LES TRAPPISTES FRANÇAIS
du long un rideau de grandes montagnes toutes noires de forêts. Très large, très verte, avec une légère buée blanche flottant à la surface sous le soleil du matin , la vallée s'allonge à perte de vue. On a l'illusion d'une région plantureuse, et c'est ime déception de n'apercevoir sur les pentes ni un clocher, ni un village, ni même une chaumière.
Taubaté est une petite ville d'aspect un peu vieillot ; elle serait déchue de l'importance relative qu'elle eut en un temps déjà lointain. C'était une des haltes principales des caravanes qui circulaient entre Rio et Saint-Paul ; le chemin de fer a tué les caravanes, et Taubaté n'est plus cpi'une station de second ordre. Un petit tramway à Aapeur vous conduit de là, en une heure, à Trémembé, tout au bord du Parahyba. Le frolly des Trappistes m'y attendait ; le monastère est bien sur le territoire de Trémembé, mais à deux lieues loin du village. Nous traversons le fleuve sur un pont fort convenable. Ce rio Parahyba mérite qu'on le salue au passage ; l'orographie de la côte brésilienne lui fait une destinée bizarre. Né dans la Serra do Mar, à une très faible distance de l'Atlantique, au lieu de s'y rendre par le plus court, il s'en va vers le nord parallèlement au rivage, cherchant désormais sans la trouver une issue vers la mer. Il traverse ainsi une partie de l'Etat de Saint-Paul, puis, presque dans toute sa longueur celui de Rio de Janeiro, où il boit d'innombrables rios petits et grands descendus des montagnes, si bien que, en arrivant enfin à la mer, après un parcours de quelques centaines de kilomètres, il roule un volume d'eau qu'on estime en moyenne à l.bOO mètres cubes par seconde. Le Parahyba coule paisiblement dans un lit profond ; le poisson y abonde et je puis rendre témoignage que la qualité en est
276 LE BRÉSIL DAUJOURDHUI
excellente ; le nom indien de Trémembé signifie liew de pêche.
Le rio franchi, une petite route effroyablementi défoncée, pousse droit à travers une plaine boisée etj marécageuse sur la grande chaîne montagneuse qui, barre l'horizon et fait la limite entre les Etats de, Saint-Paul et de Minas Geraes. C'est au pied de ce: massif que s'abrite le monastère qui porte le nom gracieux de Maristella.
En 1904, une colonie de la grande abbaye de Sept- Fons vint fonder la première Trappe de l'Amérique du Sud. Le Très R. P. abbé, Dom Chautard, avait trouvé auprès des autorités brésiliennes un accueil encourageant. Le président de la République lui avait dit : « Ce n'est pas une, c'est vingt Trappes que je voudrais voir s'établir au Brésil. » Le R. P. Alexis Ducret, homme entreprenant et avisé, chargé de découvrir un lieu convenable, avait vainement parcouru en tout sens, pendant des semaines, les régions où des Européens peuvent se livrer au travail de la terre sans s'exposer à une mort certaine. Lui-même m'a raconté qu'il commençait à désespérer, quand on lui signala la fazenda das Palmeiras. C'était un domaine abandonné de son propriétaire, lequel, par suite de l'abolition de l'esclavage et de la crise du café, ne trouvait plus son compte à l'exploiter. Il s'étendait depuis la rive du Parahyba, sur une longueur de 4 à 5 kilomètres, jusqu'à la grande montagne, avec une superficie de 5.000 à 6.000 hectares; il offrait tous, les avantages de la topographie la plus variée, la plaine pour les grandes cultures, les collines et contreforts du massif montagneux parfaitement aéré et! salubre ; enfin, à l'arrière-plan, les hautes pentes magnifiquement boisées, perpétuel réservoir de frai-
