‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 82 sur 105 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Les Jésuites au Brésil. -^ Nobréga et Anchiéta. — Les collèges aii\ débuts de la Colonie. — Les Indiens et les Réductions. — La chasse à l'homme. — Les Jésuites défenseurs de la liberté des Indiens. — Antonio Vieira. — Pombal et la ruine des Missions. — Les Jésuites et la République brésilienne.

Les Jésuites ont été trop mêlés à l'histoire du Brésil pour qu'on puisse les oublier quand on parle des choses brésiliennes. Leur action dans certaines régions de l'Amérique espagnole a plus spécialement attiré Tattention publique ; le nom seul du Paraguay évoque toute une épopée ; mais nulle part cette action ne fut plus considérable que dans la grande colonie portugaise. Nulle part non plus elle n'a été l'objet de colères plus ardentes et d'attaques plus passionnées. Quelque chose est resté de l'esprit de Pombal aussi bien dans la jeune République américaine que sur les bords du Tage. Ici et là le préjugé tenace, opiniâtre, aveugle contre le Jésuite est comme incrusté dans le cerveau de quantité d'intellectuels.

Il y a une histoire toute faite que les écrivains se transmettent des uns aux autres, sans que personne prenne la peine de remonter aux sources. On peut la résumer ainsi : Les premiers missionnaires jésuites furent des hommes zélés, charitables et désintéressés, mais leurs successeurs furent au contraire ambitieux

et cupides. Sous prétexte de les défendre contre les colons portugais, ils firent peser sur les Indiens leur propre domination; ils tentèrent d'organiser un empire où ils seraient les maîtres absolus. Par le travail de leurs néophytes qu'ils tenaient à leur discrétion, le commerce qu'ils faisaient avec la métropole et même l'exploitation des mines d'or qu'eux seuls connaissaient, ils parvinrent à accumuler d'immenses richesses.

De pareils thèmes, on le conçoit, se prêtent à des développements nombreux et variés. Rien de plus facile d'ailleurs que d'interpréter dans im sens odieux les actes les plus innocents, quelquefois même les plus dignes d'admiration. C'est à quoi se sont employés certains auteurs à qui l'on accorde un crédit qu'ils sont loin de mériter. Tels Oliveira Martius et Varnhagen, qui, dans leurs histoires du Brésil à l'époque coloniale, ont mis un véritable acharnement à dénigrer l'œuvre et souvent la personne des missionnaires. A force de répéter les mêmes imputations, on a fini par leur donner un air de vérités acquises, ou, mieux encore, d'axiomes historiques que l'on ne discute pas. C'est ce qui fait dire au P. Julio-Maria que l'histoire de son pays aurait besoin d'être renouvelée par l'étude impartiale des documents, comme l'a été récemment celle de la Réforme en Allemagne . L'éloquent Rédemptoriste écrivait à ce propos dans le Livre du centenaire :

Si nous avions un Janssen pour l'econstruire l'histoire du Brésil, nous ne verrions plus, comme nous le voyons aujourd'hui, dans les manuels scolaires, dans les récits et chroniques, tant d'inexactitudes à l'endroit des Jésuites et de leur action pendant la période coloniale; nous ne verrions pas, enveloppés dans les faits historiques, tant d'erreurs, de mensonges et d'injustices; ceux de nos compatriotes qui s'occupent de notre histoire nationale, qui

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