‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 76 sur 105 · PROGRAMMES ET EXAMENS · texte numérisé non relu

PROGRAMMES ET EXAMENS

nistre. Eii tout cas, nul ne peut être immatriculé dans une année du cours sans avoir satisfait à l'examen de l'année précédente. Gela c'est le principe; en pratique, les élèves, même réprouvés avancent ; mais ils ne sont pas, si je puis dire, titulaires; on les appelle auditeurs, oiivintes. En fait, ils n'ont plus droit aux sanctions finales. Les examens se passent dans l'établissement même et chaque élève est examiné par des professeurs de la classe'.

Quant aux programmes de ce cours de six années, ils sont effarants. Qu'on en juge : Outre le portugais, langue nationale, le latin et le grec, le français, l'anglais et l'allemand. En tout, six langues ! Notions et littérature de chacune d'elles. Littérature portugaise et brésilienne à fond. Arithmétique, algèbre, géométrie, trigonométrie, mécanique, astronomie, physique, chimie, histoire naturelle, y compris un cours d'anatomie qui serait mieux à sa place à l'Ecole de médecine; géographie universelle, histoire universelle, et spécialement histoire du Brésil, dessin. En somme, à peu près tout ce que nous avions partagé entre les deux baccalauréats es lettres et es sciences, et qui se trouve réparti aujourd'hui entre quatre sections.

Et il ne s'agit pas dune teinture de toutes ces connaissances. Cela va très loin; je parle des programmes. Il faut savoir le français de façon à écrire u une dissei'tation française sur un sujet scientifique, littéraire, historique ou artistique. » C'est une des compositions obligatoires pour l'examen final. En latin et en grec, on aura également à faire une version dont le texte sera pris dans les auteurs de la

1. Le régime dcë examens partiels {parcellados) a été supprimé en 19Û'J; c'était un essai qui ne devait durer que quatre ans. Il n'y a plus aujourd'hui que lexamcn final dit de madureza.

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sixième année, c'est-à-dire dans « les prosateurs oui les poètes les plus difficiles. » En sciences mathématiques et physiques comme en histoire et géographie, il semble bien que les rédacteurs de ces programmes aient eu pour principal souci de ne rien omettre. A mon humble avis, il n'est pas possible de prendre cela au sérieux. Et je vois que les hommes du métier, même au Brésil, ne pensent pas différemment. Un des écrivains les plus en vue de la capitale, M. Carlos de Laët, professeur au collège de Sao-Bento, parlait tout récemment, dans un article du Jornal do Brazil, de ces programmes « l'idiculemcnt surchargés^ œuvre d'une mégalomanie spéciale, » et, à s'en tenir à la littérature, il déclarait leurs exigences absolument chimériques.

Mais apparemment, dans la pratique, on les réduit à des proportions moins extravagantes. Les examinateurs charges d'en contrôler l'application n'étant autres que les professeurs mêmes qui les appliquent, il y a lieu de croire que les examens ne débordent pas les limites des capacités humaines.

Or donc, sur la fin du cours, les élèves qui ont réussi à tous les examens de passage, ont à choisir entre deux sanctions. Ils peuvent se contenter de subir l'examen de maturité, madureza « qui a pour objet, dit le Règlement, de vérifier si l'élève a assimilé la quantité indispensable de culture intellectuelle. » Le candidat peut alors se dispenser « de mécanique et d'astronomie, de grec et de littérature et enfin d'une des deux langues, anglaise ou allemande. » L'examen comprend deux épreuves écrites, une de langues, une de sciences et une troisième de dessin, d'une durée de cinq heures chacune, et cinq épreuves orales. Quant à ceux qui donnent salisfac-

UN « BACHAREL EM SCIENCUS E LETTRAS » 249

tion sur toutes les matières du programme de sixième année, ils conquièrent, par le fait même, le titre de hacharel em Sciencias e Lettras, titre environné de prestige et qui leur sera conféré dans la forme prescrite par le Règlement officiel :

Art. 189 — La collation du grade se fait en séance solennelle.

Art. 190 — La date de la cérémonie sera portée à la connaissance du public par annonces dans les journaux.

Art. 193 — Le premier gradué qui a reçu l'investiture prononcera in eajfenso l'engagement ordonné par les règlements spéciaux des Facultés ; les autres le ratifieront par la formule indiquée dans ces mêmes règlements.

Art. 197 — La collation du grade achevée, celui des nouveaux docteurs ou bacheliers qui aura été désigné à cet effet par ses compagnons, lira un discours de congratulation, lequel aura été soumis préalablement au directeur qui en retranchera ce qui ne lui paraîtrait pas convenable. A ce discours répondra le paranymphe, qui sera un professeur choisi par les nouveaux docteurs ou bacheliers.

Toutes les parties de ce cérémonial s'accomplissent avec une religieuse ponctualité. J'ai réuni une collection de discours prononcés dans ces solennités à Nova- Friburgo, à Ytu, à Sao-José de Rio de Janeiro, à Santa-Rosa de Nictheroy, etc., par des paranymphes qui s'appellent Ruy Barbosa, Ignacio Tosta, Oscar

Nerval de Gouvea, etc C'est dire que des hommes

très haut placés ne dédaignent pas de remplir cette aimable fonction.