cheur, en même temps que garantie de solitude et de paix. De vrai, c'était là un site qui aurait fixé le choix des vieux moines du moyen âge; la Providence l'avait réservé à nos chers Trappistes français ; on ne peut que les féliciter d'en avoir pris possession. Les anciens bâtiments de la fazenda s'allongent sur trois côtés d'une esplanade formée par le sommet nivelé d'une colline ; ce sont de simples rez-dechaussée assez spacieux pour loger les quarante religieux qui composent la communauté. L'un des corps de logis comprend le réfectoire et le dortoir, un autre la chapelle et le chapitre ; il n'en faut guère davantage à des Trappistes. Une autre bâtisse, très misérable, qui servait de logement aux esclaves, a été transformée en ateliers et dépôts ; au milieu, une petite église neuve pour les gens du dehors ; elle sert également de classe pendant la semaine pour quarante à cinquante enfants du voisinage. Au centre de l'esplanade, une grande croix de bois, qui projette son ombre sur le sol uni. C'est, avec un palmier royal qui indique de loin l'entrée du monastère, tout le décor de ce lieu de prière et de silence. Au surplus, la pauvreté monacale apparaît ici dans toute sa splendeur. Des poteaux alignés le long des bâtiments supportent un avant-toit qui tient lieu de cloître et de véranda ; à la porte de la chapelle, deux troncs d'arbre réunis par une poutre font l'office de beffroi et même de clocher. Tout le reste est à l'avenant. A signaler pourtant une installation qui, hélas! compte encore dans nos habitations françaises pour un article de luxe et qui, peut-être, eut scandalisé les moines d'autrefois; c'est, je ne dirai pas une salle, mais un réduit avec appareils de douches. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans la zone torride.
D'ailleurs, les Trappistes français, après avoir, au début, adouci par prudence l'austérité de leur régime, ont repris l'observation de la règle dans toute sa rigueur. L'exemple de ces religieux qui, malgré de rudes travaux, se nourrissent presque exclusivement des légumes cultivés par eux, sera tout particulièrement salutaire en un pays où, sous prétexte de se défendre contre un climat débilitant, on abuse de l'alimentation carnée. L'Eglise elle-même a dû réduire en faveur des catholiques sud-américains le minimum d'abstinence qu'elle impose encore à notre lâcheté.
Déjà à Maristella l'industrieuse et persévérante activité des moines a accomjali des merveilles; rien d'intéressant comme de mesurer ses conquêtes sur une nature riche, mais désordonnée et à demisauvage. Tout auprès du monastère, un vallon marécageux s'est transformé en un potager où l'œil d'un Français s'arrête avec complaisance sur des carrés de choux, de salades, de petits pois et autres verdures comestibles ; cela aussi lui rappelle la patrie ; on peut y voir des têtes de choux-fleurs de 40 centimètres de diamètre. Les pentes des alentours se sont couA'ertes d'orangers, de citronniers, de grenadiers ; les plantations d'abacaxis (ananas) occupent des espaces qui s'allongent toujours; la partie supérieure du marécage est devenue une bananeraie touffue. Il \a sans dire que la vigne n'a pas été oubliée ; on ne sait encore si elle répondra aux soins qu'on lui donne. J'ai cru comprendre que l'on comptait moins sur le raisin que sur les oranges pour faire du vin, ou, du moins, quelque chose qui ressemble à du vin. En attendant les futures vendanges, les bons Pères servent à leurs hôtes un hydromel de leur façon que j'ai trouvé fort
agréable. C'est ici, sans hyperbole poétique, le pays Où dans toute saison butinent les abeilles.
Les Trappistes n'ont eu garde de négliger cette ressource. Cent cinquante ruches éparses dans un enclos réservé leur fournissent copieusement le miel et la cire.
A quelque distance dans la montagne, un autre élevage, de caractère moins aérien, moins idéal, mérite pourtant l'attention; c'est la porcherie que je veux dire. Le porc a une place importante dans l'industrie agricole au Brésil; car il n'y a guère de fête dans le pays où il ne figure en bonne place. On a choisi, dans la partie la plus accidentée du domaine, un parc de 12 hectares; on a creusé tout autour un fossé assez profond pour que les animaux ne puissent le franchir. On y a planté la patate douce ; ce tubercule multiplie avec une rapidité qui tient du prodige ; les porcs en sont friands ; ils passent le temps à fouiller la terre pour trouver leur régal. L'enclos est partagé en deux moitiés où ils séjournent alternativement, et pendant qu'ils ravagent l'une, la patate repousse dans l'autre.
