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LES JÉSUITES AU BRÉSIL

l'enseignent par la parole ou par la plume n'iraient plus chercher leurs inspirations chez des écrivains du dehors, complètement étrangers non seulement à nos sentiments de gratitude envers ceux qui furent les organisateurs de la nationalité brésilienne, mais encore à l'esprit chrétien qui futTâme, et dans toute l'acception du mot, le principe moteur de l'œuvre des missions.

En attendant l'historien assez puissant pour imposer à tous le respect de la vérité, il est juste de reconnaître que, parmi les érudits et les lettrés brésiliens, les apologistes n'ont pas plus manqué aux Jésuites que les détracteurs :

Actuellement, écrit M. AfFonso Gelso, il n'y a que trois catégories d'individus pour nier que la Société de Jésus ait bien mérité de l'humanité, les ignorants, les fanatiques et les gens de mauvaise foi — Et quant au Brésilien qui contesterait aux Jésuites un rôle magnifique dans notre histoire nationale,... qui méconnaîtrait leurs services sur le terrain scientifique, économique, politique, littéraire, militaire, social, et pour tout dire en un mot, leur action éminemment civilisatrice, celui-là se classerait fatalement dans l'une des catégories énumérées plus haut et serait marqué d'une tare morale particulièrement déshonorante, je veux dii-e l'ingratitude.

Jusque parmi les adversaires les plus résolus des Jésmtes, il s'est trouvé des hommes pour rendre un témoignage ému à leur abnégation et à leur dévouement pour la cause des indigènes. Le Père Galanti. dans son Histoire du Brésil, se trouve fréquemment obligé de prendre la défense de ses frères; car luimême est jésuite. Mais comme son autorité en ce cas pourrait paraître suspecte, il a soin de passer la parole à d'autres; c'est d'ordinaire dans l'ouvrage de Robert Southey qu'il découpe de larges citations. Cet écrivain, anglais et protestant, ne saurait être soupçonné

de sympathie pour les Jésuites. Son impartialité suffit à faire justice de bien des calomnies,

Les premiers Jésuites envoyés au Brésil y arrivèrent en 1549. Il y avait quinze ans à peine que l'Institut de saint Ignace était né dans le sanctuaire de Montmartre. Le roi de Portugal Jean III lui avait dès l'abord demandé des apôtres pour ses possessions d'outre-mer. Saint François-Xavier était déjà parti pour les Indes. Thomé de Souza, ayant été nommé gouverneur général des colonies portugaises d'Amérique, obtint d'emmener avec lui six Jésuites, à la tête desquels était le Père Manuel de Nobrega. Quatre autres arrivèrent l'année suivante. Parmi eux se trouvait un jeune religieux espagnol qui n'était point encore prêtre et dont le nom devait par la suite briller d'un éclat extraordinaire. Il s'appelait José de Anchiéta*.

A peine installés au campement qui allait donner naissance à la cité de Sao- Salvador, les missionnaires entreprirent les deux grandes œuvres dans lesquelles se résume « leur action humanitaire, politique et sociale, » l'enseignement dans les collèges et l'évangélisation des tribus indigènes. « Ce sont les Jésuites, dit M. José Verissiino dans le Livre du Centenaire, qui ont créé et maintenu presque exclusivement pendant deux siècles l'enseignement public au

1. Le Père Anchiéta apparaît dans l'histoire des origines du Brésil avec une auréole légendaire ; son nom est l'objet d'une vénération universelle. En d'autres temps il eût été placé sur les autels par le suffrage populaire et adopté comme patron du Brésil. Un jour peut-être l'Eglise lui décernera ce titre : c'est le vœu de beaucoup de catholiques brésiliens, prêtres et laïques.

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