Le hacharel intronisé avec cet apparat a évidemment une autre importance que notre vulgaire bachelier. Il est la gloire de l'établissement qui a formé cet oiseau rare ; un collège de quatre cents élèves estime comme un grand succès de produire annuellement quatre ou cinq bacharéis. Aussi on ne se contente pas

de publier leurs noms on tête du palmarès. Leurs portraits gravés avec celui du paranymphe sont affichés dans des tableaux au salon d'honneur; on les retrouve dans les prospectus et les annuaires du collège. Quant au lauréat lui-même, on ne manquera plus de faire précéder son nom du titre de bacJiarel, qu'on remplace même quelquefois par celui de docteur.

Les établissements officiels ne sont pas les seuls à conférer les grades académiques avec tous les droils qu'ils comportent; les collèges libres jouissent de la même prérogative, à condition d'être équiparcs [cquiparados) au lycée national. L'équiparation n'est pas soumise à des règles bien fixes ; elle est accordée par le ministre aux institutions dont le personnel et l'outillage scolaire lui paraissent donner des garanties suffisantes. Il désigne alors un fiscal, autrement dit un contrôleur, qui sera dans l'institution le représentant du pouvoir, chargé d'y faire observer les règlements du lycée national, et tout spécialement de surveiller les examens, dont il assume la responsabilité et qui, par consécpient, ne valent que moyennant son approbation. L'équiparation a été concédée jusqu'ici assez libéralement, et non pas seulement aux collèges des Bénédictins, des Lazaristes, des Jésuites, des Petits Frères de Marie, mais encore à une multitude d'entreprises pédagogiques qui n'avaient pas toutes des titres bien sérieux à cette faveur. L'institution qui en bénéficie est obligée de faire à son fiscal un traitement de 300 milréis par mois, soit 4.000 à S. 000 francs par an. La fonction étant assez peu absorbante, on comprend qu'elle soit fort recherchée. Les ministres sont toujours bien aises d'avoir des places à distHbuer; ils n'en ont jamais trop. Gela se voit ailleurs

l'enseignement libre 251

qu'au Brésil. Il paraît bien qu'on a abusé; car il est question en ce moment d'abolir Féquiparation, et le motif mis en avant serait précisément l'abus qui en d été lait.

Le Parlement fédéral est saisi d'une loi qui modifierait profondément l'organisation scolaire actuelle. Elle a été adoptée par la Gliambre des Députés au mois de janvier de cette année (1908). On croit qu'elle sera rejetée par le Sénat.

Jusqu'ici les divers gouvernements brésiliens, celui de l'Union aussi bien que ceux des Etats, ont pratiqué sur le terrain scolaire un large libéralisme, à l'américaine. Les formalités pour l'ouverture d'une école sont réduites au minimum. On l'annonce dans leS journaux, pour attirer la clientèle, et tout est dit. Tout au plus, l'administration locale se réserve-t-elle le droit d'intervenir pour assurer l'exécution des règlements sanitaires.

Cette liberté à peu près illimitée a ses inconvénients, moindres toutefois qu'on est porté à le croire dans un pays comme le nôtre, où l'on est accoutumé à ne rien faire que sous le contrôle et la réglementation de l'Etat. Ce ne sont pas d'ordinaire des malfaiteurs qui choisissent le métier de maîtres d'école; l'agrément et les prolits n'en sont pas tels non plus qu'il y ait à craindre qu'on ne s'y jette en foule. Grâce à là liberté, l'initiative privée a pourvu à un service public que les administrations brésiliennes étaient souvent incapables d'assurer. Souvent aussi, au Brésil comme en d'autres pays, les établissements officiels sont loin d'offrir les garanties que les parents ont droit d'exiger au point de v^ie religieux et moral. Là aussi, le principe de .laïcité et de neutralité inscrit dans la Consti-

tution se traduit d'ordinaire dans la pratique par athéisme et corruption. Un père de famille me montrant l'internat du lycée national de Rio de Janeiro, me disait : « Comme fonctionnaire, j'aurais le droit d'y faire élever mes fils presque gratuitement; mais pour rien au monde je ne consentirais à les y placer. »

Manifestement, l'enseignement public est infecté du virus anticlérical, et la tendance des gouvernants à éliminer de l'école toute idée religieuse s'accuse, à roccasion, de la façon la moins équivoque. Cette année miême, dans l'Etat de Minas Geraes, qui passe pour le plus religieux de toute l'Union, et que l'on appelle quelquefois la Bretagne brésilienne, un décret présidentiel interdisait aux prêtres l'enseignement du catéchisme dans les locaux scolaires. L'autorité ecclésiastique s'est peu émue de cette mesure; elle n'a peut-être pas assez remarqué que c'est ainsi que l'on a débuté chez nous.

Quoi qu'il en soit, il semble bien que les institutions libres, celles surtout cpie dirigent les congrégations religieuses, bénéficient pour le moment d'une confiance que les familles refusent aux établissements officiels. J'ai eu l'occasion d'en voir un bon nombre, écoles de toute catégorie et de tout degré, pour les garçons et pour les filles, écoles élémentaires ou collèges cquiparcs ; toutes m'ont paru prospères et en possession de l'estime et delà faveur publiques. C'est là, d'ailleurs, leur seul point d'appui; car il va sans dire que les gouvernements ne leur accordent aucune subvention et même ne leur témoignent, en règle générale, aucune sympathie. J'en eus la preuve pendant mon séjour à Ytu. Le governador de Saint-Paul était venu faire une visite à la petite A'ille. Il y fut reçu comme on reçoit chez nous dans une sous-préfecture

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