont marquée d'une empreinte italienne très accentuée.
Mais c'est dans l'Etat de Saint-Paul qu'ils ont afflué en masses compactes, si bien que II Brasil ne ren-