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LES JÉSUITES AU BRÉSIL

Brésil. » La première école ouverte en ce pays fut le collège de Bahia, aussi ancienne que la \^lle ellemême ; c'était une pauvre case construite par les missionnaires avec les bois qu'ils allaient eux-mêmes couper à la forêt. « Dès I.o.dI, continue M. José Verissimo, le collège fonctionnait avec vingt élèves. Les Pères ouvrirent successivement des classes où l'on apprenait la lecture, l'écriture et la grammaire. » Une lettre du Père Anchiéta nous donne le programme de renseignement suivi trente ans plus tard :

Outre les classes pour les commençants, il y en a deux pour les humanités; on a déjà fait deux fois le Cours des arts, où se sont formés un certain nombre de maîtres, et actuellement on achève le troisième. On y fait des leçons de cas de conscience (cours de théologie morale) et quelquefois de théologie dogmatique. Il en est sorti plusieurs clercs dont les uns ont été attachés au siège épiscopal, les autres au service des paroisses.

La fondation du collège de Saint-Paul avait suivi de près celle de Bahia; c'est en loo4 que treize Jésuites conduits par le P. Manuel de Paiva vinrent s'établir au milieu des tribus indiennes de Piratininç^a. La première messe fut célébrée, comme on l'a vu plus haut, le 25 janvier, fête de la conversion de Saint- Paul, d'oîi le nom donné au modeste établissement que la grande capitale d'aujourd'hui reconnaît comme son berceau. Le jeune Anchiéta y fît ses premières armes comme professeur. Il y enseignait le latin et étudiait en même temps la langue tupy, dont il composa la grammaire et le dictionnaire. Je cueille dans une de ses lettres ce détail qui ne manque pas de saveur. Il faisait divers métiers, y compris celui de fabricant d'espadrilles tissées avec des fibres de chardons ; car « en ce pays-ci on ne peut voyager avec des chaussures

de cuir. » Mais surtout, dit-il, « je suis médecin et barbier (c'est-à-dire chirurgien) ; je soigne et je saigne les Indiens. » Il se servait pour cette opération si couramment pratiquée en ce temps-là d'un canif à tailler les plumes. Un grand nombre de malades furent guéris par le missionnaire ; toutefois comme le Droit Canon édicté des censures contre les clercs qui versent le sang, les supérieurs d'Anchiéta eurent un scrupule. Le cas fut déféré à saint Ignace, lequel répondit que la charité ne dédaigne aucun genre de service.

II en fut à Rio de Janeiro comme à Bahia et à Saint-Paul; la cité naquit avec le collège lui-même. Après une lutte qui ne dura pas moins de quatre années, la petite colonie française établie par Villegaignon dut céder devant des forces supérieures. Les Jésuites avaient leur part dans le succès des armes portugaises ; ils avaient soutenu le courage de leurs compatriotes dans les moments difficiles ; ils leur avaient assuré le concours de plusieurs tribus indigènes puissantes. Si la baie de Guanabera, le joyau de ses possessions américaines, restait définitivement à la couronne de Portugal, on peut dire qu'elle en était principalement redevable aux missionnaires. C'est Robert Southey qui fait à ce propos la réflexion que j'ai citée ailleurs : « Supposé que le gouverneur Mem de Sa eût déployé moins d'énergie ou le Père de Nobrega moins d'infatigable activité, la capitale du Brésil serait encore aujourd'hui française. »

Aussi à peine débarrassés de leur concurrents, les Portugais, qui jusque-là n'avaient possédé dans l'intérieur de la baie qu'un campement militaire, s'empressèrent-ils de s'y établir solidement. L'entrée en fut défendue par deux forteresses construites par les Indiens sous la direction des Jésuites; puis on jeta les fonde-

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