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LES JÉSUITES ET LES INDIENS

ments de la ville qui devait être Rio de Janeiro et qui s'appella d'abord Saint-Sébastien, du nom du jeune roi qui occupait alors le trône de Portugal. Le gouverneur désigna lui-même le terrain que devait occuper le collège, au sommet du Morro do Castello, et dès l'abord un édit royal lui assigna sur le budget de la colonie un revenu qui devait suffire à l'entretien de cinquante religieux.

Des établissements semblables furent créés à Espirito Santo, à Pernambouc, à Sao-Luiz du Maranhao, etc.; et c'est chose bien remarquable qu'un des premiers soucis des grands colonisateurs du xvi*^ siècle fut toujours de doter les villes naissantes d'un collège, parfois même d'une université. Au milieu du xvm'' siècle les Jésuites dirigeaient au Brésil un séminaire et neuf collèges dont plusieurs comptaient leurs élèves par centaines. Il y avait en outre dans chaque village ou Réduction d'Indiens une école élémentaire et professionnelle à la charge des missionnaires.

L'autre champ d'action où les Jésuites allaient dépenser pendant deux cents ans les trésors d'un zèle industrieux, ce fut l'évangélisation, ou pour mieux dire, la civilisation des indigènes. A l'époque de la conquête, d'innombrables tribus sauvages couvraient les côtes et les vallées des grands fleuves du Brésil. Vivant de pêche et de chasse, toujours en guerre les unes avec les autres, elles étaient également adonnées à l'anthropophagie; le sort des prisonniers était fixé d'avance ; ils faisaient les frais d'horribles festins auxquels se mêlaient des rites religieux. La bravoure des Indiens, leur férocité, leur mépris de la mort en faisaient des ennemis redoutables pour les colons por-

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tugais; leur voisinage était un péril contre lequel la supériorité des armes ne constituait pas toujours une garantie efficace. La venue des Jésuites missionnaires aurait pu résoudre pacifiquement le problème ; mais des passions intransigeantes allaient le compliquer de façon déplorable et finalement triompher de tous les efforts du dévouement et de la charité.

Nous touchons ici à un chapitre de l'histoire de la colonisation moderne qui n'est vraiment pas à l'honneur des nations les plus réputées pour leur attachement au catholicisme, je veux dire l'Espagne et le Portugal. Les missionnaires envoyés au Brésil pour convertir les Indiens ne tardèrent pas à se rendre compte que les plus grands obstacles à l'accomplissement de leur tâche leur seraient suscités par les colons portugais. L'exemple de leur vie dissolue serait à lui seul un terrible scandale pour des néophytes, A toutes les époques et dans toutes les colonies, on peut dire que l'évangélisation des indigènes a été entravée et paralysée surtout par la corruption du peuple envahisseur. 11 n'en va pas autrement aujourd'hui qu'au xvi'^ siècle.

Mais à cet argument contre leur religion, les conquérants de l'Amérique méridionale ajoutaient un ffrief bien autrement sensible aux malheureux Indiens. Ils considéraient en effet qu'ils avaient le droit de réduire en esclavage les habitants des terres tombées en leur pouvoir. Aussi dès le début, les colons portugais du Brésil s'étaient mis en mesure de s'approvisionner de main-d'œuvre gratuite pour la culture de leurs fazendas et pour les autres travaux qu'ils ne pouvaient ou ne voulaient pas faire eux-mêmes. Ce ne furent pas seulement les prisonniers de guerre qui fournirent des recrues à l'esclavage; mais, même en

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