En avançant encore un peu vers la grande chaîne, on arrive dans une sorte de dédale de petits ravins, tous nmnis de leurs cours d'eau qui se réunissent pour former le rio de Alaristella. L'endroit est charmant ; les Pères y ont construit un barrage qui va former en amont un assez vaste réservoir. La chute d'eau, haute de 4 mètres, actionnera un moteur à turbine, qui fournira au monastère la lumière et la force électrique. On voit que les Trappistes ne boudent pas au progrès. L'ouvrage venait d'être achevé quand je le A'isitai ; on devait faire l'essai du barrage deux ou
trois jours après; je n'ai pas eu le plaisir de voir le petit lac monter et s'allonger sous les frondaisons épaisses de ses rives. J'aime à croire que cette entreprise, qui avait bien son côté hardi, n'a pas donné de déception à nos chers Trappistes.
Mais, cette année même, ils viennent de mettre la main à une œuvre agricole d'une bien autre importance. Il y a, sur le domaine de la Trappe, de vastes champs de café; c'était proprement une fazenda de café; les plantations abandonnées sont retournées à l'état de brousses; c'est ce qui arrive à nos oliviers de Provence quand on les laisse sans culture ; ils redeviennent sauvages, se couvrent d'épines et ne donnent plus de fruit. Les Trappistes n'ont pas renoncé à restaurer leurs cafezaes; plusieurs milliers de pieds ont été remis par eux en état de productivité ; cependant ils ont porté ailleurs leur principal effort.
Le Brésil consomme beaucoup de riz ; dans les Etats du centre, les plus peuplés de la Confédération, il remplace souvent le pain ; l'économe du collège d'Ytu me disait : « Il nous faut ici deux sacs de riz' par jour. » La production indigène est loin de suffire: aux besoins, si bien que, de ce chef, le Brésil est tributaire de l'étranger pour un chiiïre respectable de milréis. C'est un peu grâce à la crise du café que l'on songe depuis quelque temps à s'affranchir de ce tribut. Le gouvernement de Saint-Paul s'est mis à encourager la culture du riz; pendant mon séjour à Ytu, le président Jorge Tibiriça y vint en grand apparat visiter une rizière, à laquelle fut décernée une très grosseï prime. Un ingénieur agricole, M. Bradford, a été appelé) des Etats-Unis pour diriger les essais. Sans subvention ni faveur d'aucune sorte, les Trappistes français,
LA TRAPPE DE c( MARISTELLA )) 281
ont donné aux propriétaires paulistes une magnifique leçon de choses. Je puis en parler pour l'avoir vue de mes veux; mon témoignage est sans doute de peu de poids, mais je sais que l'ingénieur américain lui-même n'a pas marchandé son admiration à l'œuvre accomplie par nos compatriotes.
Le R. P. Prieur lui-même voulut me faire visiter les rizières de BérisaP, tout nouvellement créées sur le domaine de la Trappe. Nous nous j rendons à cheval, comme il convient au fazendeiro brésilien parcourant ses terres. A trente ou quarante minutes du monastère, nous arrivons dans la plaine qui s'étend du pied des collines jusqu'au Parahyba. Il y a un an, c'était un inato couvert d'une végétation épaisse, entrecoupé de flaques d'eau et de fondrières, foyer de miasmes et repaire de bêtes malfaisantes. Les Trappistes avaient résolu d'entreprendre la lutte. Sous la direction du P. Alexis, les plans furent levés, les courbes de niveau tracées, toutes les mesures prises; trois cents ouvriers furent employés à la tâche; vingt mulets à demi-sauvages furent dressés à tirer la charrue. Les bois furent coupés et brûlés sur place; il fallut ensuite arracher les souches, défoncer et niveler le sol, distribuer le terrain en carrés par des digues de 40 à 80 centimètres de hauteur, creuser tout un système de canaux et de rigoles; enfin on sema le riz sur 70 hectares. C'était au mois de décembre dernier (1907). En ce moment (avril 1908), on fait la moisson; la plante est superbe; par endroits les touffes atteignent la hauteur d'un homme.
