‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 74 sur 105 · PAYSAGE BRÉSILIEN · texte numérisé non relu

PAYSAGE BRÉSILIEN

Mais voici que la gent écolière est rentrée à l'étucle ; plus de bruit autour de la ruche. Une heure de Taprèsmidi. Le thermomètre à l'ombre, tourné au midi — qui est le nord en ce pays-ci — accuse 29" centigrades. Il fait une chaleur, non point écrasante, mais enveloppante, qui vous pénètre et vous apaise; c'est un doux stupéfiant. L'atmosphère n'a pas cette vibration des journées de clair soleil à Bahia ou en Provence. Il y a un peu d'ouate dans l'air et des nuées blanches se mêlent au bleu du {irmament. Le paysage s'harmonise avec Tair et le ciel; les contours des collines s'arrondissent mollement; si loin que le regard porte, c'est comme un moutonnement de verdure. La campagne n'a pas de ces taches de sécheresse que Tété multiplie chez nous. Tout est vert, les champs de café, les futaies, les pâtis, la brousse elle-même. Toute cette verdure semble boire le soleil, en expirant une petite buée. Deci delà le palmier royal se profile sur le ciel, dépassant toute la végétation environnante; il porte son panache, mélancolique et fier, au sommet de son fût de colonne un peu grêle ; vous diriez de maigres géants, piqués en terre, tout à la fois orgueilleux de leur taille qu'ils dressent raides et méprisants, et en même temps ennuyés de leur solitude. Des urubus planent en tournoyant dans le vide, cherchant de là-haut quelque cadavre ou quelque débris sur lequel ils s'abattront comme sur une proie, La cigale brésilienne crisse dans les manguiers sur un mode plus sec, moins musical, moins éclatant, moins joyeux que celle de notre midi. Les touffes de bambous frôlent lentement leurs longues tiges les unes contre les autres avec un bruit qui rappelle celui des matures et des cordages quand le vent passe ; instinctivement on regarde, on se demande s'il n'y

a pas quelque chose qui se casse. Cependant que, dans les parterres, les plantes européennes s'inclinent, les roses se fanent à demi, les fleurs délicates retombent languissantes le long- des tiges, attendant! la fraîcheur de la nuit qui viendra les ragaillardir.

Ayant séjourné dans plusieurs collèges brésiliens, il m'a été facile de me mettre au courant des choses de l'enseignement dans la grande République sud-américaine. Les observations que j'ai recueillies sur ce sujet seront ici, ce me semble, assez bien à leur place.

D'après la Constitution républicaine de 1891, l'instruction primaire est exclusivement du ressort des Etats ; chacun d'eux agit souverainement en cette matière ; il est interdit au gouvernement fédéral de s'en mêler en aucune façon. Il en résulte naturellement' une très grande diversité d'une région à l'autre dans l'organisation et le fonctionnement de l'enseignement public. Outre que les conditions de l'existence, les besoins et les ressources ne sont pas partout les mêmes dans un pays aussi vaste, la mentalité des gouvernants et leur zèle pour l'instruction du peuple peuvent différer considérablement d'Etat à Etat. Tel est abondamment pourvu d'écoles ; dans tel autre, elles sont plutôt rares.

Pour avoir une information sérieuse sur le service de l'enseignement primaire au Brésil, il faudrait donc compulser les documents officiels des vingt et un Etats de l'Union ; c'est une tâche que je ne songe point à aborder. Je ne puis cueillir dans ceux qui me tombent sous la main que des indications fragmentaires. Par exemple, un tableau des dépenses effectuées danf5

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