‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 9 sur 105 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Une grande ville maritime. — Découverte de la Bahia de Todos os Santos. — La chronique de Simon de Vasconcellos. — Caramuru. — Histoire et légende. — Les origines de Sao-Salvador. — Une colonie prospère. — Le premier évêque du Brésil dévoré par les sauvages. — La fête nationale du Brésil. — Révolution du 15 novembre 1888. — Dom Pedro IL — Collèges franco-brésiliens.

Il n'est pas possible de donner le chiffre exact de la population de Bahia; les documents statistiques font défaut et de longtemps sans doute Fétat civil des noirs ne pourra être mis à jour. On estime que l'agg-lomération, très étendue et aux limites assez imprécises, doit compter environ 300.000 habitants. Bahia serait ainsi la troisième ville du Brésil, après Rio de Janeiro et Saint-Paul. Elle ne paraissait pas destinée à prendre une telle importance. Ses collines et ses vallons ne lui font pas l'assiette d'une grande ville ; à cet égard elle ressemble à Marseille ou à Gênes, dont la mer a fait la fortune en dépit de leurs sites fort pittoresques, mais aussi fort incommodes. C'est aussi à sa position maritime que Bahia doit l'importance qu'elle a eue dès l'origine de la colonisation portugaise, et qui ne peut manquer de grandir avec le développement économique du Brésil. En ce moment même, une Compagnie anglo-française travaille à l'établissement d'un port en eau profonde, dont le

besoin se faisait depuis longtemps sentir; paquebots et voiliers sont en effet obligés de stationner à deux ou trois milles du rivage, ce qui complique de façon très désagréable et très coûteuse les embarquements et débarquements.

Au XVI** siècle le commerce maritime avait de moindres exigences; la hahia, telle que la nature l'avait faite, lui offrait d'incomparables avantages. Il faut voir avec quel luxe d'épithètes et quel ton enthousiaste le Jésuite Simon de Vasconcellos décrit dans sa Chj'onique la Bahia de Todos os Sanctos, ainsi nommée dit-il, « ou parce qu'elle ressemble à un paradis, ou parce que tous les saints du Paradis lui ont attribué quelque chose de leurs prérogatives. »

En réalité, ce nom lui fut donné par le capitaine de la petite flotte portugaise qui la découvrit en la fête de Tous les Saints, l**"" novembre 1;)01. Qui était ce capitaine, on ne le sait pas au juste, bien que communément on attribue la découverte de la Bahia à Ghristovao Jaques.

Elle a bien douze lieues de diamètre, continue le chroniqueur, ce qui fait trente-six de circonférence; toutes les flottes du monde pourraient aisément y trouver un abri. Elle est toute semée d'îles plaisantes à voir, les unes grandes, les autres petites, et si nombreuses que certains affirment qu'elles dépassent la centaine. Quantité de l'ivières s'y déversent, et ce qu'il y a de plus admirable, c'est que, soit par l'embouchure de ces rivières, soit par les profondes découpures du rivage, la baie se prolonge dans l'intérieur, de telle sorte qu'on ne sait pas si c'est la terre qui est dans la mer ou la mer qui est dans la terre.

Les eaux de ce petit océan, paraissent de cristal. Du haut du bateau, à une grande distance de la plage, j'ai constaté, j)ar expérience, qu'en regardant le fond, on aperçoit les cailloux et les coquilles blanches comme des pièces d'ai'gent.

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