Curieux de me rendre compte de la productivité du
1, Ce nom est celui du village que l'on rencontre en montant de Brigue au Simplon. Comment se retrou ve-t-il de l'autre côté de l'Atlantique, dans un coin de lancienne colonie portugaise?
riz, j'examine attentivement plusieurs pieds, issus chacun d'une graine unique; je constate qu'ils se composent de douze à quinze tiges, dont chacune porte un ou plusieurs épis; Fépi contient de iOO à 250 grains. On arriverait ainsi à compter 1.200, 1.500, jusqu'à 2.000 pour 1. Compte fantastique, en vérité, et que pourtant j'ai fait pièces en main. Assurément, le rendement réel n'en approche pas, même de très loin ; l'excellent P. Alexis, que j'interroge là-dessus, me répond que l'expérience lui manque, attendu qu'il en est à sa première récolte; il borne pour le moment ses prétentions et ses espérances à 50 hectolitres à l'hectare. Il ne tardera pas à être fixé sur ce point ; car une batteuse mécanique envoyée de New- York doit arriver incessamment.
Les rizières de Bérisal formeront ce que la règle cistercienne appelle une grange; c'est-à-dire une exploitation agricole avec une maison d'habitation pour quelques moines détachés de l'abbaye. Déjà le petit monastère est bâti; il occupe, avec son jardin, une boucle formée au milieu de la plaine par un cours d'eau élargi et approfondi au moyen d'un barrage ; on dirait une forteresse d'autrefois en miniature, avec son fossé d'enceinte. La défense ne sera pas tout à fait inutile dans cette solitude. A quelques pas de là, on est en train d'élever un dock de 50 mètres de longueur sur 20 mètres de largeur, destiné à remiser les récoltes futures. C'est que les Trappistes ne s'en tiennent pas aux 70 hectares déjà mis en culture; la conquête se poursuit; je vois d'énormes pyramides d'arbres, de roseaux, de lianes, qui sèchent en attendant qu'on y mette le feu; les cendres donneront au sol une riche fumure; c'est ce qui explique la splendeur des premières cultures. « A la campagne prochaine, me dit
le P. Alexis, nous aurons 230 hectares de rizières. Comme notre rio ne suffirait pas à l'irrigation, nous allons faire une saignée au Parahyba ; de cette façon nous sommes bien sûrs que l'eau ne nous manquera pas ; seulement il faudra une machine élévatoire pour l'amener au niveau des terres. Il n'y a pas une propriété en Egypte qui ne soit obligée de recourir à ce moyen. »
La végétation forestière de cette plaine marécageuse est d'apparence malingre et souffreteuse; je suppose que la faute en est, pour une bonne part au moins, aux plantes parasites dont les arbres sont littéralement dévorés. J'y ai vu en abondance cette orchidée à grosses touffes de fleurs jaunes que l'on rencontre aux étalages des fleuristes parisiens. Le mato des bords du Parahyba est d'ailleurs riche en espèces rares ; des horticulteurs belges y viennent s'approvisionner de types inédits; les orchidées sont devenues l'objet d'une branche importante du commerce des curiosités. Malheureusement, la cueillette n'est pas toujours exempte de dangers. Il arrive souvent, me dit-on, au chercheur d'orchidées, d'avoir affaire à la vilaine engeance des serpents, lesquels s'installent volontiers sur les vieux arbres rongés par les parasites. Trois personnes ont péri dans l'année, sur le domaine de la Trappe, de la morsure des reptiles ; le défrichement et la culture peuvent seuls avoir raison du fléau. En attendant, me disent les Pères, ces Messieurs de l'Institut médical de Saint-Paul nous demandent de leur envoyer le plus possible de serpents venimeux vi^^ants. Le venin sert, en effet, à préparer le vaccin guérisseur.
La Trappe de Mavistella permet à l'observateur
d'étudier sur le vif un fait des plus intéressants au point de vue historique et social. Montalembert a raconté, dans V Histoire des moines d'Occident, comment au moyen âge les populations se sont groupées autour des monastères; des centaines de villes, dans la vieille Europe, n'ont pas eu d'autre origine ; le nom qu'elles portent en témoigne. Un phénomène analogue est en train de se produire ici.
Lorsque les Trappistes français vinrent s'y établir, il n'y avait plus âme vivante sur les oO à 60 kilomètres carrés du domaine ; la région, d'ailleurs, se dépeuplait. Il est à remarquer que la population rurale brésilienne, et spécialement la population de couleur, se déplace très aisément. On a vu, cette année; même, des milliers de personnes abandonner les Etats [ du nord, où elles souffraient de la sécheresse, pouri aller installer leurs pénates sur d'autres points du; territoire national. Ces pauvres gens s'arrêtent là où l'on veut bien les accueillir et où ils espèrent tirer du sol le peu qu'il leur faut pour vivre.
C'est ainsi que, en moins de quatre ans, s'est établie dans le voisinage de la Trappe, une population qui ne^ compte pas moins de trois cents personnes. Le monastère concède, à qui le demande, un lopin de terre; l'occupant s'engage seulement à donner comme fermage un tiers de sa récolte ; l'obligation évidemment ne le gênera guère. On lui avance assez souvent la somme nécessaire pour bâtir sa maison ; il néglige de la rendre, mais la perte n'est pas considérable. J'ai vu de ces cases toutes neuves et encore inoccupées ; c'est on ne peut plus rudimentaire ; couchette de paille sur la terre nue; ni fenêtre, ni cheminée; toiture d'herbes marécageuses qui forment un chaume très résistant. Sans doute rien n'empêche le colon labo-
rieux et prévoyant de se faire une habitation plus confortable; son champ et les salaires qu'il gagne pourraient même lui procurer une aisance relative; malheureusement l'homme du peuple, le prolétaire brésilien a, au plus haut degré, les défauts caractéristiques de la race, insouciance et prodigalité. « Le samedi soir, me disait le P. Alexis, je donne à mes ouvriers leur paie de la semaine ; le lundi, il n'en reste rien. »
Il va sans dire que les moines pourvoient dans la mesure du possible aux intérêts moraux et religieux de leurs aggrégats; c'est le nom qu'ils donnent aux colons établis sur leurs terres; ils sont \m peu de la famille. J'ai dit déjà qu'il y a à leur usage une église et une école attenante au cloître ; la règle du silence perpétuel cède quelque peu de sa rigueur devant les exigences de la charité. Une population plus nombreuse viendra-t-elle envahir la solitude de Maristella? Verra-t-on quelque jour une ville petite ou grande s'étendre dans le vallon au pied du morro qui porte le monastère? Peut-être; mais, jusqu'à présent, les habitations sont éparses çà et là à distance de la sainte demeure; rien ne trouble la silencieuse activité de la ruche monacale. Saint Bernard y retrouverait la paix et aussi le charme mystérieux de Glairvaux naissant. J'engage ceux de mes compatriotes qui feront le trajet de Rio de Janeiro à Saint- Paul à prendre une journée pour la visite de Maristella. Le soir, après le chant du Salve Begina, toujours si impressionnant à la Trappe, qu'ils restent une heure sur l'esplanade, elle ne leur paraîtra pas longue. La belle nuit des tropiques, dans ce paysage idéal, imprégné d'émotion religieuse, les aidera à entendre les voix intérieures. Il faudrait avoir une
âme de bois pour ne rien sentir en pareil lieu et à pareil moment.
Ne nous éloignons pas sans saluer une autre colonie de religieuses françaises. Les Trappistines de Màcon, se sentant à la merci d'une fantaisie de nos gouvernants, sont, elles aussi, venues demander au Brésil la liberté de prier et de faire pénitence. Elles se sont établies au village même de Trémembé, sur la rive droite du Parahyba. On leur a confié le soin de l'église du Bon Jcsu^, toute proche de la maison qu'elles occupent; un vaste enclos s'étend par derrière en pente douce jusqu'à la rive du fleuve. Une première escouade de ces saintes filles arriva au mois de janvier ; avant la fin de l'année, le reste de la communauté l'aura rejoint.
C'est un paratonnerre de moins pour notre pays de France.